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12/11/2013 07:36 EST

Les gardiens de prison face à l'intimidation des détenus

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corridor of a modern prison

Près de trois quarts des gardiens de prison et autres agents des pénitenciers québécois de Bordeaux et de Rivières-des-Prairies disent avoir été victimes d'au moins une tentative d'intimidation par des détenus entre 2010 et 2011.

C'est ce qui ressort du rapport de recherche L'intimidation envers le personnel correctionnel - volet provincial, écrit par Grégory Gomez del Prado et publié par le Centre international de criminologie comparée en juin dernier. Il a sondé 212 employés du système carcéral, dont 149 agents correctionnels.

Derrière les chiffres ces agents mettent en mot la difficile réalité de leur quotidien.

« La personne incarcérée était insatisfaite de la réponse que je lui ai donnée et elle m'a dit qu'elle m'enverrait à mon enterrement. »

— Un agent correctionnel de 31 ans

« Un membre influent d'un gang de rue à chaque fois qu'il me rencontrait menaçait ma famille et moi : Je sais t'es qui, (...) m'a trouvé ta famille, m'en allé chez toi et je vais te retrouver et je vais vous passer. »

— Un agent correctionnel de 41 ans

Ce résultat fait écho aux préoccupations du syndicat qui représente les agents correctionnels. « On vit des menaces. On vit du harcèlement. On vit de voies de fait. Y'a des gens qui sont en retrait du travail, beaucoup trop d'ailleurs », estime Stéphane Lemaire, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

Les menaces des membres incarcérés du crime organisé semblent particulièrement atteindre le personnel carcéral.

« C'est sûr que les gros criminels, les motards, les gangs de rue à Montréal, ils font leurs lois en prison. Ils connaissent notre adresse. Ils nous font des menaces. »

— Stéphane Lemaire, président, Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec

D'autres professionnels du milieu correctionnel sont aussi la cible de menaces semblables, comme cette agente des soins de santé : « Le détenu voulait des médicaments auxquels il n'avait pas le droit. J'ai refusé de les lui donner et il a menacé ma famille et moi : Toi tu vas voir, je vais te tirer dehors. Je vais pogner tes enfants, ton chum, ton chien, vous allez tous passer au cash ».

Sanctionner les fautifs de la même façon

Selon l'auteur de cette recherche, candidat au doctorat à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, « il est illusoire de croire que le problème de l'intimidation en milieu correctionnel puisse être éradiqué ».

« La confrontation, l'opposition à l'autorité, le non-respect de la loi et les menaces sont autant de comportements adoptés par le délinquant aussi bien à l'intérieur de la prison qu'à l'extérieur. »

— Grégory Gomez del Prado, chercheur

L'étude propose toutefois que les services correctionnels du Québec se dotent de directives claires afin de sanctionner de manière cohérente et uniforme les actes d'intimidation.

Une autre piste envisagée pour améliorer la situation réside dans une formation plus poussée sur l'intimidation pour tous les intervenants, afin d'identifier les différentes manifestations de l'intimidation, ses conséquences et les moyens d'intervenir efficacement.

Le ministère de la Sécurité publique du Québec, duquel relèvent les services correctionnels, dit être au courant de la réalisation et du dépôt de l'étude. Le ministère ajoute qu'il analysera les recommandations, mais juge qu'il trop tôt pour se prononcer sur l'étude.

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