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La commission effleure les relations entre Dupuis, Lavallée et Accurso

31/10/2013 01:48 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction a commencé à expliquer à la commission Charbonneau les liens que lui et Jean Lavallée entretenaient avec Tony Accurso.

Un texte de Bernard Leduc

Jocelyn Dupuis a convenu que l'ancien président de la FTQ-Construction avait été très proche de cet entrepreneur et qu'il avait lui-même participé à de nombreuses activités sociales avec ce dernier, mais, précise-t-il, toujours en lien avec le travail.

« M. Accurso est un des plus gros entrepreneurs dans l'industrie de la construction. On avait tout intérêt à établir de bonnes relations de travail avec cet entrepreneur-là, qui respectait les relations de travail », a fait valoir M. Dupuis

M. Dupuis croit que c'est durant les années 1980 que M. Lavallée s'est lié d'amitié avec M. Accurso. Ce dernier est réputé avoir eu un accès privilégié au Fonds de solidarité FTQ grâce au président de la FTQ-Construction.

De nombreux dirigeants de ce syndicat ont d'ailleurs séjourné sur son yacht, le Touch, dont MM. Dupuis et Lavallée.

La commission a présenté une série de photos d'une fête organisée à l'Hippo-Club de Laval par Tony Accurso pour célébrer le passage à l'an 2000. On y voit notamment le président d'alors de la FTQ, Henri Massé, MM. Dupuis et Lavallée, Eddy Brandone et l'ex-directeur général de la Ville de Montréal Robert Abdallah, alors à Hydro-Québec.

Brève biographie de l'homme au coeur d'un scandale nommé FTQ

Le syndicaliste à la retraite a expliqué à la commission ses débuts dans le milieu de la construction comme grutier et ses premiers pas comme syndicaliste, dans les années 1970. Son propos démontre qu'il a conservé toute sa passion pour la politique ouvrière.

C'est vers le milieu des années 1980 qu'il fait du syndicalisme un métier lorsqu'il devient représentant syndical au local 905 du CPQMC-International, syndicat adverse de la FTQ-Construction, mais de moindre poids. « J'ai toujours été un grand travailleur et un très grand revendicateur », soutient-il.

Il y tente en vain de créer un local distinct pour les seuls grutiers lors des élections syndicales de 1990. Il réussira plus tard son coup, en 1992, mais à la FTQ-Construction. Il y créera le local 791-G dont il sera le directeur jusqu'à ce qu'il soit élu, par acclamation, à la tête de la FTQ-Construction.

Son succès à y attirer une forte majorité des grutiers lors de la période de maraudage, soit environ 70 %, lui assurera la direction de son local pendant des années.

La FTQ-Construction expliquée par Dupuis

M. Dupuis, à la demande de Me Denis Gallant, a confirmé que les locaux affiliés à la FTQ-Construction sont en fait totalement autonomes par rapport à cette dernière. Le directeur général, explique-t-il par exemple, ne peut « vraiment pas » imposer des directives aux directeurs des locaux.

À son arrivée à la FTQ-Construction, se retrouvent notamment sur le comité exécutif du syndicat Jean Lavallée, Yves Mercure, Robert Paul et Roger Poirier. Rénald Grondin fera son entrée plus tard sur l'exécutif, ainsi que Bernard Girard. Il fera aussi plus tard la connaissance d'Eddy Brandone.

Il s'agit de noms qui ont tous été mentionnés devant la commission.

M. Dupuis dit s'être présenté en 1997 à la succession à la direction générale avec l'appui de plusieurs locaux contre deux autres candidats. Il soutient que M. Lavallée, alors président de la FTQ-Construction, n'a pas joué un rôle dans sa victoire, comme l'a soutenu Ken Pereira, même s'il l'a officiellement appuyé.

M. Lavallée, a expliqué M. Dupuis, partageait son temps entre la direction de la FTQ-Construction, son local (la FIPOE), le Fonds de solidarité où il siégeait, et la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Des allégations confirmées par des écoutes policières

Les écoutes électroniques effectuées lors de l'opération Diligence et diffusées à la commission Charbonneau ces derniers jours ont permis de confirmer les liens étroits unissant l'ex-directeur général de la FTQ-Construction à plusieurs figures du crime organisé.

Jocelyn Dupuis avait non seulement des relations dans le milieu des motards criminels, mais aussi ses entrées dans la mafia.

Ses relations occultes lui ont notamment permis de garder la haute main sur la FTQ-Construction après les élections de novembre 2008, qui devaient pourtant consacrer son départ. Son successeur, Richard Goyette, dont il est très proche, est d'ailleurs dans la salle d'audience de la commission.

Les écoutes ont aussi exposé les liens qui l'unissaient au mafieux Raynald Desjardins dans l'entreprise Carboneutre, pour laquelle il a tenté, en vain, de faire jouer ses relations avec le président de la FTQ Michel Arsenault dans l'espoir d'obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ.

Le nom de Jocelyn Dupuis est devenu objet de scandale au printemps 2009 lorsque l'ex-syndicaliste Ken Pereira, alors directeur du local 1981 de la FTQ-Construction, a révélé à l'émission Enquête les comptes de dépenses faramineux de celui qui était encore directeur général de son syndicat.

C'est d'ailleurs fort de ces factures qu'il avait dérobées que M. Pereira avait forcé la tenue d'élections, desquelles il espérait un changement à la tête de la FTQ-Construction, qui finalement n'aura pas lieu.

Lors de son passage devant la commission, M. Pereira a expliqué que des proches de Jocelyn Dupuis, dont Raynald Desjardins, avaient tenté à plusieurs reprises, entre la fin 2008 et le début 2009, d'acheter son silence sur ces factures, en échange d'avantages qu'il refusera chaque fois.

Enquête va aussi dévoiler, sur la base des confidences de M. Pereira, que Jocelyn Dupuis, accompagné par un « Italien », aurait offert à l'été 2008 à M. Arsenault un pot-de-vin de 300 000 $ pour défendre le projet de Carboneutre au Fonds.

Selon M. Pereira, c'est le président de la FTQ lui-même qui lui aurait confié l'histoire ce même été, ajoutant qu'il avait refusé aussitôt l'argent. M. Arsenault a nié toute l'histoire.

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