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18/12/2013 10:49 EST

Les Méganticois accueillent le train avec méfiance

PC

Les Méganticois ont accueilli avec un sentiment doux-amer le passage du premier train dans leur petite municipalité depuis la tragédie du 6 juillet dernier. Le convoi a traversé Lac-Mégantic mercredi après-midi, un peu plus de cinq mois après le déraillement et l'explosion d'un train qui a coûté la vie à 47 habitants.

La mairesse Colette Roy-Laroche, elle-même, est partagée. D'une part, elle rappelle que le train a «toujours fait partie de la vie de Lac-Mégantic». Mais du même souffle, elle confie avoir été surprise d'entendre le sifflement de la locomotive lundi, lors d'un test sans wagons sur la voie ferrée. «Ça ébranle, ça brasse en dedans», dit la mairesse.

Toutefois, le retour du service ferroviaire était essentiel pour l'économie locale. Des entreprises, comme Tafisa Canada, en dépendent. Le fabricant de panneaux de particules a été le premier à être desservie mercredi. Ses produits prendront la route de Sherbrooke, relançant un peu l'économie locale.

«Tafisa, c'est 350 employés, sans compter les emplois indirects, plaide Colette Roy-Laroche. Sans le réseau ferroviaire, l'entreprise ne se serait jamais installée ici.»

Pierre Mercier, qui réside à proximité de la zone sinistrée, voit lui aussi d'un bon oeil la reprise du service ferroviaire. «Ça commençait à être urgent, estime le retraité. C'est important pour l'économie. Mais je peux vous assurer que ça va être la voie ferrée la plus sécuritaire en Amérique du Nord.»

En effet, des mesures draconiennes ont été mises en place pour assurer la sécurité des convois qui traverseront la municipalité de 6 000 habitants. Pour le moment, aucune matière dangereuse, tel le pétrole à l'origine de la tragédie, ne pourra circuler sur les voies ferrées. Une liste des produits transportés devra également être remise quatre heures à l'avance et un ingénieur devra être à bord en tout temps, en plus du conducteur. Sur certains tronçons, la vitesse du train sera réduite à 16 km/h, en raison de l'état de la voie ferrée.

Trop peu, trop tôt

Ces mesures sont toutefois insuffisantes pour l'entrepreneur Raymond Lafontaine, qui a perdu un fils, deux brus et sa secrétaire dans la catastrophe. Celui-ci s'est fait connaître pour ses vives critiques à l'endroit de la Montreal Maine & Atlantic, propriétaire du train qui a déraillé dans la nuit du 6 juillet.

«C'est la même compagnie qu'on avait avant, dit Raymond Lafontaine. Celui qui a tué nos enfants... aujourd'hui il repasse. Pas de punition, rien.» L'entrepreneur comprend l'importance du train pour sa ville, «mais on aurait aimé que ça change de compagnie».

Raymond Lafontaine juge que les gouvernements provincial et fédéral n'ont pas pris les mesures nécessaires après la tragédie. «D'autres familles vont mourir un jour, c'est inévitable», dit-il.

Pour sa part, Yvon Piché refuse que des matières dangereuses circulent à nouveau à travers sa municipalité. «Ça, on en veut pas!», dit-il. Il rappelle que le pétrole de la compagnie Irving qui a enflammé le centre-ville de Lac-Mégantic était destiné au marché américain et ne faisait que transiter par la petite localité frontalière.

Claude Villeneuve, lui, peine à croire que la Montreal Maine & Atlantic est encore en activité. L'entreprise opère toujours le réseau ferroviaire qui traverse la municipalité, en attendant la vente de ses actifs prévue en janvier prochain. «C'est une compagnie broche à foin, dit Claude Villeneuve. On voit ce que ça a donné.»

Un autre résidant, qui a travaillé comme bénévole dans les jours suivants la tragédie et qui désire demeurer anonyme, peste contre l'entreprise d'Edward Burkhardt: «Ce sont des profiteurs», lance-t-il.

Si les résidants de Lac-Mégantic se sont résignés au retour du train dans leur municipalité, ils sont nombreux à souhaiter la création d'une voie de contournement afin que les convois évitent le centre-ville. Aucune décision n'a toutefois été prise au sujet de ce projet au coût évalué à une centaine de millions de dollars.

Explosion d'un train à Lac-Mégantic

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