DIVERTISSEMENT

Avec «Je t'aime», Adib Alkhalidey fait l'humour avec passion (VIDÉO)

28/11/2013 06:39 EST | Actualisé 28/01/2014 05:12 EST

Avec son premier spectacle, Je t'aime, Adib Alkhalidey voulait faire un pied de nez au cynisme ambiant, à la morosité qui règne trop souvent dans notre société. À la lumière de ce qu'on a vu et entendu mercredi, alors qu'il effectuait sa rentrée montréalaise au Théâtre St-Denis, le jeune humoriste peut dire mission accomplie.

Adib réussit son pari, et haut la main. Attachant, drôle, mordant, il vise dans le mille en faisant rire et réfléchir dans ce one man show mis en scène par son mentor, Martin Matte. On ignore encore si l'élève deviendra aussi populaire que le maître - il en a le potentiel -, mais Je t'aime constitue une fabuleuse carte de visite pour séduire un public de tous les âges.

Son astuce pour déclencher l'hilarité? Relever nos manques de civisme collectifs et les tourner en dérision pour nous faire réaliser qu'effectivement, le monde est souvent sans amour. Au moyen d'anecdotes et d'observations, en modifiant sa voix et ses intonations pour accentuer l'effet de surprise, Adib dénonce gentiment le manque de respect et de courtoisie entre les êtres humains, que ce soit dans les bars, au volant, sur internet ou ailleurs.

Avec aplomb

L'étoile montante de l'humour s'est amenée sur un air de circonstance, Beau comme on s'aime, de Yann Perreau. D'entrée de jeu, le garçon a remercié les spectateurs de s'être déplacés pour l'applaudir et, surtout, les a enjoints à s'esclaffer haut et fort pendant la prestation. Il a dévoilé son objectif pour la soirée : provoquer non pas des fous rires qui donnent mal au ventre, mais des fous rires qui «tachent les culottes». Lui qui, à 25 ans, commence sa «carrière d'adulte», trouve qu'on ne rit pas assez, et il espère remédier à ce fléau avec ses gags amusants, non dépourvus d'une certaine portée sociale.

Passant rapidement sur ses origines arabes, il a illustré que le racisme ne se trouve pas toujours où on le pense, en relatant l'aversion de sa propre mère pour les vendeurs de voitures du même sang qu'eux. Sa chevelure hirsute a aussi écopé; le jeune homme ne s'est pas gêné pour envoyer un message clair à ceux qui flattent son afro sans permission en disant qu'ils ne peuvent pas se retenir. «On s'entend que c'est le plaidoyer d'un violeur», a-t-il argué.

Adib avait testé une partie de son matériel au dernier Festival Juste pour rire, mais a livré ses répliques avec plus d'aplomb mercredi. Ainsi, l'explication de la raison de sa cicatrice au visage, apparue à la suite d'une mésaventure survenue lorsqu'il faisait de la luge sur le Mont-Royal en 2002, était encore d'une grande efficacité. «Je me suis fait frapper par un cheval. Est-ce que tu sais combien de gens n'auront pas à prononcer cette phrase dans leur vie? En deux minutes, je suis passé de La guerre des tuques aux Filles de Caleb

Sans temps morts

Adib Alkhalidey a vécu assez d'expériences dans sa jeune vie pour étoffer une performance de stand up de deux heures sans aucun temps morts. Il y a quelques années, il a bossé dans les cuisines d'un Poulet Frit Kentucky et d'un Tim Hortons. Ses souvenirs de cette époque peu glorieuse donnent lieu à l'un des meilleurs numéros du spectacle. Son ingrat mandat de nettoyer les toilettes, le manque d'entrain des caissières, le combat entre l'estomac et l'intestin lorsqu'on ingurgite la «scrap» (sic) de ces établissements, ses désillusions, tout défile. «Quand j'étais petit, j'imaginais que des farfadets couraient dans les cuisines du Tim Hortons, que les Timbits étaient des crottes de licorne, que la poudre blanche était de la pellicule de fée... Tu imagines la désillusion quand j'ai réalisé que c'était un Pakistanais qui fourrait le beigne avec son doigt?»

Son imitation de la conversation de deux adolescentes portant uniquement sur Lady Gaga était à se rouler par terre; l'assistance en redemandait. En s'infiltrant dans les salles de bain des filles des restaurants, il a découvert que la gent féminine ne s'assoit pas sur le siège de la toilette pour uriner... et qu'elle «ne sait pas viser». «Les filles, vous êtes pourries! Mauvaise moyenne au bâton!» Un jour, outré, il a engagé une discussion avec deux demoiselles de la cabine voisine, qui traitaient leur amie de «salope». On vous épargne les détails, mais le résultat en est qu'il n'a plus le droit d'entrer au Boston Pizza de Laval.

L'achat de sa première voiture lui a permis de tester les limites de la patience des Québécois sur la route. Une dame a freiné sec devant lui, risquant ainsi de causer un grave accident, pour lui signifier qu'il la suivait de trop près. «Cette femme existe. Elle a un permis de conduire valide. Elle vit au Québec. Et elle tue le monde qui la suit de trop proche!»

Il compare les rendez-vous du samedi soir dans les bars à des rassemblements de chèvres. Il compatit avec les adolescents qui voient leur corps changer. Il dénonce les individus qui insultent les autres sur internet sous le pseudonyme de «Froufrou14». Il détaille son traumatisme causé par la flatulence d'un japonais dans un spa. Il condamne ses amis qui le taxent d'être homosexuel. On pourrait continuer ainsi encore et encore, tant Adib Alkhalidey nous a charmés. Son charisme et sa verve sont irrésistibles. Nous aussi, on t'aime, Adib.

Adib Alkhalidey poursuit sa tournée du Québec et présentera Je t'aime à Québec le 25 janvier, à Montréal le 22 février et à Laval le 15 mars. Pour informations : www.adibalkhalidey.com.

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