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Homeland, saison 3 : Ce qu'il faut retenir du dernier épisode (SPOILER)

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Homeland: un résumé du dernier épisode de la saison 3 | Showtime

ALERTE SPOILER : Ne lisez pas cet article si vous n'avez pas encore vu le dernier épisode de la saison 3 de "Homeland," intitulé "The Star" ("L'étoile").

Dans le monde réel, lorsque le gouvernement américain essaie de se mêler des affaires internes d'états souverains qu'il considère comme problématiques, on sait tous comment ça se termine: avec le chaos interminable d'un Irak post-guerre civile, par exemple, ou avec l'image d'un Oliver North, vêtu de sa panoplie complète de militaire, confessant devant le Congrès que l'affaire Iran-Contra (dans laquelle les Etats-Unis ont participé, dans les années 80, à des ventes d'armes clandestines à l'Iran afin de financer le changement de régime au Nicaragua via le mouvement anti-gauchiste Contra) était selon lui "un plan astucieux."

L'histoire de l'interventionnisme américain est complexe, parsemée d’ambiguïtés morales, de conséquences inattendues et de quelques rares succès.

Diffusé dimanche soir, le dernier épisode de la saison 3 de "Homeland", pour une fois moins basé sur le suspense que sur l'émotion déchirante, a montré exactement l'inverse: l'intervention étrangère, bien que menée de façon chaotique et maladroite, se révèle être un formidable succès modifiant la dynamique même des relations internationales.

Vers la fin de l'épisode, Saul, affublé de son uniforme post-CIA consistant en une chemise trop grande et un chapeau melon, rentre chez lui, dans la villa qu'il partage avec Mira, des croissants à la main, bizarrement placés dans une boîte à gâteaux enrubannée (est-ce ainsi qu'on présente les croissants dans les îles grecques?). Mira, quant à elle, lit à voix haute un article de presse saluant la décision prise par le gouvernement iranien d'ouvrir son programme nucléaire aux inspecteurs internationaux en échange d'une interruption des sanctions portant sur le pays.

Le sous-entendu est clair: aussi risquée soit-elle, la ruse de Saul a fonctionné. Celle-ci consistait à amener un dégel des relations Iran-Etats-Unis en se servant de Brody pour assassiner Akbari afin de convaincre Javadi de changer de camp, et d'en faire une figure pro-USA, influente et puissante, à la tête des services de renseignements iraniens. Saul a gagné, et avec lui l'idée même d'intervention étrangère. Les croissants du succès ont clairement leur place ici -- pas seulement pour Saul et la CIA, mais aussi pour les scénaristes de "Homeland", qui ont sûrement été ravis de constater l'énorme coup de chance provoqué par la situation réelle en Iran, où le président fraîchement élu a fait beaucoup de chemin vers un accord visant à interrompre le programme nucléaire iranien en échange d'un allègement des sanctions, alors même que la saison se déroulait.

Tout au long des trois saisons de "Homeland" diffusées à ce jour, Saul n'a jamais paru vouloir afficher une mine joyeuse ou détendue; son allure par défaut est un regard sévère dans le vide, une démarche raide, les mâchoires serrées, une façon bien particulière de se tenir affalé dans sa chaise de bureau, tard le soir. Mais à voir Saul dans cette scène, tandis qu'il contemplait le soleil méditerranéen au-dessus de l'épaule de Mira avec sur le visage un air de bien-être sincère et émerveillé, le bonheur ne semblait pas, pour une fois, monté de toutes pièces, et l'on pouvait conclure devant cet exemple de pure satisfaction que l'interventionnisme étranger est un bien inconditionnel et sans contrepartie -- un "plan astucieux," comme l'a dit Oliver North devant le Congrès dans les années 80 -- et que la paix entre deux belligérants potentiels ne dépend que de l'habilité à faire que les bonnes personnes fassent les bonnes choses au bon moment.

Mais "Homeland" est une série trop sophistiquée pour se noyer dans les extrêmes absolus, et l'épisode d'hier soir s'est appliqué à souligner les ambiguïtés et autres combats moraux de la politique interventionniste, dépourvue de toute contrainte légale ou d'un mandat du congrès. C'est là tout l'enjeu de cette saison. "Et que fais-tu d'Amnesty International ou Human Rights Watch?" demande Carrie à Saul, alors que le plan pour l'évacuer elle et Brody d'une cachette dans le désert a extrêmement mal tourné et qu,elle l'implore de faire son possible pour sauver le père de ses enfants de l'exécution. C'est l'une des répliques les plus involontairement hilarantes de la série: lorsque l'on est libéré des lois internationales et que l'on tue des gens de sang-froid, peu importe les bonnes intentions ou la noblesse des nos actions, le fait est qu'il est trop tard pour se soucier d'Amnesty International. La mort de Brody est une scène d'une brutalité saisissante -- et même si sa disparition prive Carrie de l'opportunité de remplir la mission plus intime qu'elle s'était fixée cette saison en parallèle à la mission confiée par l'agence (à savoir, réhabiliter Brody aux yeux de ses pairs de la CIA et de cruels spectateurs, qui voient toujours en lui le plastiqueur de Langley), la volonté est toujours là. À un moment donné, après que Lockhart rejette sa demande d'accrocher une étoile sur le mur de l'agence en l'honneur du sacrifice de Brody, elle dit à son nouveau patron: "Il était un marine américain capturé et torturé pendant huit ans. Qui sommes-nous pour le juger?"

Voilà qui symbolise Brody depuis le début. "Tout le monde le voit à travers vos yeux désormais," dit Javadi à Carrie après lui avoir demandé de le rencontrer à la suite de la capture de Brody. C'est une remarque intéressante, tout comme la totalité du dialogue dans un épisode final qui parfois (comme lorsqu'un militaire iranien va rendre visite à Carrie dans son refuge et dit: "Le colonel est au courant") semble sur le point de tourner au pastiche. Avant toute chose, l'épisode nous a donné un aperçu rapide de chaque personnage important dans sa posture emblématique: Saul dans sa chemise trop grande, assistant avec une fierté résignée à la cérémonie commémorative; Peter Quinn, seul dans un parking, tirant sur une cigarette vêtu de son ensemble favori constitué d'une chemise grise et d'une veste grise et concertant avec humeur sur le sens de l'amour; Dar Adal engloutissant gaufres et café dans un dîner, une expression de marsupial espiègle sur le visage au-dessus d'une veste trop ample; et Javadi lui-même, mettant en oeuvre ses techniques de vente morales avec Carrie dans son costume brillant, avec l,air qui lui colle à la peau, celui d'un vendeur de tapis n'inspirant pas la confiance mais sans qu'on puisse dire pourquoi.

Beaucoup d'encre a coulé au sujet de la volonté initiale des producteurs de ne garder Brody que pour une saison. En réalité, il devait tenir deux saisons et reconnaître l'inéluctabilité de sa propre mort avant les téléspectateurs. À quel moment Brody s'est-il résigné à sa propre mort? Est-ce lorsqu'il a été extradé de Caracas aux États-Unis, drogué, légumineux, et forcé à accepter une dernière mission? Ou était-ce lorsqu'il a eu vent du plan de l'armée de l'extrader, à la surprise de ses proches? Il savait sûrement que sa fin était proche quand lui et Carrie se sont rendus à la cachette près de Tehéran, sa vitre ouverte, le regard perdu dans les champs environnants. "Je suis né dans le désert," dit-il à Carrie d'une voix traînante, réfléchissant à la nature cyclique de la vie.

On pourrait penser que le moment de résignation a eu lieu quand Brody a retrouvé Dana pour la première fois depuis l'attentat à la bombe de Langley. C'était la première fois de la saison que l'on voyait une émotion sincère traverser Brody, et la première fois que l'on pouvait comprendre ses déchirures: être un meilleur père, laver son nom, laisser un héritage si horrible à ses enfants qu'ils devraient changer de nom de famille. Soudain le discours de Carrie et Saul sur la "la dernière mission" et la "rédemption" lui semblent prendre sens, et c'est alors que l'on se dit que Brody a décidé qu'il n'avait pas d'autre raison de vivre à part laver son héritage. La mort de Brody à Téhéran est moins une fin inévitable que la volonté d'être accepté à nouveau parmi les hommes. Au final, le cafard en a eu assez. L'exécution par pendaison de Brody sur une place publique remplie d'une foule enthousiaste est sauvage et gênante, mais si vous avez allumé votre télévision à ce moment précis, vous avez peut-être pensé qu'il s'agissait d'un accueil en fanfare destiné à un héros.

Il est aussi intéressant de noter que la mort de Brody s'inscrit dans la tradition d'Abu Nazir, le terroriste et figure tutélaire de Brody qui a sacrifié sa vie pour leurrer la CIA avec l'attentat de Langley. Mais le chant du cygne de Brody est résumé au mieux dans son discours à Carrie à l'intérieur de la cachette:

"Il y a un homme à Caracas, un docteur, il m'a appelé le cafard. Impossible à tuer, porteur de misère où que j'aille. Il s'agit de rédemption, vous l'avez dit. C'est une putain de blague. Dans quel univers peut-on effacer un meurtre en commettant un autre? ... Je suis un tas de choses. Mais je en suis plus un marine. Ça fait longtemps que je ne le suis plus."

À de multiples reprises dans l'épisode, on peut voir Brody se laver. Dans une scène, dans la cachette, il se regarde dans le miroir en se lavant le visage et les poignets, cette bouche vaguement simiesque, dents avancées poussant la lèvre inférieure vers l'avant, reposant sous des yeux perçants et déterminés. Une autre fois on le voit en prison, quelques heures avant son exécution, se lavant avant de mourir. L'argument est certes un peu gros: la mort, pour Brody, est une sorte de lavage.

La saison 4 de "Homeland" est d'ores et déjà prévue pour octobre 2014, ce qui signifie que les producteurs de la série ont au moins une douzaine d'épisodes pour s'amuser, en révélant par exemple comment Carrie et son bébé se feront à la vie à Istanbul, où Carrie deviendra le chef de poste de la CIA le plus jeune de l'histoire. Brody est mort, et il ne réapparaîtra pas dans la série par l'opération du Saint-Esprit (s'il revenait, la série aurait VRAIMENT perdu les pédales). La grossesse de Carrie est finalement révélée à Brody en personne. Quatre mois après sa mort, Carrie, enceinte de huit mois, doit faire à ce que l'on imaginait: comment diable va-t-elle pouvoir devenir une mère? Quel genre de mère va-t-elle être? Elle admet que le fait de garder le bébé était sa dernière tentative d'avoir en elle une partie de Brody encore vivante et proche d'elle, mais reste encore à savoir si elle gardera l'enfant ou le laissera à la responsabilité de son père.

L'épisode final soulève aussi des interrogations sur le casting de "Homeland": Mandy Patinkin quitte-t-elle la série pour de bon? Saul continuera-t-il à travailler avec Carrie maintenant qu'il est dans le privé à New York, et mettra-t-il en place un complot à la Javadi pour évincer Lockhart de la direction de la CIA? Tout comme la saison 2 se concluait avec l'avenir de Carrie à la CIA en lambeaux, la saison 3 prend fin avec les dernières heures de Saul à la CIA. Mais d'autres questions surviennent maintenant que la structure de la saison 4 se met à peu près en place: Peter Quinn, Max, Virgil et leurs acolytes rejoindront-ils Carrie à l'étranger? Ou verrons-nous une toute nouvelle équipe de personnages? Qu'arrivera-t-il à Dana et Jessica? S'en soucie-t-on vraiment? Et qu'en est-il de Chris Brody, l'homme oublié de la série, qu'on a vu pour la dernière fois en train de vider le lave-linge, un air vaguement bouleversé sur le visage dans l'environnement acidulé de la banlieue de Washington? S'il nous restait un regret à avoir, c'est de ne toujours pas avoir vraiment compris Chris -- pourrait-on, par exemple, lui donner un peu de profondeur?

Continuerez-vous à regarder "Homeland"? Qu'avez-vous pensé de la fin de cette saison -- la fin justifie-t-elle la lenteur du début? Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires ci-dessous.

Les meilleures répliques de l'épisode final:

  • "Je suis né dans le désert ... C'est là que vivait mon père. Il avait son centre de formation au combat là-bas. Au moins il n'est plus dans les parages. je suis le fils qui lui a brisé le cœur." -Brody à Carrie, sur le chemin vers la cachette
  • "Je suis enceinte. Je suis enceinte de quatre mois, ça date de la fois au bord du lac. Certaines choses peuvent parfois être compliquées. Eh bien, je le dis maintenant. Écoute, je n'ai pas non plus la moindre idée de ce qui se passera quand on sera rentrés chez nous... mais la vie continuera. Parce que je suis persuadée que l'une des raisons pour lesquelles je suis sur terre, c'était de croiser ton chemin. Et oui, je sais que j'ai l'air d'une tarée." -Carrie à Brody dans la cachette, après lui avoir dit qu'elle était enceinte
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  • "Vous êtes une bande de mauviettes." -Saul au sénateur Lockhart et son équipe après que Lockhart autorise Javadi à capturer Brody
  • "Comment peut-on avoir envie de s'infliger ça? Pourquoi? Je pense que je sais maintenant. Ça a toujours tourné autour de [Brody]. C'est tout ce qui vous importe. C'est peut-être la seule chose. Qui est Brody, c'est à Allah de le savoir. mais ce qu'il a fait, c'est indéniable. C'était surprenant ... Tout le monde le voit à travers vos yeux désormais. Saul. le président. Lockhart. Même moi." -Javadi à Carrie, le jour de l'exécution de Brody
  • "Personne ne juge [Brody]. Je refuse juste d'honorer sa mémoire sur les murs de notre bâtiment." -Lockhart à Carrie, après avoir rejeté sa demande de poser une étoile en mémoire de Brody à Langley
  • "Ça m'a pris tout ce temps pour comprendre que c'est impossible. Je ne peux pas être mère. À cause de moi-même. À cause de mon job. À cause de mes problèmes. Je serai un excellent chef de poste. Je serai obstinée, je serai impitoyable... c'est précisément pour ces raisons que je ne peux pas être mère." -Carrie à Peter Quinn sur ses doutes face à la maternité
  • "Deux vieux de la vieille ensemble." -Une serveuse à Saul et Dar Adal dans un diner, une scène qui avait l,air d'être tout droit sortie des années 50
  • "Tu ne vas pas l'abandonner comme ta mère t'a abandonnée." -Le père de Carrie, après que Carrie a admis avoir peur à l'idée de devenir mère
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