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13/12/2013 10:46 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Intégration: un rapport remet en cause le modèle français

AFP

Un rapport proposant au premier ministre français de refonder la politique d'intégration et de construire la France « en reconnaissant la richesse de ses identités multiples » suscite des réserves à gauche et une levée de boucliers à droite.

L'UMP y voit une volonté de « faire de la France une société multiculturelle » tandis que Marine Le Pen, la présidente du Front national, dénonce une grave provocation qui signifierait « l'abandon définitif du modèle républicain ».

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a qualifié le président de l'UMP, Jean-François Copé, de « menteur » et d'« irresponsable » pour avoir accusé l'exécutif socialiste de mettre la République en danger en érigeant « le communautarisme en nouveau modèle pour la France ».

Le document remis il y a un mois au premier ministre et mis en ligne sur le site de Matignon prône ainsi l'abandon du mot même d'intégration vécu comme une « injonction » et une politique fortement axée sur l'égalité et la fin des discriminations.

Le texte, comprenant cinq contributions rédigées par des représentants d'associations, de fonctionnaires, de syndicalistes et de chercheurs, dénonce le discours nationaliste
accru depuis la fin des années 80 et la médiatisation ayant entraîné un durcissement de la législation sur l'immigration.

Le premier ministre, qui a salué « la grande qualité des travaux », rassemblera début janvier une partie de son gouvernement autour du thème de l'intégration.

« Ce n'est pas parce que je reçois des rapports que forcément c'est la position du gouvernement », a toutefois souligné Jean-Marc Ayrault vendredi.

Langue française

Parmi les propositions controversées, la contestation de la suprématie de la langue française, avec l'étude de l'arabe et des langues africaines, l'autorisation du voile à l'école et la création d'un délit de harcèlement racial ainsi que d'une Cour des comptes de l'égalité.

Des rues et places pourraient être également nommées en écho à l'histoire des migrations et les programmes d'Histoire révisés, tandis que les médias se verraient interdire toute mention de nationalité ou d'appartenance ethnique.

S'opposant à une laïcité « orthodoxe », les auteurs estiment que ce qui fait le « vivre ensemble » ne doit pas être prédéterminé « par la société majoritaire et ses élites », mais être le fruit d'un processus à la fois ascendant et descendant.

Ils préconisent aussi de revoir l'ensemble des circulaires et textes de loi « qui comportent des mesures discriminatoires ou dont les effets induits sont des processus discriminatoires ».

Après la dissolution du Haut Conseil de l'Intégration en 2012, Jean-Marc Ayrault avait fait part de son intention de « renouveler en profondeur l'approche des questions d'intégration en France ».

« Il faudra faire le tri »

Mais le travail des groupes qui ont rédigé le rapport est perçu comme excessif, y compris à gauche.

Thierry Mandon, le porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée, a estimé qu'il faudrait « faire le tri entre une démarche salutaire et des propositions parfois jusqu'au-boutistes ». Il n'est pas « envisageable que l'on revienne sur la loi sur le port du voile à l'école », a-t-il dit sur RTL.

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, a dénoncé une volonté de « briser le pacte républicain pour de basses considérations électoralistes ».

Pour l'ex-premier ministre UMP François Fillon, ces rapports « s'inscrivent dans la logique d'une France communautarisée et désunifiée. »

« Je récuse cette vision molle de la République qui tourne le dos à la citoyenneté et à la fierté d'être Français », écrit-il dans un communiqué.

Marine Le Pen estime que la mise en oeuvre des propositions constituerait « une véritable déclaration de guerre aux Français ». « Les valeurs que nous portons sont à l'opposé de ce rapport et de cette politique de l'UMP et du PS : arrêt de l'immigration, affirmation de nos lois et de nos valeurs, assimilation républicaine », écrit-elle dans un communiqué.

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