POLITIQUE
20/11/2013 11:09 EST | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

Philippe Couillard est prêt à reporter le retour à l'équilibre budgétaire

Agence QMI

QUÉBEC - Le chef libéral Philippe Couillard a provoqué la stupéfaction de ses adversaires, mercredi, lorsqu'il s'est montré prêt à attendre encore trois ou quatre ans avant le retour à l'équilibre budgétaire.

S'exprimant avant l'audition du ministre des Finances Nicolas Marceau en commission parlementaire, mercredi, M. Couillard a réclamé du gouvernement un plan de retour à l'équilibre budgétaire, en évoquant la possibilité de reporter cet objectif jusqu'à l'exercice 2018-19.

Lors d'un point de presse, M. Couillard a affirmé qu'il est impossible de croire au retour à l'équilibre budgétaire au terme de l'exercice en cours, prévu dans un plan tracé par le précédent gouvernement libéral.

«Dans l'année en cours, je pense que ce n'est pas réaliste, avec 2,3 milliards $ de déficit, personne ne s'attend à ce qu'on puisse équilibrer le budget pour l'année, a-t-il dit. Pour l'année prochaine, on doit s'approcher le plus possible de l'équilibre et avoir un plan pour les deux ou trois années suivantes qui nous amènent vers un équilibre solide, vers un plan crédible.»

Au cours des derniers mois, les signaux se sont multipliés concernant les difficultés attendues pour le rétablissement de l'équilibre budgétaire, une fois complétée l'année financière 2013-14.

M. Couillard a refusé de préciser exactement jusqu'à quand il serait disposé à attendre, mais il a expliqué que le gouvernement péquiste minoritaire devait préciser sa démarche, dans le contexte où un manque à gagner de 2,3 milliards $ est déjà enregistré dans les finances publiques depuis le début de l'exercice en cours.

«Il n'y aura pas de date aujourd'hui, je veux voir un plan crédible et sérieux de retour à l'équilibre», a-t-il dit.

Sortant d'une première séance en commission parlementaire, où il a été forcé de comparaître par l'opposition qui l'avait convoqué par assignation, M. Marceau a observé que la position du chef libéral, qui tente actuellement de se faire élire à l'Assemblée nationale, diverge de celle exprimée mercredi par ses députés en Chambre.

«On nous demande: "qu'est-ce que vous allez faire pour atteindre l'équilibre budgétaire", a-t-il dit. Ils sortent les gros canons et en même temps le chef de son côté dit: "trois ans, quatre ans, on n'a pas de problème". Il y a un problème de communication, je pense, au caucus libéral, il faudrait qu'ils se coordonnent entre le chef et les gens qui posent des questions à la période des questions. C'est très surprenant.»

M. Marceau a répété que le gouvernement présenterait bientôt une mise à jour qui brossera le plus récent portrait des finances publiques, mais il a salué l'apparente ouverture de ses adversaires libéraux, moins campés sur leur position que la Coalition avenir Québec (CAQ).

«Au plan politique effectivement, contrairement à d'autres, ils semblent moins rigides, mais là-dessus, vous savez, ça pourrait changer demain», a dit le ministre à la presse parlementaire.

Le chef caquiste François Legault a eu des mots plus durs pour les libéraux, qu'il a accusés de miner le rapport de force de l'opposition face au gouvernement du PQ, en plus d'exposer le Québec à une décote en cas de report du «déficit zéro». M. Legault a soutenu qu'il est encore possible d'équilibrer le prochain budget pour les péquistes minoritaires.

«Je suis totalement surpris de la façon irresponsable avec laquelle M. Couillard agit, a-t-il dit. (...) M. Couillard vient baisser les bras, il vient dire au Parti québécois: "écoutez, moi, je n'ai pas de problème avec ça, qu'on prenne quatre ans pour atteindre l'équilibre budgétaire". Tout le rapport de force vient effectivement de disparaître, on a une majorité en Chambre, le Parti libéral et le Parti québécois, qui accepte qu'on fasse des déficits.»

En Chambre, au lendemain d'une brève crise provoquée par la libérale Fatima Houda-Pepin concernant les questions de laïcité, les troupes de M. Couillard ont sonné la charge sur le thème de l'économie, qui a été décliné sous plusieurs angles.

M. Couillard s'est adressé à la presse quelques minutes avant le début de la période des questions, pour mettre ensuite le cap sur la région du Lac-Saint-Jean, où il compte se présenter à la prochaine élection générale. Le chef libéral brigue actuellement les suffrages dans le cadre d'une élection partielle dans Outremont.

En après-midi, trois députés libéraux ont convoqué un point de presse au cours duquel ils ont voulu dissiper toute apparence de contradiction dans la position de M. Couillard.

Nicole Ménard, porte-parole de l'opposition aux dossiers du Conseil du Trésor, a répété sa demande pour que le gouvernement maintienne le cap au terme de l'exercice en cours.

«On vise toujours, on veut toujours que l'équilibre budgétaire soit atteint», a-t-elle dit.

Sam Hamad a réfuté toute interprétation voulant que M. Couillard ait ouvert la porte à l'étalement sur les prochaines années du retour à l'équilibre budgétaire. Mais il a confirmé que le chef libéral ne croyait pas à l'atteinte du «déficit zéro» avec les plus récentes données financières de l'été dernier.

«Ce n'est pas ça, notre chef, qu'il a dit, a indiqué M. Hamad. On a lu ce qu'il a dit. En fait, personne au Québec, aujourd'hui, avec les chiffres du mois de juillet, ne croit que l'équilibre budgétaire est atteint par ce gouvernement-là.»

«Il n'y a pas de contradiction», a-t-il ajouté.

En concluant la commission parlementaire, la Coalition avenir Québec a soutenu qu'un trou budgétaire de 1,6 milliard $, constaté par le gouvernement péquiste après son élection, n'était en fait que des prévisions.

«(M. Marceau) a avoué que ce trou n'était basé que sur des prévisions de dépenses et non sur des dépenses réellement effectuées», a dit le député Christian Dubé dans un communiqué.

Le cabinet de M. Marceau a soutenu au contraire que ce trou existait bel et bien, mais que ces dépenses excédentaires avaient été annulées afin de respecter les cibles pour l'exercice.

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