OTTAWA - Avec le débat entourant la Charte de la laïcité à l'Assemblée nationale, le Bloc québécois juge que le moment est parfait pour revenir à la charge avec son projet de loi visant à soustraire le Québec de la loi fédérale sur le multiculturalisme.

Le chef bloquiste Daniel Paillé a soutenu mardi que la charte proposée par les troupes de Pauline Marois s'entrechoquait avec le concept de multiculturalisme canadien. Le gouvernement du Québec s'est historiquement opposé au mode d'intégration préconisé par Ottawa, lui préférant «l'interculturalisme», un autre modèle qui favorise notamment la formation d'une identité commune.

Le parrain du projet de loi, le député bloquiste Jean-François Fortin, affirme que d'accorder au Québec la liberté d'agir dans ce domaine est au coeur du principe de reconnaissance de la nation québécoise.

«Les Québécoises et les Québécois ne se reconnaissent pas dans le multiculturalisme canadien, qui rejette l'idée d'une culture commune et encourage la coexistence des multiples cultures en silos, conduisant nécessairement au fractionnement de la société en de multiples solitudes», tranche-t-il.

Selon M. Fortin, les organismes qui accueillent les immigrants au Québec doivent se plier au multiculturalisme pour obtenir leur financement. «Nécessairement, on teinte de manière concrète, dans la vie de tous les jours, le message que l'on envoie quand on accueille les nouveaux arrivants.»

Les bloquistes avaient proposé pareille législation en 2008, mais elle n'avait pas passé le cap de la seconde lecture, alors que tous les autres partis fédéraux s'y étaient opposés.

M. Paillé invite les chefs conservateur, néo-démocrate et libéral à se ranger derrière son parti cette fois-ci. Mais l'accueil que lui réserve ses adversaires politiques ne semble pas différent qu'il y a cinq ans.

Ainsi, au bureau du ministre du Multiculturalisme, Jason Kenney, on affirme que «ce projet de loi ne fait que refléter le niveau d'inconfort du Bloc envers la diversité culturelle», tout en qualifiant la démarche de distraction politique.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair croit de son côté que le Bloc veut simplement servir les intérêts du Parti québécois dans ce dossier.

«Je remarque surtout que le Bloc est à court d'idée et représente le même projet de loi qu'il nous a déjà amené il y a cinq ans. Et effectivement, nous, au NPD, on ne voit pas l'utilité de cette proposition», a-t-il signalé.

Même son de cloche du côté des libéraux. Leur chef Justin Trudeau, dont le père a été l'un des instigateurs du multiculturalisme canadien, croit aux effets positifs du principe.

«D'enlever le multiculturalisme pour le Bloc Québécois et évidemment pour le Parti Québécois est une attaque aux minorités et est une attaque aux droits individuels. Et pour moi, ce n'est absolument pas acceptable», a-t-il soutenu.

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