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Les difficultés économiques radicalisent la Croatie

27/12/2013 12:46 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

Le premier semestre de la Croatie au sein de l'Union européenne, dont elle est devenue le 28e pays membre en juillet, a été marqué par une accumulation de faux pas sur fond de crise économique persistante qui a encouragé les tendances extrémistes dans cette ex-république yougoslave.

Le gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Zoran Milanovic n'a toujours pas réformé le secteur de l'administration publique, pléthorique et peu efficace, ce qui aurait pu réduire les dépenses budgétaires.

Il a aussi échoué à attirer de nouveaux investisseurs étrangers. Ainsi l'appel d'offres pour marier sa compagnie aérienne nationale Croatia Airlines à un "partenaire stratégique" est resté sans réponse.

"Non seulement la situation économique est mauvaise, mais il n'y a aucun indice qui indique qu'elle pourrait s'améliorer", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Berto Salaj.

Selon une projection de Bruxelles, l'économie croate, hautement dépendante du tourisme, pourrait se contracter de 0,7% en 2013 et enregistrerait ainsi un résultat négatif pour la cinquième année consécutive.

Le taux de chômage dans un des plus pauvres pays de l'UE est d'environ 20% et atteint 53% chez les jeunes âgés de moins de 25 ans. Seules la Grèce et l'Espagne font moins bien.

A ce tableau économique sombre se sont ajoutées des maladresses surprenantes pour le tout dernier venu au sein du bloc européen.

Trois jours seulement avant l'adhésion de la Croatie à l'UE le 1er juillet, le Parlement a décidé de limiter la portée du mandat d'arrêt européen et de l'appliquer uniquement aux délits ultérieurs à août 2002.

Le gouvernement avait été accusé d'avoir ainsi voulu prévenir l'extradition vers l'Allemagne d'un ancien responsable des services secrets yougoslaves, Josip Perkovic, soupçonné d'implication dans le meurtre d'un dissident croate, Stjepan Djurekovic, en 1983, près de Munich.

Sous la pression de Bruxelles, qui menaçait la Croatie de sanctions et de suspendre le versement de fonds européens si précieux dans son combat pour surmonter la crise économique, Zagreb a fait marche arrière fin août.

Début décembre, les Croates ont voté en faveur d'une révision de la Constitution pour empêcher le mariage homosexuel, au cours d'un référendum réclamé par des ONG conservatrices soutenues par la puissante Église catholique. Près de 90% des 4,2 millions d'habitants de la Croatie sont catholiques.

Le gouvernement, soucieux de s'en tenir à sa promesse d'assurer plus de droits à tous les citoyens, a présenté quelques jours plus tard un projet de loi sur les droits des homosexuels vivant en couple, visant à uniformiser les droits des unions homosexuelles et hétérosexuelles, sauf en matière d'adoption des enfants.

Quelques semaines avant ce référendum, des slogans pro-nazis des supporteurs croates et du défenseur de l'équipe nationale Josip Simunic ont terni la célébration de la qualification de la Croatie au Mondial-2014. La FIFA lui a infligé dix matchs de suspension, ce qui la prive de facto de Coupe du monde.

Mais la dernière maladresse est intervenue au lendemain du référendum sur le mariage homosexuel.

Quelque 650.000 Croates, soit un nombre suffisant, ont signé une pétition, à la demande d'anciens combattants du conflit croato-serbe (1991-95), pour réclamer la tenue d'un référendum visant à réduire les droits de la minorité serbe.

Aux termes de cette initiative, dénoncée par le gouvernement, une minorité pourra utiliser officiellement sa langue maternelle et son alphabet seulement dans les régions où elle représente au moins 50% de la population.

L'objectif est d'empêcher la présence officielle de l'alphabet cyrillique -utilisé par les Serbes- à Vukovar (est), ville quasiment rasée par les forces serbes durant le conflit.

Les Serbes, la plus importante minorité en Croatie, représentent environ 4% de la population.

La Croatie "s'est présentée comme un partenaire pas crédible, infantile et méchant de l'UE", a estimé l'analyste Jelena Lovric résumant ces faux-pas.

M. Salaj, de son côté, a fait valoir que la crise économique "favorise l'extrémisme et le radicalisme comme partout ailleurs en Europe".

"La Croatie se trouve à la périphérie de l'UE. Elle est l'exemple typique d'un pays post-communiste qui s'est retrouvé perdu au beau milieu d'une crise" qu'il ne sait pas comment gérer, a noté l'analyste et philosophe Srecko Horvat.

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