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18 enfants chinois vivent l'expérience québécoise

02/12/2013 03:57 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

L'école Joseph-Henrico de Baie-d'Urfé, dans l'ouest de l'île de Montréal, accueille pour cette année scolaire 18 enfants chinois âgés de 10 à 12 ans et leur enseignante. Il s'agit d'une première pour une école québécoise.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Dans sa valise, le jeune Ju Hang Li, 11 ans, n'a pas mis de toutous ni de photos lorsqu'il a quitté ses parents qui vivent à Jinan, une ville de la province du Shandong, située à 440 km au sud de Pékin. Ce qu'il y a déposé pour se remonter le moral quand il se sentira triste ou déprimé, c'est un livre de philosophie.
Quand on lui a annoncé qu'il ferait partie de ce long voyage d'un an, il était tout excité et depuis un peu plus d'un mois ici, il jure qu'il n'a pas encore touché à ce précieux livre. Il est heureux. 

Il est arrivé juste avant l'Halloween pour le fêter avec Sonia Beaulieu, Benoît Fournier, Clémence, 12 ans et Éloi, 8 ans, sa nouvelle famille pour un an. Mais pour éviter qu'Henry - c'est ainsi qu'il veut qu'on l'appelle dans sa famille d'accueil - ne soit trop dépaysé, ils ont entretenu une correspondance durant les sept mois qui ont précédé son arrivée au pays. De la place a été faite pour ses vêtements, un lit superposé a atterri dans la chambre d'Éloi, à son plus grand bonheur, et puis à table, on a rajouté un couvert.

Comme Sonia Beaulieu et Benoît Fournier ne peuvent imaginer laisser leurs propres enfants partir à l'étranger un an, ils sont aux petits soins d'Henry.

Les 18 élèves sont regroupés dans une classe avec deux enseignantes, Li Zhen Rui pour le mandarin et l'anglais, et Olga Opanasyuk pour le français. Au cours de l'année, ils feront des activités avec les autres élèves de l'école Joseph-Henrico, comme du ski et un voyage à Québec. 

« À première vue, on peut se dire que des enfants de cet âge, 10-12 ans, une année, c'est long. Mais eux voient cela comme une opportunité, surtout économique, pour que leurs enfants apprennent plusieurs langues et découvrent notre culture », explique Benoît Longtin, le directeur de l'école.

Tout a commencé l'an dernier lorsque la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a signé des ententes avec différentes écoles de Jinan, en Chine. L'école a ensuite invité 18 enfants. Au final, 11 garçons et 7 filles ont répondu à l'appel. « Les parents ont pris beaucoup de temps avant de décider d'envoyer leurs enfants ici. Certains enfants, au départ, ne voulaient même pas venir, mais les parents les ont persuadés », raconte Li Zhen Rui, qui quitte elle-même pour la première fois sa famille, aussi longtemps.

Tous les frais reliés à l'année scolaire, comme les transports et l'hébergement, sont payés par les parents chinois. Le temple bouddhiste de Baie-d'Urfé a donné des cours de mandarin aux familles d'accueil ainsi que des cours sur la culture chinoise pour les préparer.

« On retire aussi beaucoup de lui (Ju Hang) », précise Sonia Beaulieu, « il nous raconte comment c'est chez lui et les enfants parlent ou essaient les trois langues : mandarin, anglais et français ». 

Henry est tout sourire avec ses copains. L'école est décorée de dragons, de lampions, et il se sent bien. Il pense qu'il manque à ses parents, mais ça ne le dérange pas, dit-il. Li Zhen Rui, l'enseignante de 25 ans qui sera tour à tour amie, confidente, parfois maman de substitution, avoue que, même si les enfants ne le disent pas, leurs parents leur manquent.

Seront-ils encore 18 en juin? La question est soulevée par le directeur.

Quant à la réciprocité, on n'est pas encore à envoyer des enfants québécois pendant un an en Chine... mais quelques idées sont en cours, explique Benoît Longtin.

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