POLITIQUE
02/11/2013 11:58 EDT | Actualisé 02/01/2014 05:12 EST

Les militants votent sur les politiques du parti au congrès conservateur (VIDÉO)

CALGARY - Même s'ils ont tenté de diriger les projecteurs sur leur bilan économique, les conservateurs n'ont pas réussi à détourner l'attention du scandale des dépenses au Sénat, alors que le rideau tombait samedi sur le congrès de leur parti à Calgary. Les militants ont toutefois usé de leur temps pour faire adopter des politiques qui risquent d'indisposer les syndicats et le Québec.

Vendredi soir, le premier ministre Stephen Harper a livré un discours aux partisans conservateurs, où il n'a offert aucune explication supplémentaire au sujet du scandale des dépenses, ni sur le rôle de son bureau dans l'opération de camouflage qui a suivi.

Il a plutôt pris la ligne dure et vigoureusement défendu ses actions contre les sénateurs mêlés à la controverse, réclamant à nouveau qu'ils soient suspendus sans salaire.

L'ex-chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright aurait fourni 90 000 $ au sénateur Mike Duffy pour qu'il puisse rembourser au Sénat ses dépenses jugées injustifiées par le gouvernement. L'argent du parti conservateur a servi à payer les frais d'avocat du sénateur, a ensuite admis M. Harper.

Samedi, le sénateur Irving Gerstein, le président du fonds du parti conservateur, a mis son grain de sel en livrant son rapport sur l'état des finances du parti.

Comme le premier ministre, il a mis la responsabilité de l'affaire sur les épaules de Nigel Wright.

«J'ai été absolument clair avec Nigel Wright que le fonds du parti conservateur du Canada ne paierait jamais pour les dépenses contestées du sénateur Duffy et il n'a jamais servi à cela», a lancé M. Gerstein, laissant entendre que M. Wright avait concocté l'opération et même requis les fonds.

Mais la version offerte cet été à la GRC par l'avocat de M. Wright était autre: le parti conservateur aurait initialement considéré repayer l'argent pour M. Duffy quand il croyait que la somme ne totalisait que 32 000$.

Le sénateur Gerstein, manifestement au courant des paiements à Mike Duffy — alors que le premier ministre de son côté maintient avoir été tenu dans le noir au sujet de ces manigances — a ensuite dit avoir payé les frais juridiques de M. Duffy, à hauteur de 13 560 $, «à la demande de M. Wright».

Le scandale sera à nouveau à l'ordre du jour lundi à Ottawa, alors que le sort des sénateurs Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau n'est toujours pas réglé.

Des militants qui espéraient recevoir des explications sur le scandale sont repartis déçus du congrès. Pour d'autres, les accomplissements du gouvernement conservateur, surtout en matière d'économie, comptent bien plus que tout le reste.

Vote sur les politiques du parti

Les délégués conservateurs ont d'ailleurs voté pour formuler les politiques du parti, espérant qu'elles seront mises de l'avant en route vers les élections de 2015.

Ils ont notamment adopté une résolution pour que leur parti ne soutienne aucune loi visant à légaliser l'euthanasie et l'aide au suicide. Et cela, alors même que l'Assemblée nationale est en train de débattre le projet de loi du gouvernement québécois sur l'aide médicale à mourir.

«Votez pour des soins, pas pour le meurtre», a plaidé un militant au microphone, pour offrir son appui à la proposition.

Le vote a toutefois été serré: 615 pour et 502 contre. Le Parti a donc dû vérifier si une majorité des provinces appuyait également la proposition. C'était le cas, mais le Québec ne faisait pas partie du nombre.

Le ministre Maxime Bernier n'en fait pas de cas. Pour lui, cette divergence d'opinion entre les militants de son parti et le Québec signifie que «le Québec est une nation et que les gens du Québec, des fois, pensent différemment».

Les délégués conservateurs ont aussi voté massivement pour adopter la résolution qui cherchait à condamner l'avortement sélectif sur la base du sexe, une proposition qui est perçue par plusieurs comme une autre tentative des conservateurs de remettre en question la légalité de l'avortement.

«Les militants poussent, ils poussent et il faut en prendre note», a commenté le ministre Bernier.

Le premier ministre Stephen Harper a toutefois maintenu ces dernières années qu'il n'avait aucune intention de rouvrir le débat sur cette question.

«C'est une déclaration de principe», a justifié pour sa part le ministre de l'Industrie James Moore, qui n'y voit pas un désaveu de son gouvernement, lorsqu'il a notamment empêché une motion d'être votée à ce sujet aux Communes.

Une résolution sur la prostitution, pour empêcher la légalisation de l'achat des services sexuels et pour s'attaquer spécifiquement à ceux qui les requièrent, a aussi été adoptée.

Plusieurs propositions des associations conservatrices cherchaient à serrer la vis aux syndicats, en les empêchant notamment d'utiliser les cotisations syndicales pour faire des dons aux partis politiques et aux médias.

Un délégué a déploré que lorsqu'il était fonctionnaire, ses cotisations avaient «servi à attaquer le parti conservateur», avant que la résolution ne soit adoptée.

Mais les militants n'ont pas arrêté là.

Ils ont aussi voté pour que les syndicats soient forcés de dévoiler leurs états financiers, et ont pris position contre l'inclusion automatique des membres dans un syndicat.

«Les syndicats ne devraient pas se sentir attaqués, juge Maxime Bernier. S'ils n'ont rien à cacher, ils ne devraient pas s'inquiéter».

C'est un groupe plus restreint qui a assisté aux débats samedi, comparativement à la foule de quelque 2000 personnes qui s'était déplacées vendredi soir pour entendre le chef conservateur. Peu de sénateurs ont d'ailleurs été vus lors du congrès.

Le congrès a aussi été marqué par un accès très limité des médias aux délégués conservateurs et aux salles de réunion, alors que des gardiens de sécurité empêchaient les journalistes de s'approcher.

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