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Médicaments : l'Ontario a signé des accords secrets

04/12/2013 07:14 EST | Actualisé 03/02/2014 05:12 EST

Des documents obtenus par Radio-Canada révèlent que le gouvernement ontarien signe des ententes confidentielles avec des fabricants de médicaments génériques depuis 2006.

Ces accords lui permettent de profiter en douce de rabais qui sont inaccessibles aux autres provinces, aux assureurs privés et aux Ontariens qui payent les médicaments de leur poche.

Le ministère de la Santé de la province confirme que deux contrats sont présentement en vigueur, un avec la compagnie québécoise Pharmascience et l'autre avec Apotex, située à Toronto.

Le gouvernement ontarien estime que ces ententes lui permettront d'épargner 55 millions de dollars cette année.

Toutefois, le professeur d'administration publique à l'Université Carleton d'Ottawa, Marc-André Gagnon, soutient que les gens ordinaires sont pénalisés.

Rabais inaccessibles à la majorité

Anna Price souffre d'un cancer du côlon et elle a déboursé 378 $ en médicaments depuis septembre.

« C'est un gros trou dans mon budget », raconte la femme de 60 ans qui travaillait dans un magasin à grande surface avant de tomber malade. « Je ne pensais pas être obligée de payer ces prix-là, mais j'ai pas le choix: j'ai pas d'assurance. »

Elle a été choquée d'apprendre que la province signait des ententes avec certains fabricants et obtenait des rabais auxquels elle n'avait pas droit sur plusieurs médicaments.

Quatre Ontariens sur cinq n'ont pas droit à l'assurance médicament publique, qui est réservée aux moins nantis. Les autres Ontariens doivent payer de leur poche, s'ils n'ont pas une assurance privée.

La ministre de la Santé, Deb Matthews, se défend de laisser tomber ceux que la province ne couvre pas. « Nous avons réduit les prix pour tous les Ontariens », souligne-t-elle.

Depuis 2006, la province a en effet adopté une ligne plus dure à l'endroit de l'industrie et fait diminué les prix des médicaments génériques.

Le Québec floué?

La politique du gouvernement québécois est d'acheter les médicaments au plus bas prix offert à une autre province. Or, le ministère de la Santé du Québec affirme ignorer l'existence des ententes signées par l'Ontario. Selon lui, ce sont les compagnies qui ont l'obligation de lui révéler les prix négociés avec les autres gouvernements.

Le professeur d'administration publique à l'Université Carleton, Marc-André Gagnon, croit que le Québec se fait flouer. « Le Québec exige le meilleur prix disponible au Canada », explique-t-il. « Lorsqu'on donne un rabais confidentiel, le Québec ne peut pas bénéficier des prix réels. »

Apotex et Pharmascience n'ont pas répondu à nos demandes d'entrevue.

Les ententes avec les compagnies qui font de la recherche sont connues dans l'industrie et servent à partager les risques liés au développement de nouveaux médicaments. Les experts et les assureurs privés affirment qu'ils ignoraient jusqu'ici que l'Ontario négociait des rabais auprès des fabricants de produits génériques.

*Un dossier d'Annie Poulin

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