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Montréal: quels sont les effets pervers de l'embourgeoisement de certains quartiers?

06/12/2013 07:01 EST | Actualisé 05/02/2014 05:12 EST
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montreal skyline in autumn ...

Les comités de logement de Saint-Henri, Villeray, le Plateau et Mercier-Hochelaga, des quartiers aux prises avec des hausses vertigineuses de loyer et du coût de l'immobilier, dénoncent d'une même voix l'embourgeoisement de quartiers à faibles revenus.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, par exemple, cela fait une dizaine d'années que les condos remplacent les logements locatifs abordables. Le même phénomène se vit dans Ville-Marie où 95 % des logements construits au cours des 8 dernières années sont des condos.

Un effet négatif de cet embourgeoisement, dit Raphaël Lamy, du comité logement du Plateau-Mont-Royal, c'est l'explosion du coût mensuel des loyers : « (...) en 2002, pour donner un exemple, les logements familiaux coûtaient 691 dollars alors qu'en 2012, ils coûtent maintenant en moyenne 1161 dollars ».

Les comités de logement se sont réunis, vendredi, dans Hochelaga-Maisonneuve, théâtre d'actes de vandalisme dans des vitrines de restaurants nouvellement établis, pour réclamer plus de logements abordables.

Des locataires durement touchés

Murielle Trépanier, âgée de 70 ans, vient tout juste de s'installer dans son logement subventionné d'Hochelaga-Maisonneuve. Avant de l'obtenir, le logement de cette retraitée lui coûtait 70 % de ses revenus mensuels.

« Mon revenu de pension, c'était 1000 $. Je payais 700 $ pour mon loyer. Ça, c'est à part de ce qu'on a besoin quotidiennement. C'est à part de l'électricité et du manger. Je devais aller aux banques alimentaires pour être capable d'avoir de la bouffe », dit-elle.

Mme Trépanier n'avait pas d'ambition de luxueux voyages, mais la soupe populaire et les friperies pour se vêtir n'ont jamais fait partie de sa vision de la retraite.

« Je suis rentrée à l'hôpital pour des dépressions. Ils me remettaient sur pieds. Je sortais et je recommençais ma vie. Je me suis battue pour avoir ce que j'ai aujourd'hui ».

Selon les intervenants, c'est toute la classe moyenne qui est touchée.

Les deux tiers des ménages montréalais sont locataires, et leurs revenus médians sont de l'ordre de 30 à 35 000 $ par année.

Le FRAPRU est catégorique : les salaires n'augmentent pas aussi vite que les loyers.

Entre les deux derniers recensements, celui de 2006 et le sondage sur les ménages de 2011, les loyers ont augmenté de 12,9 % à Montréal alors que l'indice à la consommation n'avait augmenté que de 7,4 %.

Les comités de logement demandent plus que jamais l'aide des différents paliers de gouvernement. Selon eux, il manquerait plus de 22 000 logements subventionnés dans la région métropolitaine.

Ils réclament également un moratoire sur la construction de condos, et une augmentation importante du nombre de logements sociaux et de coopératives d'habitation.

Jonathan Aspireault Massé du comité BAILS, estime d'ailleurs que les coopératives d'habitation contribuent à une véritable mixité sociale

« (...) au sein d'une coopérative se côtoient des travailleurs-travailleuses et des gens qui parfois sont sur l'aide sociale, ou à très faible revenu, et c'est d'autant plus une mixité que ces gens-là doivent animer une coopérative, doivent animer une vie démocratique », dit-il.

Les groupes de défense des droits des locataires demandent à la ville de créer une réserve foncière pour le logement social et aux gouvernements d'investir, parce l'embourgeoisement commence à créer de véritables tensions sociales dans certains quartiers populaires de la métropole

D'après les reportages de Pascal Robidas et Marc Verreault

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