DIVERTISSEMENT

« La Concordance des temps » à l'Usine C : une pièce à contretemps (CRITIQUE)

06/12/2013 10:09 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST
Francois Gelinas

Les applaudissements discrets, les visages longs et les yeux petits trahissent l'effet ressenti en assistant à une représentation de La Concordance des temps à l'Usine C. Malgré quelques perles d'écriture, la soirée est d'une lourdeur mémorable.

Jérémie Niel est celui à qui est revenue la tâche d'adapter pour le théâtre le roman publié par Évelyne de la Chenelière en 2011, en plus d'assurer la mise en scène et la direction de la dramaturge et actrice en personne, qui joue aux côtés de James Hyndman.

Ces derniers donnent vie à un couple d'amoureux à plusieurs temps de leur vie : la première rencontre étincelante de spontanéité, la rupture inévitable, les instants précédant tout juste la dernière discussion et tout un tas de réflexions et de moments à deux.

La pièce s'ouvre sur Évelyne de la Chenelière, dont les bruits de fourchette, de mastication et de déglutition d'une salade sont amplifiés par un micro. L'idée est agaçante, mais elle n'est rien comparée à celle d'ajouter un semblant d'écho à toutes les phrases prononcées par Hyndman dans les premières minutes.

Tout au long de la pièce, la production est plombée par des instants avec micro, avec ou sans échos, enregistrés ou livrés en direct. Comme si le metteur en scène ne faisait pas suffisamment confiance au texte et qu'il sentait le besoin d'ajouter deux ou trois couches conceptuelles. Au final, cette mécanique sonore n'ajoute rien d'autre que de l'embarras.

Certains brefs tableaux où les deux acteurs se placent devant une immense fenêtre illuminée séduisent l'œil et plongent les spectateurs à l'époque des débuts amoureux. Tous les passages racontant le charme du commencement donnent lieu aux plus beaux échanges de la soirée. Hyndman et de la Chenelière sont à la fois complices, candides, vrais et profondément attachants.

Malheureusement, l'enrobage de la mise en scène rapplique avec des flashs de lumière grossiers qui assurentles transitions et des portions musicales qui ressemblent à la trame sonore d'une trop grande quantité de films indépendants des dernières années.

Bien que les mots de la dramaturge nous apparaissent trop souvent entourés d'un épais brouillard tourbillonnant et qu'elle établisse un parallèle entre la séparation et le suicide d'une maladresse inouïe, le texte de La Concordance des temps contient son lot de petites merveilles. Des observations lucides et méticuleuses sur la vie, le temps, l'enfance et l'amour qui vont droit au cœur.

Ces petits bijoux sont d'ailleurs magnifiés par l'auteure en personne, Évelyne de la Chenelière, qui livre une prestation pleine de vulnérabilité, de tendresse, de vérité et d'émotions. Non seulement semble-t-elle habitée par les parcelles de texte qu'elle a elle-même écrites, mais elle a le talent pour nous donner l'impression de les découvrir pour la première fois.

Pourtant, au final, on réalise que les 70 petites minutes que la pièce a duré nous ont semblé durer une éternité.

La pièce est présentée à l'Usine C jusqu'au 13 décembre 2013.

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