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Centrafrique: opération française dans deux quartiers de Bangui, appel "d'urgence" à l'ONU

26/12/2013 08:53 EST | Actualisé 25/02/2014 05:12 EST

L'armée française, au lendemain d'une nouvelle journée de chaos sanglant à Bangui, a lancé jeudi une opération de sécurisation dans deux quartiers de la capitale centrafricaine d'où l'archevêque et l'imam de Bangui ont demandé l'envoi "de toute urgence" de Casques bleus.

Les soldats de l'opération Sangaris se sont déployés à l'aube pour sécuriser les quartiers de Gobongo, proche de l'aéroport dans le nord de Bangui, et à Pabongo, un quartier sud de la ville.

"Le but est de dissuader", a expliqué l'un des patrons de l'opération Sangaris, le lieutenant-colonel Sébastien Pelissier. "Ce déploiement appuyé" est une opération "ponctuelle" qui mobilise environ 600 hommes, selon l'officier, avec une "concentration des efforts sur les quartiers qui ont subi le plus de violences ces derniers jours".

Toute la journée de mercredi et dans la soirée, des tirs d'origine indéterminée avaient semé la panique dans les quartiers nord de la capitale puis près de l'aéroport, sécurisé par les Français et où stationnent les hommes de Sangaris et les contingents de la force africaine (Misca).

L'origine de ces violences restait largement inexpliquées jeudi, des habitants parlant d'une attaque de miliciens "anti-balaka" (milices chrétiennes d'auto-défense) sur des éléments du contingent tchadien. L'armée française n'a donné aucune explication sur ces incidents.

Au moins une dizaine de civils ont été tués dans cette nouvelle flambée de violences. "Une dizaine de corps ont été ramenés par la Croix rouge" à la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, le principal établissement hospitalier de la ville, a déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat cette source hospitalière, ajoutant que l'hôpital avait également reçu 46 blessés, par balle ou par arme blanche.

Mais le bilan s'annonce beaucoup plus lourd. "On ne peut pas savoir combien de victimes ont fait les événements d'hier (mercredi). Les gens n'osent pas ramener les morts", a expliqué une responsable de Médecins sans frontières (MSF) en Centrafrique, Marie-Elisabeth Ingres.

Un habitant du PK5, un quartier mixte à dominante musulmane près de l'aéroport, a ainsi indiqué que les corps de plusieurs personnes, tuées par des "anti-balaka" infiltrés dans le secteur, ont été rassemblés dans une mosquée.

Cinq soldats tchadiens ont également été tués pendant ces affrontements, a indiqué la Misca.

Pick-up et cadavres carbonisés

Jeudi matin, la carcasse d'un pick-up carbonisé de l'armée tchadienne, avec encore un cadavre à l'intérieur, occupait une rue du quartier de Gobongo. Les habitants évoquaient là aussi une attaque d'anti-balaka sur les Tchadiens, et la riposte de ces derniers à l'arme lourde dans le quartier.

"Plusieurs de nos positions ont été attaquées pendant la nuit", a par ailleurs indiqué à l'AFP le chef du contingent burundais de la Misca, le lieutenant-colonel Pontien Hakizimana. "Nous avons contenu les assaillants, sans aucune perte de notre côté", a-t-il déclaré. "Depuis ce matin", les soldats burundais "patrouillent dans les rues de Bangui, et tout est calme".

Un calme précaire est effectivement revenu dans la ville. Les artères menant à l'aéroport étaient largement investies par les blindés français, alors que les soldats français menaient des opérations de fouille dans la zone.

Des tirs sporadiques ont un moment été signalés dans le 5ème arrondissement, dans le centre, mais ont cessé avec l'arrivée de militaires burundais et le survol d'un hélicoptère français.

A Gobongo, et dans des quartiers voisins, les habitants ont recommencé à sortir prudemment ou à rentrer chez eux après avoir fui par centaines vers l'aéroport voisin, où s'agglutinent déjà dans la plus grande précarité des dizaines de milliers de déplacés.

La Centrafrique "condamnée aux ténèbres" ?

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, l'archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, et l'imam Omar Kobine Layama ont appelé l'ONU à déployer "de toute urgence" une force de maintien de la paix.

Les "progrès réalisés" depuis le déploiement des 1.600 soldats français début décembre, en soutien aux 4.000 de la Misca, sont "fragiles, et les troupes ne sauraient porter ce fardeau à elles seules", selon les deux hommes, qui ne cessent d'appeler à la réconciliation depuis des mois.

La Centrafrique "reste au bord d'une guerre aux aspects religieux", et "nous craignons que faute d'une réponse internationale plus importante, notre pays ne soit condamné aux ténèbres", ont-ils prévenu de nouveau.

Un millier de personnes ont été tuées depuis le 5 décembre à Bangui et en province, dans les attaques des milices "anti-balaka" (anti-machette, en langue sango) et dans les représailles de la Séléka contre la population.

Après un court répit, les violences ont repris dans la capitale en fin de semaine dernière. Les soldats français de Sangaris et les troupes de la Misca peinent visiblement à éteindre l'incendie qui continue de couver, dans une ville toujours minée par les haines confessionnelles. Beaucoup de chrétiens, victimes pendant des mois des exactions des Séléka, ont soif de vengeance contre les ex-rebelles et les civils musulmans qui leur sont désormais associés.

La tâche des Français est rendue plus compliquée encore par l'attitude et les ambiguïtés de son allié tchadien, puissance régionale traditionnellement très influente en Centrafrique, et partenaire incontournable de Paris pour rétablir la sécurité dans le pays.

Avec 850 hommes, aguerris et bien équipés, le contingent tchadien est omniprésent à Bangui. Il y joue le rôle de protecteur de la minorité musulmane, mais également du pouvoir du président (et ex-chef rebelle) Michel Djotodia.

Mais les Tchadiens sont accusés de soutenir les ex-rebelles Séléka -dont certains sont originaires du Tchad- et ont été impliqués récemment dans plusieurs incidents, notamment des tirs fratricides contre les soldats burundais de la Misca.

Mercredi, la Misca avait annoncé le prochain départ de Bangui des troupes tchadiennes et leur redéploiement vers le nord du pays, frontalier du Tchad.

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