POLITIQUE

Le Canada a autorisé une opération d'espionnage américaine lors du G20 de Toronto

27/11/2013 09:22 EST | Actualisé 27/01/2014 05:12 EST
PC

Le Canada a donné son feu vert à une vaste opération américaine de surveillance des communications lors du sommet du G20 à Toronto, en 2010, selon des documents secrets obtenus par CBC.

Ces documents ont été divulgués par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden.

On y apprend notamment que l'ambassade américaine à Ottawa est devenue pendant une semaine, en 2010, le centre de contrôle d'une opération d'espionnage menée par les États-Unis, mais cautionnée par le Canada.

Ce n'est pas la première fois que les États-Unis sont soupçonnés d'espionner des leaders étrangers par le biais de la NSA, une de ses agences de renseignements.

Cette fois, l'opération était « étroitement coordonnée avec le partenaire canadien », peut-on lire dans le document. Ce partenaire est le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC). 

Le rôle qu'a joué le CSTC n'est pas clairement identifié dans la note, mais l'accès aux réseaux de télécommunications n'aurait pas été possible sans sa collaboration, estiment des experts. 

Selon les documents, le Canada fait partie d'une alliance avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Les cinq partagent de l'information obtenue en interceptant des conversations téléphoniques, des courriels et en s'infiltrant dans les réseaux informatiques.

Le mémo sur l'opération canadienne est d'ailleurs adressé à tous les membres du groupe.

La note de la NSA parle aussi de « fournir un soutien aux décideurs ». Pour celui qui a obtenu en premier le document, le journaliste Glenn Greenwald, le but est clair : « servir les intérêts du Canada et des États-Unis ».

Selon M. Greenwald, ce type d'espionnage correspond à un modèle régulièrement utilisé par la NSA. « Les États-Unis vont espionner et intercepter les communications des différents acteurs de la réunion pour avoir une idée de jusqu'où ils sont prêts à aller en terme de négociations. »

D'ailleurs, beaucoup de sujets à l'ordre du jour du G20 avaient un grand intérêt pour les États-Unis et le Canada. Les 26 chefs d'État et de gouvernement réunis dans la Ville-Reine tentaient notamment de trouver des solutions à la crise qui secouait l'économie mondiale. Il a notamment été question d'implanter une taxe bancaire mondiale. Une mesure désapprouvée par Ottawa et Washington, qui a finalement été abandonnée.

Opération illégale?

Par ailleurs, les experts internationaux mettent en doute la légalité d'une telle opération. Le CSTC n'a pas le droit d'espionner qui que ce soit en sol canadien ou de permettre à un partenaire étranger de le faire, à moins d'avoir l'autorisation d'un juge. 

« Si l'agence n'avait pas cette autorisation, l'opération était alors illégale », soutient Craig Fourcese, professeur à la faculté de droit, à l'Université d'Ottawa.

Cette note des services et des milliers d'autres ont été divulguées par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden, maintenant exilé en Russie. Elles ont entre autres mis au jour une opération pour infiltrer les communications des chefs d'État lors du G20 à Londres en 2009.

Récemment, le Canada était accusé d'avoir espionné le gouvernement brésilien, déclenchant une véritable tempête diplomatique.

Avec la collaboration de Greg Weston et Glenn Greenwal

INOLTRE SU HUFFPOST

Émeutes au Sommet du G20