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Lac-Mégantic: la nouvelle bibliothèque ouvrira ses portes au printemps (VIDÉO)

29/12/2013 04:19 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

LAC-MÉGANTIC, Qc - Une petite caisse remplie de billets de banque et de pièces de monnaie. C'est tout ce que le bibliothécaire Daniel Lavoie a pu extirper des décombres de l'ancienne bibliothèque dévastée par l'explosion du 6 juillet dernier à Lac-Mégantic.

La boîte métallique tordue empeste encore le pétrole. Les liasses de billets et les rouleaux de pièces de monnaie qui se trouvent à l'intérieur sont toujours imbibés d'un résidu huileux, brunâtre.

Lorsque le bibliothécaire la dépose sur une table installée au centre d'un local éclairé de la future bibliothèque Nelly-Arcan, le temps semble s'arrêter.

Ses collègues de travail baissent le ton. Ils examinent silencieusement la relique, qui deviendra vraisemblablement l'un des premiers objets de la future collection d'archives.

La précédente n'aura pas survécu aux flammes qui ont embrasé le centre-ville de Lac-Mégantic lorsque le train fantôme a déraillé, cette nuit-là — surtout que l'ancienne bibliothèque était située juste à côté du Musi-Café, là où ont péri une bonne partie des victimes de la catastrophe.

«Les livres, on sait qu'on peut les racheter. Mais les archives... c'étaient surtout des archives privées qu'on avait», se désole la présidente de la bibliothèque, Diane Roy.

Il y a quelques années, une «levée d'archives» avait été organisée par les responsables de la bibliothèque afin de constituer un centre d'archives digne de ce nom. Nombreuses ont été les familles qui ont fait don de vieux livres, tableaux et autres reliques qui traînaient peut-être jusque-là dans un grenier poussiéreux.

Aujourd'hui, Diane Roy a la désagréable impression que la bibliothèque a failli à son devoir de préservation de la mémoire collective.

«C'est comme si nous avions trahi les gens qui nous ont confié ces archives. Ce n'est pas normal qu'un centre d'archives s'envole en fumée», souffle-t-elle doucement.

«Moi-même, j'avais fait don des archives de mon grand-père qui était allé à la guerre et a été fait prisonnier dans un camp de concentration en Allemagne», confie-t-elle.

Les responsables de la bibliothèque espèrent que les familles de Lac-Mégantic — ou celles qui y ont des racines — n'hésiteront pas à leur faire de nouveau confiance avec leurs archives et qu'elles se montreront aussi généreuses que les milliers de personnes s'étant mobilisées pour leur donner un coup de pouce dans la foulée de la tragédie ferroviaire.

Une flopée de boîtes de livres en provenance des quatre coins du Québec et de l'Ontario, entre autres, ont été envoyés à Lac-Mégantic dans les semaines ayant suivi le drame.

Les dons en argent ont aussi afflué: des bienfaiteurs de la Colombie-Britannique, de l'État du Maine, de la France et de l'Allemagne ont sorti leur portefeuille pour regarnir le compte en banque de la bibliothèque.

Diane Roy et son équipe se sont ainsi retrouvées avec un petit trésor de guerre, mais aussi et surtout, avec quelque 200 000 bouquins sur les bras. Croulant sous les boîtes, ils ont dû demander aux gens de mettre le holà.

À l'issue de l'opération de tri — monumentale —, entre 15 à 20 pour cent des ouvrages reçus se retrouveront sur les rayons métalliques qui viennent tout juste d'être assemblés dans la nouvelle médiathèque.

Celle-ci a été renommée en mémoire de la Méganticoise Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan. L'auteure des romans «Putain» et «Folle», qui s'est enlevé la vie en 2009, avait travaillé comme bénévole à l'ancienne bibliothèque pendant quelque temps.

Les citoyens de Lac-Mégantic attendent l'ouverture des portes de la nouvelle avec impatience, selon Mme Roy. «Les gens ont hâte de venir. Il n'y a pas de librairie, il n'y a plus de club vidéo, il n'y a rien», fait-elle remarquer.

Située en plein centre-ville, l'ancienne bibliothèque était un lieu où convergeaient les citoyens de la petite municipalité, souligne Lucie Bilodeau, membre du conseil d'administration de la bibliothèque.

«C'était un lieu de rassemblement. Je voyais les gens arriver et jaser. Maintenant, il n'y en a plus de lieu de rassemblement. Le centre-ville, le Musi-Café, c'était des lieux de rassemblement», se désole-t-elle.

Le déménagement de la bibliothèque n'est pas une conséquence de la destruction de l'ancien immeuble qui avait pignon sur rue au coeur de la ville.

La migration vers les nouveaux locaux , situés dans une ancienne usine de textile de la rue Lemieux, était prévue depuis environ six ans.

Ce qui n'était pas prévu, c'était la façon dont la transition se déroulerait. Ce qui n'était pas prévu non plus, c'était le choc. Celui qu'a entre autres ressenti le bibliothécaire Daniel Lavoie en se rendant dans la «zone rouge» avec les agents de la Sûreté du Québec (SQ), le 24 juillet, pour aller cueillir la fameuse petite caisse.

«C'était noir. Il n'y avait plus de rue, le sol était vraiment comme du sable bitumineux, se souvient-il. Le policier de la SQ m'a emmené devant la bibliothèque. Il n'y avait plus rien. Tout ce qu'il restait, c'étaient les deux colonnes qui supportaient l'immeuble. Et la petite caisse.»

À l'instar des Méganticois, le réflexe de Daniel Lavoie et de ses collègues aura été de se relever les manches et de consacrer toutes leurs énergies à un projet d'avenir — dans ce cas, l'ouverture prochaine de la médiathèque Nelly-Arcan.

L'équipe espère accueillir les premiers amateurs de littérature au printemps.

«Moi, j'ai un but personnel, que ce soit le 6 avril. Ça va faire neuf mois que (l'accident) est arrivé. Donc, ça va être la renaissance de la bibliothèque, neuf mois après», lance Jacques Dostie.

«Mais on ne sait jamais, peut-être que ça va être un prématuré, ce bébé-là», renchérit aussitôt Lucie Bilodeau, provoquant un grand éclat de rire dans la pièce éclairée de la médiathèque Nelly-Arcan.

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