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Le Premier ministre japonais prie au sanctuaire Yasukuni honni par la Chine

25/12/2013 10:35 EST | Actualisé 24/02/2014 05:12 EST

Le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, a prié jeudi au sanctuaire Yasukuni où sont honorés des militaires morts pour le Japon, au risque d'aggraver la tension avec la Chine qui a jugé cette visite "inacceptable".

M. Abe, un conservateur aux convictions nationalistes, s'est rendu dans ce lieu de culte shintoïste situé au coeur de Tokyo en fin de matinée, un an tout juste après son retour au pouvoir le 26 décembre 2012.

Vêtu d'un costume à queue de pie, il a passé une dizaine de minutes dans le sanctuaire, où deux bouquets de fleurs blanches portant son nom et son titre ont été déposées.

A sa sortie, M. Abe a déclaré avoir voulu montrer sa "détermination à ce que personne ne souffre à nouveau de la guerre".

Aucun chef de gouvernement japonais en exercice n'avait effectué une telle visite depuis celle de Junichiro Koizumi le 15 août 2006, jour anniversaire de la capitulation du Japon à la fin de la Seconde guerre mondiale.

Le Yasukuni honore les âmes de 2,5 millions de soldats morts pour le Japon. Il souffre d'une mauvaise réputation à l'étranger depuis l'inscription en 1978 des noms de 14 criminels de guerre, condamnés après 1945 par les Alliés. Parmi eux figure celui du général Hideki Tojo, Premier ministre du Japon lors de l'attaque sur Pearl Harbor qui précipita l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941.

Ce vaste sanctuaire est abhorré par la Chine, mais aussi par la Corée du Sud, dont les relations avec le Japon restent marquées par les atrocités commises par les troupes nippones pendant la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945) et l'occupation partielle de la Chine (1931-1945).

La visite de M. Abe "est absolument inacceptable pour le peuple chinois" et le Japon devra "en assumer les conséquences", a ainsi réagi le directeur général des Affaires asiatiques du ministère chinois des Affaires étrangères, Luo Zhaohui.

Il a ajouté que ce geste faisait "beaucoup de mal" aux peuples d'Asie, bien que M. Abe ait assuré n'avoir pas voulu "blesser les Chinois et les Sud-Coréens".

L'ambassadeur chinois à Tokyo a déposé une protestation officielle, d'après l'agence Jiji.

La réaction courroucée de Pékin était d'autant plus prévisible que les rapports avec Tokyo sont tendus depuis l'année dernière. Les deux voisins se disputent la souveraineté sur un archipel inhabité de mer de Chine orientale, administré par le Japon sous le nom de Senkaku mais revendiqué avec force par la Chine qui les appelle Diaoyu.

La Chine envoie régulièrement des navires près de ces îlots situés à 200 km au nord-est de Taïwan et à 400 km à l'ouest d'Okinawa (sud du Japon), où croisent aussi des garde-côtes japonais, ce qui fait craindre un incident armé entre les deux puissances.

Le danger est d'autant plus redouté que Pékin a décrété en novembre une zone d'identification aérienne englobant le ciel des Senkaku/Diaoyu.

Mi-décembre, le Japon a en outre décidé d'augmenter de 5% ses dépenses militaires des cinq ans à venir. La Chine élève aussi chaque année son budget militaire.

Pour dissiper les craintes d'un bégaiement de l'histoire, M. Abe a rappelé dans une communiqué que "le Japon avait construit un pays libre, démocratique et pacifique depuis la fin de la guerre". "Il n'y a absolument aucun doute sur le fait que nous poursuivrons dans cette voie."

Mais certains lui reprochent d'avoir très mal choisi son moment.

"C'est de la folie pure qui risque de détériorer davantage les relations avec la Chine et la Corée du Sud", a jugé Takehiko Yamamoto, professeur de relations internationales à la prestigieuse Université de Waseda à Tokyo.

"Il est possible que cette visite au Yasukuni suscite l'inquiétude à Washington quant à une possible montée du militarisme" dans la région, a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis sont le plus proche allié du Japon mais ne veulent pas pour autant heurter de front la Chine, à la puissance et aux prétentions croissantes en Asie-Pacifique.

Avec la Corée du Sud, les relations du Japon ne sont pas au beau fixe non plus en raison là encore d'un conflit territorial, ce qui fait que M. Abe n'a tenu aucun sommet avec les dirigeants chinois ou sud-coréen depuis son arrivée au pouvoir.

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