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L'aide entravée par les rivalités politiques aux Philippines

29/12/2013 07:48 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

Un mois et demi après le passage du typhon Haiyan, les rivalités partisanes entre le clan du président Benigno Aquino et celui de la veuve de l'ancien dictateur Ferdinand Marcos entravent la distribution de l'aide et la reconstruction aux Philippines.

L'un des plus puissants cyclones jamais enregistrés, Haiyan, a fait plus de 6100 morts le 8 novembre dernier en dévastant des milliers d'habitations.

Ces derniers jours, le président Benigno Aquino a dû se défendre contre les accusations du maire de Tacloban, la ville la plus touchée par la catastrophe, selon qui des
considérations politiques auraient retardé la réaction initiale des autorités.

Le ministre de l'Intérieur, Mar Roxas, a jugé sans fondement les déclarations du maire, Alfred Romualdez, qui est un neveu de l'ancienne première dame Imelda Marcos. La présidence assure que l'aide a été acheminée en fonction des besoins.

Mais avant même le passage du typhon, Benigno Aquino devait déjà faire face à un scandale impliquant des parlementaires, dont certains de ses alliés, accusés d'avoir détourné des fonds destinés à des projets locaux du gouvernement. Le chef de l'État s'est dit lui-même indigné par ces malversations, mais l'affaire  a fait douter de son engagement à lutter contre la corruption.

Selon des spécialistes, le lancement par l'administration d'un portail en ligne pour fournir des informations sur l'utilisation des dons n'a pas levé toutes les interrogations.

« Le plus grand défi politique (d'Aquino) sera la manière dont son gouvernement mettra en oeuvre le plan de reconstruction et emploiera l'aide des pays étrangers et des organisations
internationales », estime Richard Jacobson, expert en sécurité au cabinet Pacific Strategies and Assessments.

Les habitants des régions sinistrées reçoivent l'aide par deux canaux principaux : la municipalité, qui redistribue l'aide contrôlée par le gouvernement central, et les associations caritatives.

Certaines ONG interrogées par Reuters disent avoir collaboré avec les représentants du pouvoir politique, mais comme lors de précédentes catastrophes, la plupart ont passé outre l'échelon de la municipalité ou du barangay, la plus petite unité administrative du pays, pour être sûres que l'aide parvient bien à ceux qui en ont le plus besoin.

« Les divisions politiques sont profondes dans le pays », déclare un cadre d'une grande organisation humanitaire, qui préfère rester anonyme pour ne pas compliquer la tâche de son agence.

À Guindapunan, un barangay de la ville de Palo, dans l'est de l'île de Leyte où un millier de personnes ont péri le 8 novembre, Nena Obrero et sa famille ont ainsi dû survivre
pendant trois semaines sans aide gouvernementale, s'en remettant aux églises et aux ONG.

Selon elle, cela est dû à la rivalité entre la maire de Palo, Remedios Petilla, mère du gouverneur provincial et d'un ministre du gouvernement, et la « capitaine » de barangay, Annalisa Yu, alliée à deux neveux d'Imelda Marcos.

« Elles se querellent depuis toujours », résume cette femme de 49 ans. « Et on est coincés au milieu. »

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