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Le conflit syrien et la paix fragile au Liban

27/11/2013 06:15 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST

Arsal, dans la vallée de la Bekaa, est l'image même du débordement du conflit syrien au Liban. Le village frontalier déborde de réfugiés. Ils s'installent où ils peuvent : dans les mosquées, dans les salles de réceptions, et bientôt dans des tentes.

La politique des portes ouvertes demeure inchangée depuis le début du conflit, mais on craint maintenant que la frontière laisse passer des explosifs, par exemple.

« Nous n'avons pas les moyens de faire quoi que ce soit, dit le maire, mais les gens sont vigilants. Tout le monde observe et si un propriétaire de maison voit quelque chose de louche, il nous prévient. »

Tous les habitants d'Arsal sont concernés.

Il y a une semaine, le double attentat devant l'ambassade iranienne à Beyrouth a une fois de plus rappelé combien la paix est fragile au Liban, mais surtout que la menace vient aussi de l'intérieur.

« C'est la première fois que des islamistes sunnites réalisent un attentat-suicide sur le territoire libanais. Je pense qu'il y a un palier qui a été franchi et que dans les semaines, dans les mois, voire dans les semaines, il y aura d'autres attentats-suicides au Liban », affirme Romain Caillet,  chercheur à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO) et spécialiste du salafisme.

On sait maintenant que deux jeunes hommes, un Libanais de la ville de Saïda et un Palestinien des camps du sud du pays, ont mené l'attaque revendiquée par les brigades de Abdallah Azzam, ce qui a créé une onde de choc à Arsal. Elles demandent le retrait du Hezbollah, allié au régime de Bachar Al-Assad, des combats en Syrie.

Mais le conflit syrien n'est qu'un des facteurs qui explique l'attentat, selon Romain Caillet.

« Il y a un sentiment de dépossession politique qui s'empare d'une part importante de la communauté sunnite qui aujourd'hui n'a plus confiance en son armée, qui a l'impression que son armée est au mieux sous l'influence du Hezbollah, au pire sous l'influence de l'Iran. Cela crée une situation de désespoir au sein de la jeunesse sunnite qui débouche sur ce genre d'action », ajoute M. Caillet.

Beaucoup on dit reconnaître la marque d'Al-Qaïda dans l'attentat contre l'ambassade iranienne. Le cheik Omar Bekri, un islamiste radical proche d'Al-Qaïda maintenant interdit de séjour en Grande-Bretagne où il a vécu pendant 20 ans, dit que l'organisation terroriste n'est pas présente au Liban, pas encore.

« Au Liban, si on ne cesse pas de commettre des atrocités contre les sunnites, Al-Quaïda va devenir très forte et le Liban va être sens dessus dessous », prévient le cheik.

Dans le scénario qu'il envisage, il ne fait pas de doute que les fondements de la société libanaise ne résisteraient pas.

« Si le géant musulman se lève dans le nord du pays, dit-il, dites au revoir aux autorités et à la souveraineté libanaises. »

D'après un reportage de Marie-Ève Bédard

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