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Attaque de la place Tiananmen: la police arrête cinq suspects

30/10/2013 07:47 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST

La police a arrêté cinq suspects dans ce qui est désormais officiellement qualifié d'« attentat terroriste » à la place Tiananmen. Une voiture a explosé lundi dans cet endroit hautement symbolique, devant l'entrée de la Citée interdite et sous le grand portrait de Mao Tsé-Toung

« Les arrestations ont été effectuées 10 h après les faits, qui sont désormais qualifiés d'attaque terroriste », a précisé la télévision d'État CCTV dans un communiqué. Les autorités chinoises et les médias refusaient jusque-là d'admettre que le cœur de la capitale, Pékin, ait pu être le théâtre d'un attentat.

L'attaque a fait cinq morts et 38 blessés. Le conducteur du véhicule et ses deux occupants ont été tués de même que deux touristes; une Philippine et un Chinois de la province du Guangdong. Les trois occupants de la voiture étaient membres de la même famille, selon la télévision d'État CCTV.

Le gouvernement privilégie la piste des Ouïghours de la province du Xinjang pour expliquer l'attaque terroriste. Des manifestations de cette minorité musulmane de l'ouest de la Chine, qui compte un important mouvement séparatiste, ont été violemment réprimées en juin dernier.

Un échec de la sécurité

L'attaque contre la place Tiananmen constitue un revers pour la sécurité chinoise qui dépense environ 125 milliards de dollars par année pour la sécurité du pays. La place Tiananmen est gardée en permanence par des effectifs de sécurité en uniforme et en civil, chargés d'interrompre tout début de manifestation et de réprimer tout début de troubles.

La Chine dépense davantage pour le « maintien de la stabilité », selon l'appellation locale, que pour ses forces armées qui constituent pourtant les plus importantes du monde en terme d'effectifs. « Les autorités ont perdu la face », estime un professeur de la Chinese University de Hong Kong et ancien responsable de la police de Hong Kong, Willy Lam. Il précise que l'attaque est survenue une douzaine de jours avant une réunion du Comité central du parti communiste chinois (PCC).

Selon lui, l'embarras du pouvoir chinois est double puisque, en plus d'avoir été frappé en plein cœur de sa capitale, des touristes étrangers ont été tués et blessés. « Si le ministère de la Sécurité publique est incapable de sécuriser Tiananmen, cela montre que la Chine dans son ensemble n'est pas protégée, cela ouvre la porte à de nouveaux actes de défis » du même type, poursuit-il,

« Le fait qu'un tel évènement ait pu se dérouler à Pékin montre les limites de ce que la police peut faire face à une résistance hautement déterminée contre la politique de la Chine envers les Ouïghours », observe M. Lam. « Cela signifie que si le mécontentement d'une majorité de la population ouïghoure s'intensifie, il est possible que d'autres épisodes de ce type surviennent à l'avenir -- et aucun régime policier ne peut être efficace devant à une résistance massive » de pans entiers de sa population.

Un attentat « artisanal »

Des spécialistes du terrorisme soulignent l'aspect artisanal de l'attaque de la place Tiananmen. « Cela a l'air assez sommaire, foncer en 4x4 sur la foule puis utiliser des liquides inflammables pour incendier le véhicule -- cela ne ressemble pas à la marque d'un quelconque réseau transnational de terrorisme, explique David Tobin. Cela pourrait être le fait d'individus mécontents ».

« Ce n'était certainement pas un attentat du type de ce qu'on peut voir au Moyen-Orient, avec l'emploi de technologies sophistiquées et une importante coordination logistique », poursuit-il.

La place Tiananmen constitue également le symbole d'un mouvement de contestation pour la démocratie en 1989, un mouvement réprimé dans le sang.

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