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Uruguay: le président Mujica, admiré à l'extérieur, critiqué à l'intérieur

27/12/2013 12:45 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

Admiré sur la scène internationale pour son audace et sa simplicité, le président uruguayen Jose Mujica est critiqué dans son pays pour les lacunes de sa gestion, alors qu'il vient de perdre son ministre de l'Économie, mis en cause par la justice.

Le ministre de l'Économie Fernando Lorenzo a démissionné samedi, peu avant qu'un magistrat ne le poursuive pour "abus de pouvoir" pour sa responsabilité dans la chute de la compagnie aérienne nationale Pluna, en 2012, le plus gros coup dur de la présidence Mujica, au pouvoir depuis 2010.

"Je suis responsable de cette stratégie qui a échoué et je l'assume", a déclaré le président jeudi, à l'occasion de la prise de fonctions du nouveau ministre de l'Économie, Mario Bergara.

Criblée de dettes, la compagnie aérienne, détenue à 25% par l'État et à 75% par un groupe privé, avait fermé du jour au lendemain en 2012 sur décision du gouvernement, laissant plusieurs centaines de salariés et des milliers de passagers sur le carreau.

M. Mujica "quittera le pouvoir (en 2015) avec un niveau de popularité personnelle assez bon mais avec l'idée générale que sa gestion a été mauvaise", résume pour l'AFP Juan Carlos Doyenart, analyste politique et directeur de l'institut Interconsult.

Pour ses détracteurs, l'affaire Pluna "est une preuve de plus" de sa mauvaise gestion, ajoute-t-il.

Ancien guérillero de 78 ans célèbre par son refus du protocole, son style de vie dépouillé et ses diatribes contre le consumérisme, "Pépé", comme le surnomment ses concitoyens, est également parvenu à attirer les regards de toute la planète sur son petit pays de 3,3 millions d'habitants, avec l'adoption de lois avant-gardistes.

Après la légalisation du mariage homosexuel ou la dépénalisation de l'avortement, l'Uruguay est devenu début décembre le premier et seul pays au monde à autoriser la production et le commerce du cannabis, sous le contrôle de l'État, s'arrogeant le titre de "pays de l'année" décerné par la revue britannique The Economist.

Nul n'est prophète en son pays

"L'Uruguay est au centre du monde pour des lois considérées comme pionnières (...) mais ce ne sont pas des lois jugées prioritaires par toute la société", relève M. Doyenart.

"Dans le domaine de l'éducation, nous observons une chute libre, dans un pays qui auparavant occupait les premières places, non seulement en Amérique latine mais aussi comparé à des pays européens. Il se passe la même chose avec la sécurité, un thème sur lequel il faut continuer de faire des choses pour améliorer" la situation, souligne-t-il.

Pour cet analyste, le fort intérêt international suscité par la figure humble et austère de José Mujica, qui reverse 90% de son salaire à des programmes sociaux et vit toujours dans une modeste ferme des environs de Montevideo, s'explique "parce que dans le monde entier, il y a une terrible perte de crédibilité des dirigeants politiques".

Mais "si on observe plus finement, cette austérité personnelle ne se traduit pas dans une austérité de gouvernement", poursuit Juan Carlos Doyenart, soulignant "les nombreux gaspillages d'argent public" en Uruguay.

"Le gouvernement Mujica va rester dans l'histoire du monde, mais pour les Uruguayens, il n'est pas à la hauteur", affirme-t-il.

Oscar Bottinelli, politologue et directeur du cabinet Factum, estime que l'affaire Pluna "entache l'année historique" de M. Mujica.

"Les grands personnages sont toujours mieux vus à l'extérieur de leur pays qu'à l'intérieur", ajoute cet expert.

Pour Daniel Chasquetti, professeur en Sciences politique, la coalition de gauche du Frente Amplio de "Pepe" Mujica, au pouvoir depuis 2005, affronte "une situation critique" avant les élections de 2014, alors que "sa plus grande réussite avait justement été la politique économique".

L'Uruguay affiche un Produit intérieur brut de 14.700 USD/habitant en 2012, deuxième de la région après le Chili selon la Banque mondiale, un chômage d'environ 6% et les salaires réels ne cessent d'augmenter, malgré une inflation annuelle flirtant avec les 10%.

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