NOUVELLES

A Beyrouth, des rescapés sous le choc après l'attentat

27/12/2013 10:20 EST | Actualisé 26/02/2014 05:12 EST

"Je n'arrive pas à croire que je suis toujours en vie": Ali Aoun est encore sous le choc de la puissante explosion qui a dévasté une rue du centre-ville de Beyrouth vendredi tuant six personnes dont un conseiller de l'ex-Premier ministre Saad Hariri.

Dans ce quartier chic de la capitale libanaise, les gravats contrastent avec l'habituel va-et-vient des touristes, hommes d'affaires et autres badauds profitant du front de mer tout proche.

Vendredi, pour la plupart des personnes interrogées, plus aucun endroit à Beyrouth ne peut être considéré comme sûr.

"L'explosion a été très puissante, tous les bâtiments ont tremblé autour de moi", raconte Ali. Ce balayeur se trouvait à quelques dizaines de mètres de l'explosion qui s'est produite vers 10H00 (08H00 GMT).

L'attentat à la voiture piégée qui a tué Mohammad Chatah a été d'une telle puissance que des cafés, bâtiments, magasins et bureaux ont été endommagés dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres.

Des traces de sang maculaient des trottoirs refaits à neuf par "Solidere", une société financée par Rafic Hariri, qui a reconstruit le centre historique de Beyrouth, dévasté par quinze années de guerre civile (1975-1989).

"La zone de Solidere est supposée être une zone sûre, peut-être la plus sûre du pays", s'étonne Ziad.

"Mais c'est évident qu'il n'y a plus aucun endroit sûr. Si je pouvais emmener ma femme et mes enfants ailleurs, je le ferais", confesse ce trentenaire.

L'explosion s'est produite à quelques rues du lieu où l'ancien Premier ministre Rafic Hariri -père de Saad Hariri- avait été assassiné en février 2005.

Ce nouvel attentat "veut dire que le pays se dirige vers la destruction", s'alarme Hatem, un vigile travaillant dans le quartier.

'N'importe qui, n'importe quand'

"La pire chose est le sentiment d'insécurité. (Avec cet attentat) il y a un message adressé à tout le monde au Liban: n'importe qui peut être tué, n'importe où, n'importe quand", s'inquiète ce témoin de l'attentat.

Avant M. Chatah, huit hommes politiques en vue hostiles au régime de Damas ont été tués depuis 2005, les autorités syriennes et leurs alliés du Hezbollah libanais étant soupçonnés d'en être les responsables. Cinq membres du Hezbollah sont inculpés par le TSL (Tribunal spécial pour le Liban) dans celui de Rafic Hariri.

"Comment est-il possible qu'une telle chose se produise, alors que tout le monde se rendait au travail?" s'interroge Zoulfiqar, un homme d'affaires sidéré que ce quartier huppé, équipé de caméras de surveillance, puisse être la cible d'un attentat.

Parmi les bâtiments endommagés par l'explosion certains étaient en cours de construction.

Un Koweïtien, tout juste arrivé à Beyrouth pour un voyage d'affaires, accompagne Zoulfiqar. "Plus personne ne va venir pour faire des affaires ici", s'inquiète-t-il alors que l'économie libanaise a été affectée ces dernières années par des violences à répétition et par le conflit qui fait rage en Syrie.

"J'étais au travail. Plusieurs de mes collègues ont été blessés alors qu'ils étaient dans leurs bureaux", raconte Joëlle, 28 ans, une employée qui se dit "terrifiée".

Retenant difficilement ses larmes, elle ajoute: "personne ne mérite de mourir de cette façon".

Les tensions déjà vives au Liban se sont accrues, au fur et à mesure que la Syrie, ancienne puissance tutélaire, s'est enfoncée dans un conflit devenu guerre civile.

Le Liban tout entier est très profondément divisé entre pro et anti-Damas, surtout depuis que le Hezbollah chiite libanais a admis en mai envoyer des combattants pour soutenir les troupes du régime syrien.

Des sunnites libanais ont aussi traversé la frontière et pris les armes du côté des rebelles.

ser/faa/sw

PLUS:hp