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13/11/2013 01:34 EST | Actualisé 13/01/2014 05:12 EST

Nouveau procès pour Guy Turcotte: Isabelle Gaston dit avoir «figé» (VIDÉO/TWITTER)

MONTRÉAL - La vie d'Isabelle Gaston commençait à reprendre un semblant de normalité. La mère d'Olivier et d'Anne-Sophie a malgré tout «figé» lorsqu'elle a appris que son ex-mari, Guy Turcotte, subirait un nouveau procès.

«Depuis un mois, j'ai retrouvé le bonheur, je suis heureuse. Je sais pas, c'est peut-être le deuil qui avance. Mais ce matin, j'ai figé. Honnêtement, c'est rare que ça m'arrive», a-t-elle relaté mercredi en entrevue à la station radiophonique 98,5.

La Cour d'appel du Québec a infirmé mercredi le verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux rendu dans la cause, en juillet 2011, et ordonné que Guy Turcotte subisse un nouveau procès.

Il fera face à des accusations de meurtre au premier degré de ses deux jeunes enfants.

Deuxième procès ou pas, rien ne pourra panser les blessures subies lors du premier, a laissé tomber Mme Gaston.

«Vous savez, le verdict, je l'ai vécu jusqu'au bout de mes poils. La détresse, je l'ai vécue. Il n'y a jamais rien qui va pouvoir réparer le mal que ce procès-là, le premier procès, ça m'a fait», a-t-elle affirmé.

Lorsqu'on lui a demandé si la tenue d'un nouveau procès pourrait représenter une deuxième chance pour que justice soit faite, elle a d'abord hésité, puis a fait allusion à la valeur du plaidoyer de troubles mentaux dans le cas de Guy Turcotte.

«Les Québécois, on est humains, on comprend la détresse, mais prenez-nous pas pour des cons», a-t-elle lâché.

«Ça, pour moi, ça vient dire (que) nous autres, au Québec, au Canada, la violence faite aux enfants sous toutes ses formes, on dit non. Puis il va falloir que les tribunaux entendent ça», a-t-elle poursuivi au micro du 98,5.

Guy Turcotte a avoué avoir assassiné son fils de cinq ans et sa fille de trois ans en février 2009, dans sa résidence des Laurentides. L'ancien cardiologue avait toutefois plaidé avec succès les troubles mentaux lors de son procès.

Le 25 juillet 2011, Mme Gaston avait déclaré par voie de communiqué que contrairement à ce qu'elle avait affirmé lors de l'annonce du verdict, elle irait témoigner si un nouveau procès était ordonné.

«Dorénavant, je suivrai les procédures sans trop d'attente, mais j'aurai tout de même l'espoir qu'enfin, un jour, justice sera rendue pour mes enfants, Olivier et Anne-Sophie», peut-on lire dans la missive.

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, mercredi, le ministre de la Justice, Bertrand Saint-Arnaud, a refusé de se prononcer sur le dossier, invoquant son devoir de réserve à titre de procureur général.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui a perdu sa fille Julie aux mains d'un meurtrier en 2002, a accueilli la nouvelle avec satisfaction, tout en disant espérer que cela mènerait à une réforme du système judiciaire pour ce type de cause.

«C'est une bonne nouvelle pour Mme Gaston, qui a fait depuis quelques années des efforts immenses pour montrer la faiblesse de cette décision-là», a-t-il affirmé à l'autre bout du fil depuis le Mexique.

La faiblesse du verdict rendu le 5 juillet 2011 réside entre autres dans l'importance que prennent les témoignages des experts mandatés par les deux parties, selon M. Boisvenu.

«La procédure judiciaire amène un jury à non pas rendre une décision sur des faits (...) mais sur des opinions professionnelles», a-t-il fait valoir.

«Quand on sait que le doute raisonnable est toujours en faveur du criminel et qu'il y a deux professionnels qui se contredisent dans leurs diagnostics, je pense que ça condamne les jurys à rendre ce genre de décision-là», a déploré le sénateur.

Pierre-Hugues Boisvenu espère exposer son point de vue sur cette question au ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay.

Ce dernier a déclaré mercredi en marge d'un appel-conférence qu'il souhaitait demeurer «prudent» dans sa réaction à l'annonce de la tenue d'un nouveau procès, mais a suggéré que la population québécoise y serait «très favorable».

Son collègue à la Sécurité publique, Steven Blaney, a pour sa part déclaré que la décision de la Cour d'appel du Québec démontrait «que le procureur s'est interrogé sur la décision initiale» et qu'il était important «de ''renchausser'' le cadre législatif pour aider les tribunaux à prendre des décisions éclairées dans ces cas-là».

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