POLITIQUE
16/12/2013 07:40 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Daniel Paillé quitte le Bloc québécois en raison de problèmes épileptiques (VIDÉO)

Daniel Paillé vient de confirmer qu'il a remis sa démission à titre de chef du Bloc québécois en raison de « problèmes épileptiques ». Il en a fait l'annonce au cours d'une conférence de presse tenue au bureau national du Bloc québécois, à Montréal.

L'homme de 63 ans, qui dirigeait la formation souverainiste depuis deux ans, a indiqué que ces problèmes, diagnostiqués après qu'il eut éprouvé des « malaises » au cours des derniers mois, sont « gérables » et « stabilisables », mais à la condition qu'il adopte « un rythme, un mode et un régime de vie plus stable, disons normal. »

« Je n'élaborerai pas davantage là-dessus, et je vous demande respectueusement de respecter ce choix, qui relève du domaine privé. Je vais prendre un recul reposant, profiter du temps et des gens qui m'entourent. Et éventuellement, j'aurai une nouvelle vie professionnelle, plus ordonnée, plus prévisible », a-t-il ajouté.

« Je n'ai jamais eu de plan de carrière. La vie m'a toujours guidé et je l'ai suivie. Mais quand l'essentiel, soudain, devient un enjeu... », a laissé tomber Daniel Paillé.

« Je passe donc la main. Savoir partir, pour moi, c'est maintenant. Et c'est, dans les circonstances, le meilleur moment pour le parti. » — Daniel Paillé

Selon nos informations, les problèmes neurologiques du chef souverainiste affecteraient sa mémoire et sa capacité de concentration, l'empêchant du coup de mener sa tâche à bien. Des sources au sein du parti ont confié que M. Paillé a subi des tests médicaux au cours des derniers mois et qu'il venait moins souvent à Ottawa.

« Être aux commandes d'un parti politique, ça exige une forme exceptionnelle et une endurance à toute épreuve. Ce n'est pas un emploi à temps plein. C'est être à plein temps à l'emploi », a reconnu M. Paillé.

Le chef démissionnaire du Bloc affirme être « fier » de son travail à la direction du parti. « Ça peut être évalué par un redressement, un rééquilibre, une relève, des nouveaux membres, mais d'abord et avant tout, c'est le travail de milliers de Québécois et de Québécoises, avec patience, avec persévérance », a-t-il souligné.

De passage à Bruxelles, la première ministre du Québec Pauline Marois a tenu à saluer l'engagement de M. Paillé. « Je veux le remercier pour ce qu'il a fait pour le Bloc québécois, pour le mouvement souverainiste. Je veux lui souhaiter bonne chance pour la suite des choses. Et j'espère que sa santé ira bien », a-t-elle dit.

Un automne difficile

Le chef du Bloc s'était retrouvé dans la tourmente lorsque sa collègue Maria Mourani avait pris position contre la charte de la laïcité du gouvernement péquiste de Pauline Marois. Elle avait notamment utilisé l'expression « nationalisme ethnique » en parlant du projet de charte.

M. Paillé avait exclu la députée montréalaise du caucus du parti tout en lui proposant de demeurer au sein du parti à titre de militante. Mme Mourani avait plutôt choisi de quitter le parti et de siéger à titre d'indépendante.

Économiste de formation, M. Paillé a été élu député du Bloc québécois lors d'une partielle en 2009 avant de perdre son siège lors des élections générales de 2011. Il a succédé à Gilles Duceppe à la tête du parti souverainiste le 11 décembre 2011. Il avait devancé Jean-François Fortin et Maria Mourani dans la course à la direction.

M. Duceppe avait remis sa démission à la suite de la déconfiture du parti aux élections fédérales du 2 mai 2011.

M. Paillé a également été député du Parti québécois et ministre de l'Industrie et du Commerce sous Jacques Parizeau (1994-1996).

Un parti en reconstruction

Le Bloc québécois a su pendant près de vingt ans obtenir une majorité de sièges au Québec jusqu'à ce qu'il s'effondre dans les urnes aux dernières élections générales.

Nombre de députés du BQ aux élections générales

1993 - 54 dép

  • utés
  • 1997 - 44 députés
  • 2000 - 38 députés
  • 2004 - 54 députés
  • 2006 - 51 députés
  • 2008 - 49 députés
  • 2011 - 4 député
s

Il entraîne alors dans sa déconfiture son chef Gilles Duceppe, vaincu dans sa propre circonscription. Le BQ perd son statut de parti officiel à la Chambre des communes et se retrouve ainsi privé de subventions en plus de voir le temps de parole de ses députés considérablement diminué.

Avant de se lancer dans la course à la direction du parti, M. Paillé s'était d'ailleurs interrogé sur l'existence même du BQ.

Selon l'ancien député bloquiste Pierre Paquette, Daniel Paillé aura consacré « beaucoup d'énergie » au cours de son court mandat à redresser les finances du parti. Il déplore qu'il n'aura pas l'occasion de définir de nouvelles orientations politiques pour le parti, un objectif qui devait culminer lors d'un congrès prévu en mai.

Il faut, dit-il, « redonner au Bloc sa pertinence en terme d'opposition, à la fois aux fédéralistes, et aux conservateurs dans la conjoncture actuelle ».

M. Paquette dit être convaincu que le poste de chef du Bloc québécois peut encore intéresser des personnalités d'envergure. Il soutient en outre que le parti aurait intérêt à trouver un candidat qui ferait consensus, sans négliger les « étapes démocratiques » pour autant.