POLITIQUE
13/12/2013 01:46 EST | Actualisé 12/02/2014 05:12 EST

Scandale des commandites : accusations de fraude contre Jacques Corriveau

PC

La Gendarmerie royale du Canada porte des accusations de fraude contre Jacques Corriveau, un ex-organisateur du Parti libéral du Canada, dans le cadre de l'enquête de la GRC sur le scandale des commandites. M. Corriveau est considéré comme un proche de l'ancien premier ministre Jean Chrétien.

Jacques Corriveau, 80 ans, a été cité à comparaître en cour le 10 janvier prochain à Montréal pour des accusations de fraude envers le gouvernement, fabrication de faux documents et recyclage des produits de la criminalité. Dans le cas de M. Corriveau, cette dernière accusation signifie qu'il aurait obtenu de l'argent illégalement pour le déposer en partie dans les coffres du Parti libéral du Canada et en partie dans ses coffres personnels.

L'enquête de la GRC a révélé que M. Corriveau aurait mis en place un système de ristournes. Il aurait promis d'utiliser son influence à Ottawa pour permettre à des firmes de communication du Québec d'obtenir des contrats du gouvernement fédéral. En retour de quoi, il aurait obtenu pour lui-même et d'autres personnes « des avantages ou des bénéfices totalisant plusieurs millions de dollars ».

En raison de ces accusations, la GRC a émis des ordonnances de blocage sur deux comptes de placements ainsi que sur la résidence de l'ancien organisateur libéral.

En conférence de presse, vendredi après-midi, la GRC n'a pas voulu commenter les accusations, en raison du procès à venir, a affirmé le porte-parole de la police fédérale. Celui-ci a toutefois admis que l'enquête sur Jacques Corriveau avait été longue, de 2006 à 2010, en raison de la quantité d'éléments à analyser et des procédures judiciaires à compléter.

L'enquête Carnegie, qui a menée aux accusations contre Jacques Corriveau, n'étant pas terminée, la GRC affirme également que des accusations pourraient être portées contre d'autres acteurs du scandale des commandites.

Des détails de l'enquête

Jacques Corriveau est accusé d'avoir favorisé l'attribution de contrats fédéraux au Groupe Polygone-Expour, pour la réalisation de diverses publications et pour l'organisation d'expositions dans le domaine de la chasse, de la pêche et du plein air.

Rétribué pour ses services par l'entremise des entreprises Pluri Design et Groupaction Marketing, Jacques Corriveau aurait fourni de fausses factures pour des services professionnels fictifs.

Selon certains témoignages entendus à la commission Gomery sur le scandale des commandites, l'appui de Jacques Corriveau à des agences garantissait pratiquement l'obtention de contrats du gouvernement.

Daniel Leblanc, correspondant parlementaire et journaliste du Globe and Mail dont les enquêtes sont derrière la mise au jour du scandale des commandites, décrit M. Corriveau comme un proche des libéraux et de l'ancien premier ministre Jean Chrétien depuis des dizaines d'années.

Il en parle comme d'un « personnage d'ombre », dont le nom « n'apparaissait nulle part ».

Officiellement, M. Corriveau n'avait aucun rôle. C'est à la commission Gomery qu'on a appris l'importance des montants qui « lui revenaient » et son rôle dans ce système de pots-de-vin qu'il récoltait pour en distribuer une part au Parti libéral via des emplois fictifs, ajoute Daniel Leblanc.

Les conservateurs attaquent les libéraux, le NPD satisfait

Le Parti conservateur n'a pas tardé à réagir à la nouvelle, vendredi après-midi, par la voix du ministre Denis Lebel. « Cela sert de rappel aux Québécois du rôle joué par le Parti libéral actuellement dirigé par Justin Trudeau dans le scandale des commandites. D'ailleurs, les libéraux doivent toujours 40 millions de dollars aux contribuables canadiens. Quand est-ce qu'ils vont les rembourser? », demande M. Lebel.

En entrevue à RDI, le porte-parole adjoint de l'opposition officielle en matière d'éthique, Alexandre Boulerice, a réagi en déclarant : « C'est sûr qu'on accueille ça positivement. Mieux vaut tard que jamais ».

« Les hommes et les femmes politiques devraient être là pour le bien commun, le service à la population, non pas pour magouiller comme M. Corriveau semble l'avoir fait », a ajouté le député du Nouveau Parti démocratique.

M. Boulerice en a profité pour lancer une flèche aux conservateurs, évoquant le scandale des dépenses impliquant le sénateur Mike Duffy et l'ex-chef de cabinet du premier ministre Nigel Wright. « J'espère qu'on n'attendra pas 10 ans pour être capable de faire toute la lumière », a-t-il lancé.