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Centrafrique : présence militaire massive des Français dans Bangui plongée dans la confusion

27/12/2013 06:15 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

La présence militaire française était massive vendredi dans les rues de Bangui où des tirs ont encore retenti durant la nuit, alimentant la confusion sur la situation dans la capitale centrafricaine, le bilan des violences ne cessant de s'alourdir.

La Croix-Rouge ne dispose pas encore d'un bilan complet, mais certaines estimations font état d'un millier de personnes tuées par balle ou à l'arme blanche en Centrafrique, depuis le 5 décembre.

Depuis le début de l'intervention française, les violences interconfessionnelles se sont multipliées entre les milices chrétiennes "anti-balaka" (anti-machette, en langue sango) et la Séléka, l'ex-rébellion majoritairement musulmane qui a chassé le président François Bozizé en mars 2013.

Beaucoup de chrétiens, victimes pendant des mois des exactions des Séléka, ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur sont désormais associés.

Chaque jour apporte son lot de morts. Dans la nuit de jeudi à vendredi, deux policiers congolais de la force africaine (Misca) ont été tués en plein centre-ville lors d'échanges de tirs.

Avec 850 hommes, aguerris et bien équipés, le contingent tchadien est omniprésent à Bangui. Il y joue le rôle de protecteur de la minorité musulmane, mais également du pouvoir du président (et ex-chef rebelle) Djotodia.

Vendredi matin, au moins un civil a été tué et plusieurs enfants blessés par des grenades lancées par des soldats tchadiens de la Misca qui protégeaient un convoi de leurs compatriotes fuyant la ville sous les injures d'une foule massée au bord de la chaussée.

Les blindés et les soldats français de l'opération Sangaris étaient eux très visibles vendredi dans la capitale, où les commerces ont rouvert et dont les habitants profitaient de l'apparente accalmie pour sortir.

Dans la nuit, des tirs nourris ont été entendus aux abords immédiats du palais présidentiel et du camp militaire de Roux qui le jouxte, où réside le président de transition Michel Djotodia, protégé par sa garde issue de l'ex-Séléka.

Une ville minée par les haines confessionnelles

Le porte-parole de la présidence centrafricaine, Guy-Simplice Kodegue, a expliqué ces tirs par une méprise entre une unité de la police de la force africaine (Misca) stationnée à proximité du palais et les forces de la Séléka.

Cette version n'a pas été confirmée par la Misca. D'après une source diplomatique, deux ressortissants tchadiens réfugiés devant leur ambassade située non loin ont également été blessés par des balles perdues.

Ces tirs témoignent de l'extrême confusion régnant dans la capitale depuis le déferlement de violences meurtrières de mercredi.

Une quarantaine de cadavres ont été ramassés dans la ville depuis mercredi, selon le Comité international de la Croix rouge (CICR). "Une soixantaine" de corps ont également été retrouvés lundi dans la capitale, selon un porte-parole du CICR. Parmi ces macabres découvertes figure une fosse commune non loin du camp de Roux.

Toute la journée de mercredi et dans la soirée, des tirs d'origine indéterminée avaient semé la panique dans les quartiers nord de la capitale, puis près de l'aéroport, sécurisé par les Français et où stationnent les hommes de l'opération Sangaris et les contingents de la Misca.

L'armée française avait lancé jeudi une vaste opération de "dissuasion" et de sécurisation, mobilisant 600 hommes, dans deux quartiers de la ville, Gobongo, proche de l'aéroport, et Pabongo, un quartier sud.

Les soldats français et les troupes de la Misca peinent à calmer les violences qui se sont déclarées dans la ville minée par les haines confessionnelles.

Mais les Tchadiens sont accusés par une majorité de la population de soutenir les ex-rebelles Séléka -dont certains sont originaires du Tchad- et ont été impliqués récemment dans plusieurs incidents.

Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de population dans le pays: près de 710.000 déplacés, dont 214.000 à Bangui (sur environ 800.000 habitants), selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

bur-mc/cld

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