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Liban: funérailles sous haute sécurité d'un ex-ministre opposé à Damas

29/12/2013 03:04 EST | Actualisé 27/02/2014 05:12 EST

Les funérailles de Mohammad Chatah, membre de la coalition hostile au régime syrien et au Hezbollah assassiné dans un attentat, ont commencé dimanche dans le centre de Beyrouth sous haute sécurité.

Au milieu des pleurs, le cortège funèbre de M. Chatah et de son garde du corps est arrivé peu après 11H00 (09H00 GMT) à la mosquée Mohammad al-Amine dans le centre-ville, à quelques centaines de mètre du lieu de l'attentat qui a tué au total sept personnes.

"Il n'y a de dieu que Dieu! Le martyr est le bien-aimé de Dieu", ont crié les centaines de personnes rassemblées en face de la mosquée, dont le périmètre a été bouclé par des barbelés, sous la surveillance de nombreux véhicules de l'armée et des services de sécurité.

"Le martyr de la modération", proclamaient des panneaux arborant un portrait de l'ex-ministre des Finances, mort à 62 ans.

M. Chatah, considéré comme l'un des "cerveaux" de la coalition du "14 mars", hostile à Damas et au Hezbollah chiite, sera inhumé dans un mausolée adjacent à la mosquée et où est enterré Rafic Hariri, ex-Premier ministre lui-même assassiné en 2005 dans un attentat qui avait plongé le Liban dans l'instabilité.

A l'intérieur de la mosquée où se déroulait la prière du deuil, en présence de nombreux dignitaires politiques et religieux, les deux fils du défunt se tenaient près du cerceuil de leur père, au bord des larmes et en état de choc.

Les cerceuils des deux hommes ont été décorés d'un tarbouche (coiffure masculine orientale), conformément à la tradition sunnite au Liban.

Plusieurs véhicules de l'armée libanaise étaient visibles dimanche matin dans les rues de Beyrouth, et les voitures ont été interdites de stationnement dans le centre et les secteurs environnants.

Le meurtre de M. Chatah a ravivé la crainte des Libanais d'une reprise des assassinats ciblés, qui ont touché de 2005 à 2012 des personnalités critiques du régime de Bachar al-Assad et de son allié libanais, le Hezbollah.

Dans la foule venue dire un dernier adieu à M. Chatah, la colère était vivre à l'égard du Hezbollah et de la Syrie, ancienne puissance de tutelle pendant 30 ans au Liban.

"La Syrie et ses alliés au Liban, notamment le Hezbollah, sont ceux qui ont assassiné Chatah, ils ne veulent pas que ce pays soit tranquille", a lancé Youssef, instituteur de 40 ans.

"Même les petits enfants savent que la Syrie n'est pas sortie du Liban, même si son armée s'est retirée du pays" en 2005, a ajouté Suzanne Arnaout, 57 ans.

L'assassinat de M. Chatah n'a pas été revendiqué, mais la coalition du "14 mars" a rapidement mis en cause le pouvoir à Damas et le Hezbollah. Le mouvement chiite a pour sa part dénoncé le meurtre, tandis que Damas a démenti toute implication.

M. Chatah, également ancien ambassadeur à Washington, était un proche conseiller de Saad Hariri, ex-Premier ministre et fils de Rafic Hariri.

Il était considéré comme une personnalité modérée et un homme de dialogue dans un pays profondément divisé entre partisans et détracteurs du régime syrien.

Son assassinat intervient également alors que le Liban est sans gouvernement depuis huit mois, en raison de ces rivalités. Samedi, la coalition du 14 mars a réclamé un gouvernement formé de son propre camp et de centristes, refusant la participation de "la machine à tuer" du Hezbollah.

En début de soirée, le président de la République, Michel Sleimane, va tenir une rare conférence de presse où il doit faire une annonce liée à la formation du gouvernement.

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