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La Chine va célébrer l'anniversaire de Mao, une figure qui divise les Chinois

24/12/2013 12:45 EST | Actualisé 22/02/2014 05:12 EST

Admirateurs et nostalgiques de Mao Tsé-toung célèbreront jeudi le 120e anniversaire de la naissance du révolutionnaire qui fonda la Chine communiste, mais infligea des millions de morts à ce pays aujourd'hui divisé sur son héritage.

Par milliers, les partisans du "grand timonier", qui dirigea la Chine pendant plus d'un quart de siècle jusqu'à sa mort en 1976, sont attendus dans sa ville natale de Shaoshan, où les autorités ont dépensé des milliards pour les festivités.

Douze décennies représentent un jalon symbolique en Chine, où le temps est traditionnellement découpé en cycles de 60 ans.

"L'anniversaire est un grand jour pour le peuple chinois. C'est la plus belle date pour que nous exprimions notre foi en Mao Tsé-toung et notre respect à son égard", déclare Shen Yang, une homme d'affaires de 48 ans qui fera le voyage à Shaoshan, dans la province centrale du Hunan, où Mao a passé sa jeunesse.

"Je crois que la nouvelle Chine créée par Mao est grandiose, et c'est pour cela que nous devrions lui rendre hommage et croire en lui", dit-il, précisant qu'il déposera une gerbe de fleurs à la maison natale de Mao et s'offrira pour l'occasion un repas de nouilles, le mets traditionnel des anniversaires.

Mais Mao, qui mena le Parti communiste chinois (PCC) à la victoire en 1949 après une sanglante guerre civile, reste pour d'autres Chinois avant tout un tyran dont les désastreuses campagnes politiques ont coûté des millions de morts au pays.

Les historiens estiment qu'au moins un million de Chinois ont été massacrés dans le mouvement de redistribution des terres des années cinquante, sans compter les purges d'opposants réels ou supposés destinées à consolider son pouvoir.

Bien plus sanglant encore a été le "Grand bond en avant" déclenché en 1958 pour rattraper les économies occidentales, qui laissera derrière lui en 1962 plus de 40 millions de morts, la plupart de famine.

Dès 1966 et pour 10 ans, il est suivi de la "révolution culturelle", déclenchée par Mao pour reprendre les rênes et éliminer ses adversaires, plongeant le pays dans une quasi-guerre civile qui a fait un demi-million de morts pour la seule année 1967.

"La plus grande faute de Mao a été d'interrompre la progression de la Chine vers un système constitutionnel et la démocratie", estime l'historien Zhang Lifan dans un commentaire sur internet à l'occasion de l'anniversaire.

"Il a entraîné la Chine dans la guerre de classes et la voie sans issue du régime de parti unique".

Le PCC continue pourtant "de se servir de Mao comme d'une sorte de figure paternelle de la révolution", source de "sa légitimité et de son discours sur la libération nationale", relève Kirk Denton, professeur à l'Université américaine de l'Ohio, qui a mené des recherches à Shaoshan.

Mais si le PCC a conservé le pouvoir après la mort de Mao en 1976, c'est en pratiquant une politique économique notamment, à l'exact opposé de celle préconisée par Mao, admettant qu'il avait commis "30% d'erreurs", soit un bilan à 70% "positif".

Son corps embaumé reste exposé au mausolée de la place Tiananmen, où trône toujours son portrait, et toute discusion ou publication à son sujet sortant de la ligne officielle demeure interdite.

Les cérémonies à Shaoshan évoqueront "une image sans tache de Mao, grand dirigeant révolutionnaire", assure Kirk Denton.

Mais les révélations en octobre dans la presse chinoise du coût des célébrations --l'équivalent de 2,5 milliards de dollars-- ont fait scandale sur l'internet, jusqu'à ce que le président Xi Jinping demande un hommage "solennel, simple et pragmatique".

Car après trois décennies de réformes qui ont réintroduit le capitalisme en Chine, Mao est devenu aussi un point de ralliement pour ceux qui déplorent l'écart abyssal entre riches et pauvres et la corruption endémique, source d'inquiétude majeure pour le PCC qui s'applique à faire taire toute contestation.

Le dirigeant déchu Bo Xilai, condamné cet automne à la prison à vie, avait ainsi exploité l'image de Mao. Mais les dirigeant actuels se l'approprient aussi: Xi Jinping, dont le père a été proche de Mao, a ainsi remis à l'honneur l'usage typiquement maoïste de l'"autocritique" pour les cadres.

"La voie est délicate pour le gouvernement, qui veut lui rendre hommage, mais partiellement seulement", note Jeffrey Wasserstrom, spécialiste de la Chine à l'Université Irvine de Californie.

En attendant, les hôtels à Shaoshan sont pleins.

"Ceux qui comme nous ont foi en Mao doivent se dresser courageusement et s'exprimer", assure Shen, l'homme d'affaires.

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