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Sur les lieux de l'attentat en Egypte, la colère contre les Frères musulmans

24/12/2013 04:00 EST | Actualisé 22/02/2014 05:12 EST

Dans une rue dévastée par l'attentat meurtrier ayant visé dans la nuit un QG de police à Mansoura dans le nord de l'Egypte, les habitants ne cachent pas leur colère: pour eux les coupables tout désignés sont les Frères musulmans.

"Les Frères musulmans veulent revenir au pouvoir à tout prix, même par le sang, la force et la destruction", lance Waël Hamdy, 50 ans, à l'AFP, au milieu d'immeubles aux façades effondrées par le souffle de la puissante explosion d'une voiture piégée.

Autour de lui, des bulldozers s'activent pour nettoyer le secteur ravagé où des rues entières sont recouvertes de débris et inondées après la rupture de canalisations. Barres de fer et blocs de béton y sont entassés au milieu de carcasses de voitures calcinées, aux fauteuils tachés de sang pour certaines.

Dans un hôpital voisin, des médecins parcourent sans relâche une salle d'urgence au sol maculé de sang. Mostafa Hadi, un policier la tête bandée qui a réchappé à l'attentat raconte dans un filet de voix: "j'ai entendu une énorme explosion derrière moi, puis j'ai été projeté en l'air et j'ai perdu connaissance".

Depuis début juillet, l'Egypte est profondément divisée entre partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l'armée et des nouvelles autorités dirigées de facto par les militaires qui mènent une sanglante répression des islamistes qui s'est soldée par plus d'un millier de morts et des milliers d'arrestations à ce jour.

Après la mort dans la nuit de lundi à mardi de 12 policiers et d'un civil dans l'un des attentats les plus meurtriers en Egypte depuis la destitution du chef d'Etat issu des Frères musulmans, les habitants de Mansoura dans le delta du Nil ont clairement choisi leur camp.

Près de Waël Hamdy, des dizaines de policiers se sont déployés, casqués, bottés et brandissant d'imposants boucliers transparents. Ils forment un infranchissable cordon de sécurité autour du QG de la police du chef-lieu de la province de Daqahleya, à une centaine de kilomètres au nord du Caire.

Autour d'eux, la foule continue ses imprécations vengeresses. "Le peuple, l'armée et la police, tous ensemble!", crie-t-elle. "Le peuple veut l'exécution des Frères musulmans!", entend-on encore.

'Ils sont nos ennemis'

"On va leur apprendre les bonnes manières, on va montrer aux Frères musulmans ce que c'est que la vraie colère!", menace la foule alors que derrière elle, les bâtiments du théâtre et du conseil municipal portent les stigmates de l'attentat.

Certains brandissent des photo-montages du président destitué habillé de la tenue rouge des condamnés à mort en scandant des slogans sur les 13 "martyrs".

Plus tard dans la journée, des milliers de personnes se sont rassemblées pour les funérailles des victimes, dont les corps enveloppés dans des linceuls blancs coiffés du drapeau égyptien, étaient portés sur des camions de pompiers à travers la foule.

"Les Frères musulmans nous prennent pour cible, mais ces opérations ne vont faire qu'accroître notre détermination à venger nos collègue", a affirmé un policier, Tamer Husseini.

Les Frères musulmans ont eu beau condamner l'attentat à la voiture piégée, pour les résidents qui ont senti leurs maisons trembler à l'aube, leur responsabilité ne fait pas de doute.

Pour Mervat Saïd, une avocate de 45 ans, "personne n'a intérêt à ce que de tels actes se produisent, à part les Frères musulmans". "Ils se vengent du peuple et de la police", dit-elle encore à l'AFP.

"Que tous ceux qui connaissent des Frères musulmans les dénoncent! Ce sont des terroristes! Ils sont nos ennemis", s'époumone de son côté Hanem Hassan, la voix étranglée par la colère.

Un peu plus loin, des commerçants contemplent, hagards, leurs magasins détruits, l'intérieur totalement dévasté par le souffle de l'explosion provoquée par une charge de plusieurs dizaines de kilogrammes d'explosifs embarquée dans une voiture piégée.

Depuis l'éviction du seul président jamais élu démocratiquement du pays, les nouvelles autorités dirigées de fait par l'armée mènent une implacable répression des manifestants pro-Morsi qui continuent à défiler quasi-quotidiennement, bravant une répression qui a fait à ce jour plus d'un millier de morts et des milliers d'arrestations.

"A partir d'aujourd'hui, ils ne pourront plus faire aucune manifestation!", prévient Mohamed Tag, un jeune habitant qui harangue la foule. "On va s'occuper d'eux!", promet-il.

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