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Alcoa menace Québec de fermer trois alumineries, les Métallos sont inquiets

29/10/2013 11:05 EDT | Actualisé 30/12/2013 05:12 EST
PC

Alcoa menace de fermer trois de ses installations au Québec dans un peu plus d'un an, en janvier 2015, si le gouvernement ignore sa demande de réduire le coût de l'énergie, ce qui sème l'inquiétude auprès du syndicat des Métallos.

Alcoa affirme ne pas être en mesure d'absorber la hausse prévue de 60 % des tarifs d'électricité réservés aux alumineries. Elle voudrait continuer à profiter d'un tarif d'électricité modulé en fonction du prix de l'aluminium sur les marchés internationaux.

La multinationale explique avoir avisé lundi Hydro-Québec de son intention de réduire ses obligations contractuelles en matière d'achat d'électricité pour ses trois alumineries du Québec.

« La transition au tarif L prévue le 1er janvier 2015 va significativement augmenter les coûts d'énergie d'Alcoa rendant ainsi ses alumineries non concurrentielles », affirme la porte-parole de l'entreprise, Lysane Martel, dans un courriel.

Alcoa compte ainsi diminuer graduellement ses obligations contractuelles d'achat d'électricité au cours des mois de novembre et de décembre 2014.

Si le marché de l'aluminium ne s'améliore pas entre-temps, les activités aux trois usines pourraient être compromises.

« Une tarification prévisible, compétitive sur le plan mondial et flexible pour tenir compte des conditions de marché de l'aluminium, doit être disponible pour qu'Alcoa puisse continuer à investir dans ses opérations et ainsi maintenir ses importantes retombées économiques et sociales au Québec. »

En 2008, en vertu d'une entente conclue avec le gouvernement libéral, Alcoa devait bénéficier du tarif grande puissance d'Hydro-Québec (tarif L), durant 25 ans, à partir de janvier 2015. Ce tarif sera alors d'environ 4,4 cents le kilowattheure. Alcoa paierait actuellement son électricité environ 3 cents le kilowattheure, bien que ces information demeurent confidentielles entre Québec et l'entreprise.



Cette nouvelle entente devait être avantageuse pour l'entreprise compte tenu des conditions favorables du marché de l'aluminium en 2008. Or, les perspectives sont maintenant moins reluisantes, et les conditions de production d'électricité ont aussi changé la donne à l'échelle nord-américaine.

« C'est un choc tarifaire qui nous attend. On est encore fourni en électricité majoritairement selon des contrats signés il y a près de 25 ans avec un tarif qui fluctue de mois en mois avec le prix de l'aluminium, ce qui nous a permis de passer à travers les cycles les plus difficiles. Ce contrat arrive à terme à la fin de 2014 », explique en entrevue à RDI Nicolas Dalmau, le vice-président, énergie et développement des affaires, Alcoa Canada.

« Avec le tarif L, c'est une hausse de 60 % de nos coûts d'électricité, environ 220 millions de dollars annuellement », ajoute-t-il. Alcoa voudrait pouvoir conserver les tarifs dont elle bénéficie actuellement.

« Les échanges avec le gouvernement et Hydro-Québec se tiennent depuis des mois. Il y a place à la négociation », assure-t-il toutefois.

Le président du syndicat des Métallos à l'aluminerie de Bécancour, Clément Masse, presse le gouvernement Marois d'agir parce que la menace de fermeture lui apparaît réelle.

« Aux États-Unis, [...] en raison des gaz de schiste, les prix ont beaucoup baissé », affirme Clément Masse. « Naturellement, on n'a pas les contrats, mais les coûts de l'énergie peuvent se négocier à 2 ou 3 cents le kilowattheure. [...] Les contrats qui ont été négociés, c'est 4,3 cents du kilowattheure au Québec. »

Clément Masse estime que Québec devrait s'attarder aux revendications des alumineries. « Moi je pense qu'il faudrait que le gouvernement ait en tête de maintenir les emplois, et tout ce secteur-là de l'aluminium au Québec », ajoute-t-il.

Les travailleurs de Baie-Comeau, de Deschambault et de Bécancour ont exprimé des inquiétudes concernant une fermeture possible des usines.

Pauline Marois se veut rassurante

En réponse aux attaques du chef de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier, qui a parlé de « catastrophe », mercredi, à Québec, la première ministre Pauline Marois a voulu calmer le jeu.

« [Je veux] rassurer les travailleurs. Le gouvernement du Québec est en discussion avec les représentants de l'entreprise, au plus haut niveau », a-t-elle dit.

La première ministre a expliqué que son chef de cabinet adjoint, Dominique Lebel, et le secrétaire général du Conseil exécutif, Jean St-Gelais, ont rencontré les dirigeants d'Alcoa.

« J'ai été très étonnée ce matin de voir les déclarations et la panique que l'on semble vouloir semer auprès des travailleurs. Je veux les rassurer. Nous travaillons à trouver une avenue de passage avec Alcoa », ajoute-t-elle.

Les libéraux ont accusé le gouvernement de s'adonner à une opération de « sabotage économique », en laissant tomber des secteurs clés de l'économie québécoise.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a rappelé que le contrat établissant les nouveaux tarifs d'électricité pour Alcoa avait été signé par le gouvernement libéral en 2008.

Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec ont demandé que Mme Ouellet soit retirée du dossier d'Alcoa. La première ministre a toutefois assuré que sa ministre avait sa confiance.

Pas question de fermer Alcoa, dit Marceau

En entrevue à l'émission Pas de midi sans info diffusée à ICI Radio-Canada Première, le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, a répété qu'il n'était pas question de laisser les alumineries quitter le Québec.

« Alcoa représente plus de 3000 emplois. Le gouvernement est très sensible à l'importance de cette industrie. Les propos de l'opposition aujourd'hui sont irresponsables. Il n'est pas question de la fermeture d'Alcoa. Les discussions se poursuivent avec l'entreprise », dit-il.

« Alcoa a signifié aujourd'hui ses intentions à Hydro-Québec [concernant le changement de tarif en 2015], parce qu'elle avait un délai pour le faire, sinon elle allait écoper d'une pénalité. Mais il nous reste un an pour négocier », ajoute-t-il.

L'aluminerie américaine possède des installations notamment à Baie-Comeau (Côte-Nord), à Deschambault (Portneuf) et à Bécancour, au sud de Trois-Rivières.