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Une petite maison pour 600 000 $? Impossible à Vancouver

11/12/2013 01:15 EST | Actualisé 09/02/2014 05:12 EST

Avec le marché immobilier le plus cher au pays et ses prix exorbitants, l'accès à la propriété est toujours difficile à Vancouver et ceux qui veulent une maison dans la métropole doivent consacrer une lourde part de leurs revenus au paiement de leur hypothèque. 

Un texte de Frédéric Arnould

À vendre sur un terrain de 34 mètres par 9 mètres, cette maison unifamiliale sur deux niveaux, avec deux chambres à coucher et deux salles de bains. Proche du métro aérien Skytrain. À 15 minutes du centre-ville en voiture. Propriété vendue telle quelle, pas de garage. Parfaite pour premier acheteur ou investisseur. Prix demandé 668 000 $.

À saisir sur la recherchée rue Knight, petite maison sur un terrain qui changera bientôt de zonage. Proche d'un centre commercial, de restaurants, d'un parc et du transport en commun. Prix demandé : 699 000 $.

Voilà la réalité pour ceux qui veulent « à tout prix » acheter un bungalow situé à Vancouver et non dans une banlieue éloignée, où le transport peut être un véritable casse-tête quotidien et voler une à deux heures de leur temps pour se rendre au travail chaque jour. Quant à ceux qui sont prêts à vivre dans une des multiples « tours de verre » au centre-ville, il leur faudra débourser 598 000 $ pour un appartement de 62 mètres carrés sur la rue Alberni.

Dans le cas d'une maison, la plupart du temps, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'évaluation foncière pour se rendre compte que c'est en fait le terrain qui représente le gros de la facture. Parfois jusqu'à 90 %. Les acheteurs devront décider s'ils passent le bulldozer dans le bungalow pour reconstruire à neuf ou tenter de rénover la bicoque qui a plus ou moins été bien entretenue. C'est la ritournelle des agents immobiliers : « on ne fabrique plus de terrain » . De quoi justifier, disent-ils, les prix exorbitants.

Il ne se passe pas une semaine sans qu'un rapport sur l'immobilier en éclipse un autre dans l'actualité. Vancouver est au bord de la chute, La bulle immobilière va éclater, Reprise des transactions dans un marché fragile, Vente record le mois dernier, L'OCDE suggère au Canada de forcer le ralentissement... les titres se suivent et ne se ressemblent pas.

Il est vrai que le marché de Vancouver, toujours le plus cher au Canada, a connu un ralentissement depuis deux ans. Pour l'instant le prix moyen d'un logement, toutes catégories confondues, est de 603 000 $, en hausse de 1 % en novembre. Avec un prix moyen comme celui-là, l'accès à la propriété est toujours difficile dans la métropole, car les salaires ne sont pas forcément ajustés en conséquence. Résultat, selon un rapport de la Banque Royale publié en mai 2013, pour acheter un bungalow détaché à Vancouver, une famille devra y consacrer près de 83 % de son revenu. Ce qui ne laisse pas grand-chose pour finir le mois.

Comment Vancouver en est-elle arrivée là?

La limite d'inventaire de terrain (il n'y a qu'à regarder le nombre de tours d'appartements où la densification de population est évidente), le climat le plus clément au Canada, la diversification de l'économie, la plage, les montagnes et bien sûr la porte vers l'Asie sont tous des éléments qui ont contribué au succès de la métropole britanno-colombienne.

La couleur asiatique de la ville est aussi au cœur du marché immobilier puisque certains expliquent la flambée des prix depuis les 20 dernières années par des achats de propriétés par une riche clientèle chinoise, notamment de Hong Kong. Les études diffèrent quant au réel impact de cette présence chinoise dans le marché. Une étude publiée en 2011 par Datacorp mentionnait que 74 % des noms des acheteurs de maisons de luxe étaient d'origine chinoise.

Il reste que notamment à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), un important contingent de jeunes étudiants chinois apparaît chaque année sur le campus. Et que bon nombre d'entre eux ont accès à des appartements d'un demi-million de dollars et plus achetés par leurs parents qui sont toujours en terre chinoise. Faudrait-il dans ce cas faire ralentir le marché de « Hongcouver » en imposant une taxe aux acheteurs étrangers?

L'idée a été émise récemment par une femme née en Chine qui vit à Vancouver depuis 2002 et qui peine à pouvoir acheter une maison décente à cause de cette flambée des prix. Joy Mo, 42 ans, estime que ces acheteurs contribuent à faire augmenter les prix de l'immobilier et ne participent pas de tout à la vie communautaire de la ville. Elle pense qu'imposer une taxe de 15 %, comme le fait Hong Kong d'ailleurs, permettrait de refroidir les ardeurs des acheteurs étrangers.

Une proposition que n'est pas près, en tout cas pour l'instant, de suivre le maire de Vancouver, Gregor Robertson. Celui qui se proclame le champion du logement abordable va cependant garder toutes les options dans son jeu afin de prendre des mesures dans le futur.

En attendant, les jeunes couples qui veulent entrer dans le marché immobilier de Vancouver doivent sans cesse reporter leur achat dans l'espoir de pouvoir se « ramasser » une mise de fonds qui réduira d'emblée leur endettement. Car même si les taux d'intérêt sont très bas actuellement, il faudra bien qu'un jour ils remontent. Et une seule hausse de 0,5 point de pourcentage signifie une sacrée hausse du montant hypothécaire à payer chaque mois, surtout quand on a une maison de 600 000 $ et plus.

La solution pour faire son entrée dans le marché immobilier? Acheter un « micrologement » à Surrey, en banlieue sud de Vancouver. Avis aux amateurs, il vous en coûtera 109 000 $ pour un modeste... 30 mètres carrés.

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