POLITIQUE
16/12/2013 07:24 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Libre-échange: Pauline Marois veut régler le dossier du fromage avant un vote à l'Assemblée nationale

ASSOCIATED PRESS
Pauline Marois, Premier of Quebec, at the Foriegn Policy Association luncheon where she delivered a keynote address on Thursday, Dec. 13, 2012, in New York. (AP Photo/Bebeto Matthews)

BRUXELLES - L'Assemblée nationale n'adoptera pas l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe tant qu'Ottawa ne se sera pas entendu avec les producteurs de fromages québécois sur le montant d'une éventuelle compensation.

La première ministre Pauline Marois a servi cette mise en garde lundi à Bruxelles, troisième étape de sa tournée économique en Europe, après Paris et Monaco.

«Je me suis engagée auprès de M. Harper à présenter l'accord devant l'Assemblée nationale une fois qu'Ottawa aura eu une entente avec nos producteurs de fromage pour une compensation. Tant que nous n'aurons pas cette entente, je ne présenterai pas l'accord et il ne sera pas applicable», a prévenu Mme Marois.

La première ministre a toutefois pris la peine de préciser que cette situation ne remettrait pas l'accord en cause. «Ce n'est pas un 'deal breaker'. Il faut être bien clair là-dessus», a-t-elle dit.

Faute de texte publié, la plupart des détails de l'accord de libre-échange Union européenne-Canada restent encore inconnus, mais la première ministre assure qu'il n'y a «pas beaucoup d'inquiétudes» à y avoir.

«Nous ne voyons plutôt que des avantages», a-t-elle affirmé à l'issue d'un entretien avec le commissaire européen au Marché Intérieur, le Français Michel Barnier, tout en reconnaissant que le dossier du fromage «cause quelques ennuis».

Les petits producteurs de fromage québécois en savent quelque chose: l'Union des producteurs agricoles estime que la concurrence européenne (avec des quotas d'importation qui passerait de 13 000 à 32 000 tonnes) leur fera perdre chaque année près de 450 millions $. Le gouvernement Harper s'est engagé à compenser ce manque à gagner, mais le montant et les modalités de l'aide restent à négocier.

«L'UPA avance cette somme. Est-ce que c'est ça ou autre chose? On n'a pas convenu d'une somme», a indiqué Mme Marois.

La première ministre a entièrement consacré sa journée bruxelloise à l'accord de libre-échange conclu cet automne et qui doit entrer en vigueur d'ici 18 à 24 mois, le temps que les pays européens et les provinces canadiennes l'adoptent.

En venant lundi dans la capitale politique de l'Europe, Mme Marois cherchait à «prendre l'initiative» en prévision de cette échéance.

«Le Québec souhaite se positionner comme partenaire stratégique de premier plan (…). Nous sommes ici pour faire en sorte que les entreprises se préparent à l'ouverture de nos marchés», a expliqué Mme Marois au cours d'une allocution au prestigieux Palais de l'Académie devant 150 représentants des milieux d'affaires réunis par la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg.

Le gouvernement québécois estime que le libre-échange avec l'Europe entraînera des retombées économiques de 2,2 milliards de dollars par année et la création de 16 000 emplois.

«Notre objectif est d'augmenter nos exportations vers l'Europe de 10 pour cent en cinq ans. Il n'y a pas de doute, dans mon esprit, que cette nouvelle entente contribuera à atteindre cet objectif», a prédit la première ministre.

Pour elle, il ne fait d'ailleurs aucun doute qu'un Québec souverain continuerait de profiter du libre-échange EU-Canada, au nom du principe de la «succession d'États».

«Dans la succession d'États, il serait normal que l'on continue d'appliquer les accords auxquels nous avons consentis à l'Assemblée nationale», a rappelé Mme Marois, d'autant que le Parti québécois, rappelle-t-elle, a «toujours soutenu» le libre-échange.

INOLTRE SU HUFFPOST

Accord de libre-échange Canada-UE: les points importants