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Un matelot qui a désarmé un kamikaze taliban est tombé dans l'oubli

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BRUNO GUEVREMONT
PC

OTTAWA - Lorsque le matelot de 1re classe Bruno Guevremont a ôté la veste d'explosifs du corps du taliban qui avait été chargé de tuer le demi-frère du président afghan, ce dernier a laissé échapper un soupir de soulagement et une phrase en pachtoune, et la température a semblé baisser de quelques degrés.

L'homme avait été attaché à une clôture, sur une route tranquille près du siège politique de la province de Kandahar, afin de laisser s'éloigner les deux agents de renseignement qui le maîtrisaient quelques minutes avant.

Bruno Guevremont, de Victoria, en Colombie-Britannique, ne portait pas de veste protectrice, il ne traînait qu'un coupe-fils, des ciseaux chirurgicaux et du ruban gommé. Un véhicule blindé qui bloque les fréquences cellulaires avait été déplacé tout près pour empêcher quiconque d'actionner la bombe à distance.

Plus tard, les interrogatoires ont révélé que le taliban, qui souffrait de problèmes mentaux, avait été battu et privé de nourriture durant deux semaines avant d'être forcé de se sacrifier pour cette attaque.

Les collègues de M. Guevremont ont affirmé qu'il s'agissait d'un des actes de bravoure les plus impressionnants dont ils avaient été témoins. Pourtant, l'armée canadienne ne l'a jamais formellement félicité, et on a aujourd'hui dépassé les deux ans réglementaires avant lesquels les récompenses doivent être remises.

Ce jour de 2009, le 6 juin, était une de ces typiques journées en Afghanistan, chaudes et ensoleillées, sans un nuage à l'horizon. Bruno Guevremont, membre des Forces armées canadiennes depuis 14 ans, faisait partie de l'équipe spécialisée en neutralisation de bombes.

«J'avais le visage au-dessus d'une bombe de deux à trois fois par jour», rapporte M. Guevremont,qui souffre aujourd'hui d'un syndrome de stress post-traumatique.

L'équipe de Bruno Guevremont était parmi les plus occupées à Kandahar. Elle a répondu à 96 appels et désamorcé plus de 100 bombes du printemps à la fin de 2009. C'est sans compter les innombrables fois où les soldats ont été affectés au nettoyage de sites où des explosions, parfois des attentats-suicides, avaient eu lieu.

Les équipes de neutralisation de bombes étaient un peu les rock stars de l'armée, durant ce conflit où les armes de prédilection de l'ennemi étaient soit des bombes en bordure de la route, soit des pièges explosifs. Plus de 40 équipes de neutralisation de bombes ont été déployées à Kandahar durant les cinq années de la mission.

Pourtant, leurs exploits sont peu racontés. Pour éviter les représailles, l'armée canadienne a cessé d'identifier ces opérateurs, comme elle l'a fait pour les soldats des forces spéciales. Ainsi, nombre de leurs exploits, dont plusieurs sont dignes de scénarios de films de Hollywood, sont tombés dans l'oubli et n'ont pas été reconnus.

À la Défense nationale, on confirme que l'histoire de M. Guevremont a circulé, sans toutefois pouvoir dire quelle considération elle avait reçu. «En ce moment, aucune récompense n'a été approuvée pour ce membre», dit une porte-parole.

Sur les dizaines d'équipes spécialisées dans les bombes, seulement trois techniciens ont reçu des médailles de bravoure. De plus, 28 prix moins prestigieux ont été remis parmi elles.

Bruno Guevremont quittera l'armée en janvier.

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