La semaine dernière, le blogueur du HuffPost Greg Savage posait la question, «Depuis quand est-il devenu normal d'être en retard?» Et comme le montrent les 350,000 likes récoltés par son article sur Facebook (série en cours), il n'est pas le seul à se le demander. Voici ce qu'écrit Greg Savage:

C'est juste que certaines personnes ont arrêté de faire semblant de penser que votre temps est aussi important que le leur. Et les choses ont empiré avec la technologie. Il semble qu'envoyer un texto ou un courriel pour dire que vous êtes en retard annule en quelque sorte votre retard. N'importe quoi. C'est impoli. Et égoïste.

Mais même si faire attendre quelqu'un est décidément impoli, ça ne veut pas nécessairement dire que votre ami retardataire le fait exprès, ou qu' il est impoli ou égoïste -- de fait, plusieurs facteurs psychologiques et même physiologiques peuvent expliquer le retard.

«La propension au retard est un problème généralement mal compris», déclare Diana DeLonzor, auteur de Never Be Late Again («Ne soyez plus jamais en retard»), qui a effectué des recherches sur les perpétuels retardataires. «Oui, c'est impoli, mais j'ai interrogé des centaines de personnes et la majorité n'apprécie vraiment pas d"être en retard, elles essaient d'être à l'heure, mais c'est quelque chose qui les suit depuis toujours. Demander à un retardataire chronique d'être à l'heure est comme de dire à une personne au régime: «Ne mange pas autant.»

Et c'est souvent un problème qui remonte à tôt. «[Pour beaucoupy] ça remonte à l'enfance, et leur retard ne concerne pas seulement les choses qui ont à voir avec les autres, mais aussi ce qui ne les touche qu'eux-mêmes», a déclaré Diana DeLonzor au HuffPost. Par exemple, ils arrivent au centre de gym 10 minutes avant la fermeture ou arrivent en retard à leurs entretiens d'embauche.

Le problème pourrait être lié à notre manière de penser, selon Diana DeLonzor. Lors de ses recherches, elle a découvert que les retardataires avaient tendance à percevoir le temps différemment par rapport aux personnes ponctuelles. On peut lire dans son livre:

Une partie de mes recherches comprenait un test visant à mesurer les différences de perception du temps entre personnes ponctuelles et retardataires chroniques. Vous pouvez faire le test chez vous. Choisissez trois ou quatre pages dans un livre, notez l'heure,et commencez à lire. Arrêtez de lire lorsque vous pensez que 90 secondes sont passées, puis regardez votre montre pour savoir si vous êtes proche ou loin du compte. J'ai découvert que les personnes ponctuelles, presque à chaque fois, arrêtaient de lire avant les 90 secondes, tandis que les retardataires posaient leur livre bien après les 90 secondes.

Des chercheurs de l'université de Cleveland ont aussi effectué un test de perception du temps, cette fois-ci en utilisant des chronomètres. Leurs résultats étaient étonnamment similaires aux miens, les retardataires sous-estimant constamment le passage du temps.

Des composantes psychologiques peuvent aussi contribuer aux retards chroniques. Dans une étude datant des années 1990 qu'elle a menée pour l'université de San Francisco, Diana DeLonzor a identifié des liens entre le retard chronique et certains traits de personnalité, dont l'anxiété, le mauvais contrôle de soi et une tendance à rechercher le frisson. Et à travers ses travaux, elle a identifié sept types différents de retardataires (même si la plupart sont une combinaison de différents types). Elle nomme le premier groupe, l'un des plus communs, «les partisans du dernier délai»:

«L'une des choses que j'ai découvertes c'est que certaines personnes sont inconsciemment attirées par cette course de dernière minute vers la ligne d'arrivée... Elle ont du mal à trouver la motivation sans cette ligne à l'horizon, sans cette crise», explique-t-elle. «Puis, lorsqu'elles comprennent qu'elles n'arriveront jamais à remplir leurs tâches dans les temps, ce sentiment positif se transforme en peur. C'est là qu'elles commencent à se donner du mal.»

La deuxième catégorie de retardataires, Diana DeLonzor l'appelle «les productifs». «Il s'agit de ceux qui surchargent en permanence leurs journées», dit-elle. «[Le productif] pense qu'il peut aller courir, faire le ménage, faire une machine, récupérer son linge, prendre une douche et aller chercher ses enfants à l'école, tout ça en une heure.»

Le troisième groupe est celui des «professeurs tête en l'air», les gens facilement distraits pouvant même être atteints d'une pathologie, sous la forme d'un déficit d'attention et d'hyperactivité. «En passant le pas de la porte, s'ils s'aperçoivent qu'une tenture est de travers, ils peuvent décider de les remettre en place. Quand ils reviennent, ils voient que l'ordinateur est allumé et vont pour l'éteindre mais ils vont sur internet d'abord, explique-t-elle. Ils ont du mal à se rendre d'un point a à un point b sans être distraits par c ou d.»

Un quatrième groupe, moins commun, est surnommé par Diana DeLonzor «les rebelles», rassemblant ceux qui aiment être en retard, parce qu'ils aiment l'idée qu'on les attende. «Ce sont peut-être des gens qui ne sont pas sûrs d'eux, et lorsque quelqu'un les attend, ils se sentent importants», indique-t-elle.

Voici les autres groupes: «le rationnaliste», qui n'accepte pas complètement le problème et l'explique par des facteurs extérieurs (les embouteillages!), «le jouisseur» qui combat sa maîtrise de soi (je n'ai pas envie d'y aller!) et «l'éludeur», qui passe son temps à perfectionner une situation avant de partir de chez lui (allez, j'essaie un vêtement de plus!).

Mais le fait qu'on n'ait pas l'intention d'être en retard ne signifie pas qu'on ne peut pas travailler sur sa ponctualité. Quelques étapes simples peuvent aider:

1. Repensez au temps que prennent réellementvos activités de tous les jours. Les retardataires ont tendance à se souvenir de la fois où ils ont réussi à se préparer en 20 minutes ou de celle oû ils se sont rendus au travail en 7 minutes, plutôt que de comprendre que la plupart du temps, cela leur prend 40 minutes. Diana DeLonzor recommande de faire une liste de ses tâches quotidiennes puis d'évaluer combien de temps prendra chacune d'entre elles--pendant une semaine, noter combien de temps prend chaque tâche.

2. Changez votre état d'esprit, pas seulement votre comportement. Repenser à la façon dont vous considérez la ponctualité peut être un bon exercice cognitif. Teri Bourdeau, professeur de sciences du comportement à l'université d'Oklahoma, suggère de s'asseoir avec un crayon et un papier et de lister les aspects positifs de la ponctualité. Par exemple, être ponctuel donne l'impression d'être responsable, ou permet d'être moins en conflit avec ses collègues. Pensez aux choses qui vous donneront envie d'être à l'heure, et pensez-y la prochaine fois que vous voudrez prévoir trop d'activités pour la journée.

3. Profitez des temps morts. Les éternels retardataires, particulièrement ceux que l'on peut classer dans la catégorie des «productifs», aiment accumuler les activités pour maximiser leur productivité, ce qui peut faire de chaque temps mort un problème. Le mieux est de prévoir une activité pour combler les temps morts, que ce soit répondre à vos courriels professionnels ou d,appeler vos parents. Mais le mieux est de faire de chaque temps mort une période de repos-- du temps bonus plutôt que du temps perdu. «Le plaisir de la vie vient souvent quand on se relaxe et qu'on parle à la personne près de soi ou qu'on regarde le ciel ou qu'on respire l'odeur des roses», déclare Diana DeLonzor.

4. Organisez votre temps différemment. Les personnes ponctuelles se fixent des chiffres ronds pour arriver à l'heure-- 30 minutes, par exemple. Les retardataires chroniques, à l'inverse, pensent souvent à des durées précises, comme 23 minutes, pour arriver quelque part, une habitude que Diana DeLonzor nomme «l'organisation à la fraction de seconde». «Si vous êtes exactement à l'heure, vous avez prévu votre horaire à la fraction de seconde près», explique-t-elle. Vous ne devriez pas considérer que vous êtes à l'heure à moins d,arriver 15 minutes en avance.»

5. Réorganisez votre journée. «Les habitudes sont souvent des schémas comportementaux. Ce qu'il faut c'est modifier ce schéma», indique Teri Bourdeau. Notez vos rendez-vous 30 minutes avant qu'ils aient lieu,ce qui vous aidera à vous organiser avant la dernière seconde. Et réévaluez votre liste de tâches -- il y a de grandes chances pour que vous ne parveniez pas à tout faire de toute façon. Teri Bourdeau suggère de ranger les tâches par catégories: ce que vous devez faire absolument, et ce qui ne presse pas.

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  • Lundi: le réveil

    Partez du bon pied en investissant dans un réveille-matin pour vous réveiller avec de la musique (pas les nouvelles, trop stressantes!). Évitez ainsi les sonneries stridentes qui mettent de mauvaise humeur dès le matin.

  • Mardi: le ciel

    Regardez le ciel, même si vous êtes en ville. Promenez-vous dans les parcs pour profiter des rayons du soleil afin de combler le manque de lumière dû à l'hiver.

  • Mercredi: un peu de retard

    Accordez-vous d'arriver en retard au bureau: ça ne vous tuera pas (mais ne culpabilisez pas!), vous passerez un peu plus de temps avec votre conjoint ou vos enfants... et vous gagnerez en sentiment de liberté.

  • Jeudi: bain et crème

    La fin de semaine tarde à arriver et vous commencer à vous sentir fatiguée. Faites-vous plaisir avec un bon bain plein de mousse. Puis hydratez-vous avec une crème parfumée.

  • Vendredi: des compliments

    Repensez à votre semaine et faites-vous des compliments: songez à vos réussites et non pas à ce qui n'a pas marché. Pensez à ce que vous avez accompli; bref soyez positive!

  • Samedi: l'épicerie

    Choisissez une heure où il y a moins de monde, comme le midi ou encore plus tard le soir. Osez le changement: des nouvelles marques, des légumes que vous n'avez jamais cuisinés auparavant, des fruits colorés à mettre dans un beau bol sur la table...

  • Dimanche: l'excès

    C'est le jour de la semaine où vous avez tous les droits: rester en pyjama toute la journée, déjeuner au lit, manger de la crème glacée...

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