POLITIQUE

Le vérificateur général révèle des rémunérations faramineuses au CHUM et à Tourisme Montréal

27/11/2013 10:26 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST
CHUM

L'ancien grand patron de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, et le directeur général du CHUM, Christian Paire, sont montrés du doigt par le vérificateur général du Québec, Michel Samson, pour de nombreuses irrégularités dans leur salaire et leurs dépenses de même que pour leur gestion déficiente.

PDG de Tourisme Montréal pendant plus de 20 ans (1989 à 2013), Charles Lapointe a touché un salaire et des avantages totalisant 398 300 $ par année, une somme supérieure à la norme. En plus de ce salaire, il a reçu une allocation annuelle de 10 800 $ pour une voiture alors qu'un véhicule lui était déjà fourni par l'organisme.

L'ancien PDG s'est également fait rembourser près de 40 000 $ en frais de repas sur une période de deux ans sans pièces justificatives. Les frais d'hébergement de l'organisme soulèvent également des questions. Le prix payé pour l'hébergement a excédé le double de la limite indiquée dans 60 % des déplacements à l'étranger (6 séjours sur un total de 10 voyages).

Ancien député libéral fédéral (1974-1984), M. Lapointe s'est également fait rembourser des factures de la Société des alcools du Québec (SAQ) de 2500 $ (2012 -2013) sans aucune précision. Il s'est également fait rembourser des frais de 10 000 $ en double sur une période de trois ans.

M. Lapointe devait recevoir une indemnité de départ initiale de 654 000 $ avec un bureau et une secrétaire fournis pendant les trois années suivant son départ. Tourisme Montréal lui garantissait également des contrats de consultant. Après le passage du vérificateur général, l'indemnité de départ a fondu de 36 000 $, pour s'établir à 318 000 $, la secrétaire et les contrats ont également disparu.

Dans la foulée du rapport du vérificateur général, M. Lapointe a décidé de rembourser une somme de 72 000 $ à l'Association touristique régionale de Montréal.

La gestion de M. Lapointe au sein de l'organisme qu'il dirigeait est également remise en question. Le vérificateur général estime que les commandites allouées par l'organisme étaient mal analysées et parfois impertinentes.

Tourisme Montréal a versé 1,5 million de dollars en commandite au cours des trois dernières années.

« Ce que l'on apprend dans le rapport du vérificateur général est particulièrement troublant, notamment quant à la rémunération et au traitement du PDG sortant », a déclaré le ministre délégué au Tourisme, Pascal Bérubé. « C'est inacceptable pour nous et ce l'est sûrement pour l'ensemble des contribuables québécois », a-t-il poursuivi.

Le gouvernement du Québec a saisi Revenu Québec du dossier de M. Lapointe et se trouve ainsi dans l'impossibilité de préciser si l'ancien PDG sera dans l'obligation de rembourser les sommes perçues en trop. « Nous avons des questions sérieuses à poser au conseil d'administration pour s'assurer que ça ne puisse pas se reproduire et pour comprendre ce qui s'est passé. »

Évitant de préciser si des accusations seraient portées contre M. Lapointe, le ministre Bérubé s'est contenté de dire que son sort se trouvait entre les mains de Revenu Québec.

Le CHUM également écorché

De son côté, la direction du CHUM a versé depuis 2010 à M. Paire, 70 000 $ de plus que le salaire maximal fixée par le président du Conseil du Trésor. Le vérificateur général précise que M. Paire a reçu des primes au rendement au cours de cette période, une pratique pourtant interdite en 2010 par le gouvernement.

M. Paire a également reçu une rémunération annuelle de 80 000 $ de l'Université de Montréal sur une période de deux ans.

Le vérificateur général du Québec relève plusieurs autres irrégularités au CHUM, notamment dans l'embauche et la rémunération de cadres. Plusieurs postes ont été pourvus sans affichage et l'échelle salariale n'a pas été respectée.

Des contrats ont également été accordés de gré à gré alors qu'ils auraient dû faire l'objet d'un appel d'offres. Le vérificateur général précise que le conseil d'administration du CHUM n'a pas l'information nécessaire pour exercer son mandat de vérification. Le C.A. avait d'ailleurs reconduit le mandat de M. Paire pour une année seulement en attendant d'obtenir le rapport du vérificateur général.

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, s'est dit choqué de ce qu'il a appris dans le rapport du vérificateur. En Chambre, il a déploré le laxisme du gouvernement précédent, mais dans les corridors il a montré du doigt le conseil d'administration du CHUM. « C'est au conseil d'administration de faire l'évaluation de leur directeur général », a-t-il déclaré.

Le vérificateur général écorche également l'Agence métropolitaine de transport (AMT). Le vérificateur critique les chevauchements de plusieurs acteurs du transport collectif, l'absence d'un leadership reconnu et une gestion inadéquate du projet du train de l'est.

Le vérificateur général s'étonne de relever plusieurs lacunes de gestion, au sein de l'AMT, pourtant identifiées dans son rapport de 2004 dans le dossier du prolongement du métro de Laval.