POLITIQUE

Le sénateur Brazeau présente des documents pour sa défense

24/10/2013 02:08 EDT | Actualisé 24/12/2013 05:12 EST
CP

OTTAWA - Les conservateurs semblent de plus en plus divisés sur la pertinence de suspendre les sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Pamela Wallin, rendant l'issue du vote incertaine. Et à mesure que le débat s'étire, il apparaît que la manoeuvre conservatrice — si elle avait pour mission d'apaiser le scandale du Sénat — a raté sa cible.

Le sénateur conservateur Don Plett, nommé en 2009 par Stephen Harper lui-même, a livré un plaidoyer contre la suspension de ses trois collègues, admettant de lui-même qu'il allait voter pour la toute première fois contre son leader.

Selon M. Plett, la suspension bafouerait le principe de présomption d'innocence et établirait un dangereux précédent.

«Nous établissons un précédent selon lequel n'importe qui dans cette Chambre pourrait être expulsé parce qu'il est perçu comme un irritant, un embarras (...), ou même parce qu'il est impopulaire (auprès de ses collègues)», a-t-il insisté.

La veille, un autre sénateur conservateur, Hugh Segal, avait tenu un discours semblable, enjoignant ses collègues à voter contre la motion du leader conservateur au Sénat, Claude Carignan.

MM. Plett et Segal ont tous deux reçu les applaudissements des sénateurs libéraux, et aussi de quelques conservateurs. Les troupes de Stephen Harper ont la majorité à la Chambre haute, mais comme le vote sera libre de part et d'autre, les trois sénateurs tombés en disgrâce pourraient techniquement parvenir à conserver leur siège.

Aux Communes, le député conservateur Peter Goldring a également brisé les rangs en déclarant à la sortie de la période de questions que de suspendre les trois sénateurs irait à l'encontre de leurs droits fondamentaux.

Plus tôt en journée, Patrick Brazeau a déposé des documents pour sa défense, prétendant avoir en main la preuve que le comité de régie interne du Sénat lui avait donné droit aux allocations de logement qu'on lui a ensuite réclamées.

Les trois sénateurs au coeur de la tourmente ont présenté leur défense mardi et mercredi, écorchant au passage Stephen Harper et quelques sénateurs conservateurs qui veulent maintenant leur tête.

On ignore encore quand le Sénat passera au vote sur les trois motions. Il faudra, au préalable, régler le sort d'un amendement libéral qui veut renvoyer toute cette affaire devant un comité sénatorial. Si cet amendement était adopté, il aurait pour effet de rallonger le supplice, de l'aveu même du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu. «Je pense que la motion libérale, le danger qu'il y a, c'est d'étirer le problème», a-t-il soutenu.

«Quelques personnes»

Aux Communes, le premier ministre a ouvert la porte pour une première fois au fait que «quelques personnes» étaient au courant du chèque de 90 000 $ signé par son ex-chef de cabinet, Nigel Wright, offert à M. Duffy afin qu'il rembourse des allocations de logement réclamées à tort. Jusqu'à présent, il avait pourtant répété que M. Wright avait agi seul.

«M. Wright a pris cette décision. Il a été très clair. Il n'a informé que très peu de personnes», a avancé jeudi M. Harper.

M. Duffy prétend de son côté qu'au moins deux avocats du bureau du premier ministre et un avocat du Parti conservateur ont concocté l'entente sur le chèque personnel de 90 000 $. Mais des médias ont rapporté qu'un total de 13 personnes avaient été mises au parfum.

«Combien représentent "peu" (de personnes)», a alors demandé le chef de l'opposition Thomas Mulcair.

M. Harper a éludé la question, mais il a répété que lui-même ignorait l'entente au moment où elle s'était négociée.

Pour l'opposition, le chef conservateur s'est tout simplement contredit. «Continuellement, il change son histoire. Alors, on avait au départ M. Wright qui avait agi seul dans ce dossier-là — c'est ce qu'il a dit le 5 juin dernier. Et là aujourd'hui, soudainement, il a agi seul avec quelques autres», a ironisé le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Le chef bloquiste Daniel Paillé a lui aussi avancé que M. Harper avait changé de discours. «Dans le cas de Stephen Harper, (avec) la manière dont il établit un contrôle strict dans son entourage, il est très étonnant qu'il nous dise qu'il n'était pas au courant que son plus proche collaborateur, son chef de cabinet, avait des discussions avec Mike Duffy concernant le remboursement du 90 000 dollars.»

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