DIVERTISSEMENT
20/11/2013 10:33 EST | Actualisé 21/01/2014 05:12 EST

Le débat sur le prix du livre s'invite au Salon du livre de Montréal

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Le dossier du prix réglementé du livre s'est invité au Salon du livre de Montréal, mercredi soir. Une manifestation surprise a perturbé la cérémonie d'ouverture de la 36e édition de l'événement.

Élodie Comtois, porte-parole du mouvement «Sauvons les livres», à l'origine de la manifestation, a dit trouver «dommage» que l'enjeu ne soit pas abordé de front lors de l'événement. Elle a dit croire qu'il aurait s'agit du «lieu parfait» pour débattre du prix réglementé du livre et de la survie des libraires indépendants.

La directrice du Salon du livre, Francine Bois, dans une déclaration faite à La Presse Canadienne, a fait valoir que le Salon est un lieu «neutre et apolitique», mais où il est sain que les débats qui animent la communauté des auteurs et éditeurs trouvent échos.

Si le Salon compte laisser les acteurs de l'industrie du livre s'exprimer sur cette question au cours des prochains jours, aucune table ronde ou atelier n'est cependant prévu sur le sujet pendant l'événement.

Les organisateurs du Salon du livre affirment que la programmation a été développée il y a déjà plusieurs mois et que la question du prix des livres n'est pas dans la «vocation du Salon».

Élodie Comtois se dit déçue par cette décision.

«C'est assez dommage. Je respecte leur choix, mais je pense que le Salon du livre tel qu'il est aujourd'hui est menacé. Ce serait dans leur intérêt de prendre à bras le corps cet enjeu et de le débattre sur la place publique. C'est le lieu parfait pour le faire», a-t-elle indiqué, à la suite de la manifestation de la soirée.

Les membres de «Sauvons les livres» ne comptent cependant pas en rester là et vont multiplier les actions pendant cette édition 2013 du rendez-vous du livre montréalais.

«Au cours des prochains jours, nous allons mener plusieurs actions dans un but pédagogique. Nous allons informer le public et interpeller les acteurs politiques, mais nous préférons garder le silence sur notre stratégie à venir. Le débat va se faire dans le salon», a indiqué Mme Comtois.

Pour ce qui est de l'action de mercredi soir, l'impact sur l'événement a été faible, selon la responsable.

«Plusieurs auteurs sont montés sur scène pour prendre la parole, mais cela a été fait à la fin de l'inauguration. Nous avons décidé de laisser aller les manifestants, surtout que nous avions eu vent de leurs intentions plus tôt en journée et que cela ne nuisait pas au bon déroulement de notre événement», a confirmé Mme Bois.

Au sein de la communauté des acteurs du livre québécois, l'impatience est palpable. Plusieurs considèrent que le gouvernement Marois doit se positionner plus clairement sur le dossier du prix du livre et le faire rapidement.

«Les librairies ferment, alors nous croyons qu'il y a urgence d'agir. Nous attendons avec beaucoup d'impatience que le gouvernement agisse», a dénoncé Francis Farley-Chevrier, directeur général de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, mercredi soir.

Celui qui représente quelque 1500 écrivains, poètes, romanciers, auteurs et essayistes considère que le public doit prendre conscience rapidement de l'importance de cet enjeu et soutenir les efforts du mouvement «Sauvons les livres».

«Nous croyons que les citoyens veulent avoir accès à une diversité d'oeuvres. Et c'est dans les librairies que se trouve la diversité littéraire. Mais en cassant les prix, cela accentue la fermeture des petites librairies et vient frapper de plein fouet la bibliodiversité», argue-t-il.

En août et septembre, une commission parlementaire s'est penchée sur les différentes positions concernant la question du prix unique des livres.

Des acteurs du milieu du livre québécois réclament une loi qui imposerait un prix plancher et interdirait tout rabais supérieur à 10 pour cent sur les livres neufs pendant les neuf mois suivant leur parution.

Selon certains, cela sauverait les libraires indépendants et contribuerait à préserver la qualité de la littérature; selon d'autres, cela ferait baisser davantage les ventes, les acteurs de la chaîne du livre devant plutôt s'adapter aux nouvelles réalités du marché.

La directrice générale de l'Association des libraires du Québec, Katherine Fafard, rapportait, au début du mois, que neuf librairies ont fermé leurs portes en 2012, alors que quatre l'ont fait en 2013.