POLITIQUE
14/11/2013 04:37 EST | Actualisé 14/01/2014 05:12 EST

La députée libérale Fatima Houda-Pepin est en rupture avec son parti sur la charte

SRC

La députée libérale Fatima Houda-Pepin rompt avec son parti sur la question du port des signes religieux, dans la foulée du débat sur la charte des valeurs mise de l'avant par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.

Seule députée musulmane à l'Assemblée nationale, Mme Houda-Pepin gardait le silence depuis des mois. Son parti s'oppose à toute interdiction de porter des signes religieux pour les employés de l'État, tant que les services sont offerts à visage découvert.

Elle passe finalement outre la position de ses collègues libéraux, dans une lettre qu'elle a d'abord fait parvenir à La Presse Canadienne et dans laquelle elle précise qu'elle ne réagit pas à « la charte des valeurs », mais aux propos de son collègue Marc Tanguay. Ce dernier a déclaré récemment que « le Parti libéral accueillerait sans problème parmi ses élus une femme portant le tchador », un grand voile couvrant le corps de la tête aux pieds, mais pas le visage.

Dans la lettre, la députée de La Pinière (Brossard) se dit « sidérée, blessée et choquée » par la déclaration de son collègue Marc Tanguay sur le port du tchador.

Selon elle, le Parti libéral doit accepter de limiter les droits fondamentaux « quand l'intérêt public l'exige », particulièrement pour protéger l'égalité homme-femme.

« C'est la goutte qui a fait déborder le vase », écrit Mme Houda-Pepin, en précisant que la question du tchador n'a jamais été discutée en caucus.

La députée laisse entendre qu'elle ne se reconnaît plus dans le Parti libéral.

« Suis-je encore dans le Parti libéral dont les élites politiques et intellectuelles se sont relayées pendant un siècle, pour mener un combat courageux pour la séparation de l'Église et de l'État au Québec? Suis-je encore au Parti libéral d'Adélard Godbout qui a accordé aux Québécoises le droit de vote et d'éligibilité des femmes, un droit gagné de haute lutte par les suffragettes et les militantes libérales? Suis-je encore au Parti libéral du même Adélard Godbout qui a institué l'école obligatoire, forçant les parents de toutes les régions du Québec à scolariser leurs enfants - garçons et filles? Suis-je encore au Parti libéral du Québec de la Révolution tranquille qui a fait élire la première femme députée à l'Assemblée législative, Marie-Claire Kirkland, qui a mis fin à la tutelle des femmes en faisant adopter la loi sur la capacité juridique de la femme mariée? Je me questionne », écrit-elle.

Puis, elle rappelle que, dans l'histoire du parti, un premier ministre libéral a déjà limité une liberté fondamentale pour légiférer en matière d'affichage commercial, à la fin des années 1980. Robert Bourassa n'avait pas hésité, souligne-t-elle, à invoquer la cause dérogatoire pour soustraire le Québec à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et à la Charte canadienne des droits et libertés.

Réactions

Le Parti québécois a salué jeudi le courage de Fatima Houda-Pepin, en réaction à la sortie publique de la députée de La Pinière. « Elle fait le même constat que nous, que l'égalité homme-femme doit primer », a réagi le ministre Bernard Drainville.

De son côté, la Coalition avenir Québec a dit y voir une preuve des tiraillements au sein du Parti libéral, au sujet de la laïcité. « Philippe Couillard doit arrêter de dire que cela n'intéresse personne au Québec », a déclaré le député caquiste Gérard Deltell, ajoutant qu'il s'agit de la preuve que la position de la CAQ est celle qui répond le mieux au souhait de la population.

Enfin, chez les libéraux, seul le député Gilles Ouimet s'est exprimé, rappelant que Mme Houda-Pepin avait refusé de participer à un comité sur l'intégrisme mené par le PLQ. Il laisse le soin au chef libéral de trancher sur le sort de Mme Houda-Pepin.

Selon les informations de Radio-Canada, Philippe Couillard tiendra un point de presse vendredi à 10 h, à la permanence du Parti libéral à Montréal. Des sources ont confié que Mme Houda-Pepin serait invitée à venir s'expliquer devant le caucus libéral.

Avec les informations de Sébastien Bovet et de Davide Gentile

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