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Les policiers dispersent des centaines de manifestants à Istanbul

27/12/2013 07:10 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

Des manifestants réclamant la démission du premier ministre turc Tayyip Recep Erdogan en raison du scandale de corruption qui fait tanguer la Turquie depuis plusieurs jours ont affronté vendredi la police antiémeute aux abords de la place Taksim à Istanbul.

Les forces de l'ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes et de canons à eau pour disperser des centaines de personnes scandant: « Ce sont des voleurs ».

Le premier ministre s'est, au même moment, fait acclamer par des milliers de partisans de son parti, le Parti pour la justice et le développement (AKP), à l'aéroport de la capitale économique turque, distant d'une vingtaine de kilomètres de la manifestation. Erdogan, accueilli par des foules agitant des drapeaux de l'AKP et de la Turquie, revenait d'une tournée en province.

Enquête sur des proches du premier ministre

Par ailleurs, le Conseil d'État a rejeté une disposition gouvernementale qui aurait contraint les policiers à informer leurs supérieurs de leurs enquêtes, a annoncé vendredi à Reuters un représentant du ministère de la Justice.

Il s'agit d'un revers de taille pour le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui fait face à un vaste scandale de corruption.

Dans le cadre d'une enquête menée en secret depuis plusieurs mois, la police a procédé le 17 décembre à l'arrestation de dizaines de personnes, parmi lesquelles figurent les fils de trois ministres.

Le scandale, d'une ampleur sans précédent depuis l'arrivée de Recep Tayyip Erdogan aux affaires il y a dix ans, a donné lieu mercredi à un important remaniement ministériel et alimente la rumeur d'élections législatives anticipées en 2014.

L'affaire a pris plus récemment une tournure embarrassante sur le plan personnel pour le chef du gouvernement, car la presse a annoncé cette semaine que la justice souhaitait entendre son fils Bilal en tant que témoin.

De plus, trois députés de l'AKP de Recep Tayyip Erdogan, ont démissionné vendredi, et l'un d'eux a dénoncé une « attitude dominante et arrogante » de la formation conservatrice islamiste.

Le gouvernement, qui nie toute malversation, parle d'un complot orchestré de l'étranger. Quelque 70 responsables de la police ont été limogés et une disposition imposant aux membres des forces de l'ordre d'informer leurs supérieurs de l'état de leur enquête sur cette affaire a donc été adoptée le 21 décembre, puis rejetée vendredi par le Conseil d'État.

La veille, un procureur chargé de l'enquête avait fait savoir qu'il avait été dessaisi du dossier. Selon Muammar Akkas, l'appareil judiciaire a fait l'objet de « pressions directes » et de hauts responsables de la police ont permis à des suspects d'échapper à la justice.

Violation du principe de la séparation des pouvoirs

Le parquet a réagi en assurant qu'il avait été dessaisi pour avoir violé le secret de l'instruction. Il lui reproche en outre de ne pas avoir informé sa hiérarchie des progrès de l'enquête en temps voulu.

Les initiatives d'Ankara pour mettre la police au pas ont attisé les griefs d'une partie de l'opinion qui accuse le chef du gouvernement de dérive autoritaire et qui s'est largement mobilisée au printemps et cet été.

Joignant sa voix au concert de critiques, le Haut Conseil de la magistrature a jugé vendredi que la disposition rejetée par le Conseil d'État constituait une « violation manifeste du principe de séparation des pouvoirs et de la Constitution », ce qui lui a valu une vive réaction de Recep Tayyip Erdogan.

Erdogan dénonce un « crime »

« Le Haut Conseil de la magistrature a commis un crime », a-t-il lancé lors d'un discours prononcé à l'université Sakarya, dont il a été fait docteur honoris causa.

« Maintenant, je me demande qui va juger ce conseil ? Si j'en avais le pouvoir, je le ferais sur le champ », a-t-il ajouté.

La citation à comparaître de son fils, qui semble émaner du parquet, mais ne porte pas de signature, n'a pu être vérifiée.

Aux yeux de nombreux observateurs, l'affaire est liée à la rivalité entre le premier ministre et un ancien allié, l'influent prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis, qui dispose d'un réseau influent très bien implanté au sein des appareils policier et judiciaire.

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