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Opérations « Mr. Big » : la Cour suprême refuse une contestation

31/10/2013 10:06 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

Un texte de Ralph-Bonet Sanon

Un homme de Terre-Neuve restera condamné pour un meurtre qu'il a toujours nié avoir commis, mais qu'il a avoué au patron d'une fausse organisation criminelle inventée par la police.

La Cour suprême du Canada a déclaré jeudi qu'elle n'entendrait pas l'appel de William Wade Skiffington, reconnu coupable en 2001 du meurtre au deuxième degré de son ancienne conjointe de fait.

En 1994, Wade Skiffington avait conduit son ex-conjointe chez une amie à Richmond, en Colombie-Britannique, où elle a été abattue. Leur fils de 18 mois était sur les lieux à l'époque. Wade Skiffington est rapidement devenu un suspect, mais la police n'avait aucun élément de preuve matérielle contre lui ni aveu.

À l'automne 1999, les policiers ont lancé une opération « Mr. Big », où des agents se font passer pour des membres d'une organisation criminelle et poussent un suspect à avouer un crime afin de se faire accepter du patron de la fausse organisation. Wade Skiffington, qui avait jusque là toujours nié sa culpabilité, a alors confié être l'auteur du meurtre. Il a été arrêté à Halifax en février 2000.

Au procès, son avocat a tenté de diminuer la fiabilité des aveux filmés. Il disait qu'ils avaient été obtenus en faisant miroiter à Wade Skiffington des promesses d'enrichissement. L'accusé n'avait pas témoigné, et le jury l'a déclaré coupable. Trois ans plus tard, la Cour d'appel a refusé d'invalider le verdict.

Technique contestée

La technique d'enquête de type « Mr. Big » a été utilisée des centaines de fois au pays depuis la fin des années 1980. Dans 95 % des cas, les accusés ont été condamnés, mais la technique est controversée, puisqu'elle peut aussi faire condamner des innocents.

Le Manitobain Kyle Unger réclame 14,5 millions de dollars en compensation, lui qui a avoué à un « Mr. Big » un meurtre qu'il n'avait pas commis. Après avoir passé 14 ans derrière les barreaux, la preuve d'ADN l'a innocenté.

Le Terre-Neuvien Nelson Hart, condamné à la prison à vie pour le meurtre de ses filles jumelles, est présentement entendu en Cour suprême du Canada. Il a toujours nié sa culpabilité, mais a lui aussi dit à un « Mr. Big » qu'il avait commis les meurtres. La Cour d'appel de Terre-Neuve avait ordonné qu'il subisse un nouveau procès. Elle a qualifié la méthode de « supercherie » et « d'abus de pouvoir ».

La Cour suprême du Canada a toujours validé la méthode. Avec l'affaire Nelson, elle sera appelée à se prononcer pour une sixième fois.

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