MONTRÉAL - Congédiée pour avoir divulgué des informations sur les quotas des enquêteurs fédéraux de l'assurance-emploi, l'ancienne fonctionnaire Sylvie Therrien est privée de revenus depuis le mois de mai.

Si elle ne regrette pas son geste, elle ne s'attendait pas non plus à payer aussi chèrement sa dénonciation des enquêtes sélectives, qui pointaient particulièrement les travailleurs «saisonniers». Identifiée comme une taupe, elle a été congédiée pour inconduite. Mais ironiquement, Mme Therrien n'a pas droit aux prestations de l'assurance-emploi.

Jointe à Vancouver jeudi, Sylvie Therrien affirme qu'elle n'a fait qu'écouter sa conscience. Âgée de 53 ans, elle dit porter l'étiquette de celle qui gêne, qui est indésirable et à qui on ne peut faire confiance. Une réputation difficile à assumer, mais qui n'est pas moins lourde que les tâches qui lui étaient imposées dans le cadre de ses précédentes fonctions.

En entrevue à La Presse Canadienne, elle confirme que depuis la mise en oeuvre de la réforme de l'assurance-emploi en janvier 2013, les exigences formulées aux enquêteurs avaient pris une forme qu'elle ne pouvait plus endosser. Elle affirme que les chômeurs en paient le prix et font l'objet d'un véritable harcèlement de la part des enquêteurs. Les employés, quant à eux, n'ont pas d'autre choix, parce qu'on leur impose de dégager des économies, même si cela implique de sabrer dans les prestations de chômeurs qui ne sont pas des fraudeurs.

Refusant d'appliquer bêtement les règles, Sylvie Therrien a contacté Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs (CNC), en février 2013. En substance, elle lui a révélé que l'objectif n'était plus de traquer les fraudeurs de l'assurance-emploi, mais bien de trouver des prétextes pour récupérer 50 000 $ par mois, et ce, pour chaque enquêteur du service à l'intégrité.

En acceptant de couler ces informations, Pierre Céré considère que Mme Therrien a fait preuve de courage et d'audace.

«Ils sont peu nombreux à avoir le courage de se mettre en péril comme elle l'a fait. Et si nous pouvons être sa caisse d'assurance-chômage, eh bien on le sera, pour lui dire merci», a indiqué Pierre Céré.

Le Conseil national des chômeurs a lancé jeudi une campagne de soutien financier pour Sylvie Therrien. Diverses activités seront organisées par des groupes de chômeurs afin d'amasser des dons pour pallier l'absence de filet social pour celle qui a osé dénoncer le système mis en place par le gouvernement conservateur.

Sylvie Therrien s'est dite touchée par cet élan de solidarité, qu'elle reçoit comme un véritable réconfort.

«Je me sens très seule dans ce genre de démarche, ça fait vraiment chaud au coeur», a-t-elle confié.

Sylvie Therrien estime qu'elle ne pouvait tout simplement pas continuer de travailler dans les conditions qui lui étaient imposées.

«Je ne pouvais faire autrement. Ça prenait un certain courage pour aller à l'encontre du statu quo qui était très fort, mais je ne pouvais tout simplement pas envoyer des gens à la rue pour des chiffres. Ça n'avait pas de bon sens.»

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