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Les manifestations se poursuivent en Ukraine et le ton durcit

02/12/2013 06:34 EST | Actualisé 01/02/2014 05:12 EST
AFP via Getty Images
Thousands of demonstrators march in the western Ukrainian city of Lviv on December 2, 2013. Ukrainian protesters on December 2 blockaded administrative buildings and camped on Kiev's central square in a bid to oust the government after police brutality and a row over an EU pact plunged the nation into its worst political crisis in a decade. Incensed by a crackdown on an opposition rally calling for the resignation of President Viktor Yanukovych and his government, more than 100,000 led politicians including world boxing champion Vitali Klitschko poured into the streets of Kiev and other Ukrainian cities on December 1. AFP PHOTO / YURIY DYACHYSHYN (Photo credit should read YURIY DYACHYSHYN/AFP/Getty Images)

KIEV, Ukraine - Confronté à une colère populaire qui ne cesse de s'intensifier, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a communiqué avec le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, pour demander l'envoi d'une nouvelle délégation, a révélé M. Barroso par voie de communiqué lundi.

La commission a accepté sa demande, tout en refusant de dire à quel moment la rencontre aura lieu.

Pour sa part, le président polonais Bronislaw Komorowski a indiqué que le dialogue entre l'UE et l'Ukraine était en voie d'être relancé avec la participation du premier vice premier ministre Serhiy Arbuzov, et que l'Ukraine pourrait recevoir une certaine aide financière.

Plusieurs milliers d'Ukrainiens ont bloqué lundi l'accès à des édifices gouvernementaux et réclamé la démission du premier ministre et de son cabinet, alors que la colère suscitée par le refus du président de signer une entente d'association avec l'Union européenne se propage à d'autres régions du pays et fragilise son gouvernement.

L'accès au siège du gouvernement et à la banque centrale ont notamment été bloqués.

Quelque 300 000 Ukrainiens en colère étaient descendus dans les rues dimanche. La manifestation avait été plutôt pacifique, jusqu'à ce qu'une poignée de militants décide de prendre d'assaut le bureau du président Ianoukovitch. La police les a alors repoussés à l'aide de matraques, de gaz lacrymogène et des grenades aveuglantes.

Les policiers étaient aussi intervenus violemment, samedi, pour disperser les manifestants. Cette violence expliquait en partie la participation d'autant d'Ukrainiens à la manifestation de dimanche.

Au moins trois parlementaires du parti au pouvoir, le Parti des régions, ont démissionné en guise de protestation. L'une d'eux, Inna Bohoslovska, était auparavant une partisane farouche du gouvernement; elle a demandé à d'autres parlementaires de faire comme elle. Un dirigeant du ministère de l'Agriculture a lui aussi claqué la porte, lundi.

L'opposition tentera d'évincer le gouvernement du premier ministre Mikola Azarov lors du dépôt d'une motion de censure, mardi. L'opposition ne contrôle toutefois que 170 sièges, tandis que 226 votes seraient nécessaires pour chasser le gouvernement. Le chef de la faction du Parti des régions au parlement, Oleksandr Iemfremov, a indiqué que les parlementaires discuteront de la situation mardi et que la motion pourrait ensuite être soumise au vote. Il a toutefois prévenu que rien ne justifie le renvoi du gouvernement.

«Notre but est de nous assurer que les gens rassemblés (sur la place de l'Indépendance) vont se calmer», a-t-il dit.

Un porte-parole de M. Azarov, Vitali Lukianenko, a indiqué lundi que le gouvernement n'a pas l'intention d'imposer l'état d'urgence. Il n'a pas voulu dire si le premier ministre et les autres membres du gouvernement ont pu pénétrer dans l'édifice en dépit de la manifestation.

La situation est de mauvais augure pour l'économie ukrainienne, qui est en récession depuis plus d'un an.

«Le blocus de bureaux gouvernementaux et de la Banque nationale d'Ukraine, et le risque d'une grève générale, me font douter de la capacité de l'Ukraine à s'acquitter de ses obligations financières à très court terme», a dit l'analyste Tim Ash de la banque Standard, à Londres.

Dans certaines régions occidentales de l'Ukraine, un secteur essentiellement favorable à l'Union européenne, des dirigeants locaux semblaient en rébellion ouverte face au pouvoir central. Les dirigeants des villes de Lviv, Ivano-Frankivsk et Ternopil ont délenché la grève et demandé à leurs citoyens de manifester. Le maire de Lviv a promis que la police défendra la ville si le gouvernement tente d'intervenir. Des dizaines de manifestants provenant de Lviv et d'ailleurs se sont rendus par train à Kiev pour prendre part aux manifestations.

«Ianoukovitch lutte maintenant pour sa survie politique et le temps ne penche plus en sa faveur», a dit M. Ash.

Des milliers de personnes occupaient la place de l'Indépendance lundi, se joignant à quelques centaines d'irréductibles qui avaient passé la nuit sur place sous la tente. Des centaines d'autres manifestants demeuraient barricadés dans l'hôtel de ville et dans un local syndical depuis dimanche, où ils étaient ravitaillés par des résidants de Kiev.

Kiev a été le théâtre de manifestations quotidiennes depuis que le président Ianoukovitch a refusé de signer un accord qui aurait établi une zone de libre-échange entre l'Ukraine et l'Union européenne. Il a justifié sa décision en disant que le pays ne pouvait se permettre de rompre ses liens commerciaux avec la Russie.

L'entente devait être signée vendredi et, depuis, la contestation fait rage dans les rues de la capitale ukrainienne.

L'entente avec l'UE était fortement attendue par les Ukrainiens qui désirent que leur pays de 45 millions d'habitants quitte l'orbite de Moscou. De récents sondages révèlent que 45 pour cent de la population soutiennent une plus forte intégration avec l'UE, et qu'un tiers des citoyens ou moins étaient plutôt en accord avec un resserrement de la relation avec la Russie.