POLITIQUE

Régis Labeaume en guerre contre les syndicats

22/10/2013 05:44 EDT | Actualisé 22/10/2013 08:06 EDT
Agence QMI

Le maire Régis Labeaume règne sans partage sur la ville de Québec depuis 2007. Apprécié par une majorité de la population, il se dirige vers une réélection triomphale, avec 68% des intentions de vote, contre 7% pour son principal opposant, David Lemelin. Mais le style abrasif et la gestion autoritaire du maire Labeaume créent des tensions. Lundi, il a reçu une poursuite du syndicat des cols bleus. Pire, son adversaire dans la course a récemment comparé l'ambiance de la ville à celle qui règne... en Corée du Nord.

Fidèle à lui-même, le maire de Québec répond à son adversaire par l'offensive. «C'est une dérive paranoïde, lance-t-il en entrevue avec le Huffington Post Québec. Il essaie de faire croire au monde que des centaines de personnes ont peur de moi. C'est pas drôle. Mais ça se soigne.»

La poursuite intentée par les cols bleus et le Syndicat canadien de la fonction publique, affilié à la FTQ, reproche à Régis Labeaume ses commentaires au sujet des employés de la Ville. Les syndiqués poursuivent le maire en vertu de la loi du travail pour s'être ingéré, disent-ils, dans les affaires du syndicat. La maire a notamment affirmé que les planchers d'emplois ne servent qu'à «engraisser» les syndicats. Il les a également accusé de n'avoir aucune sympathie pour le fardeau fiscal des citoyens et d'agir par nombrilisme corporatif.

Une guerre de mots qui vise à préparer le terrain pour son prochain combat: le déficit de la caisse de retraite de la Ville. «C'est 40% du budget, il faudrait que je me taise? [...] Quand la FTQ dit que j'utilise des gros mots, j'ai envie de rire, avec tout ce qu'on voit partout», lance-t-il en référence aux allégations contre la fédération des travailleurs devant la commission Charbonneau.

Loin de se rétracter, Régis Labeaume persiste et signe. «Je vais continuer à dire ce que je pense», assure-t-il.

D'ailleurs, le maire de Québec s'attend à être blâmé par la Commission des relations de travail du Québec, devant laquelle la poursuite a été déposée. «C'est fait pour les entreprises privées ces lois-là», plaide-t-il. L'article de la loi du travail visé par la poursuite interdit à un patron de négocier directement avec les employés, en contournant le syndicat. «Mais moi, je ne suis pas un asspatron, je suis élu, dit-il. Je suis en élections générales. Comment on applique cette loi en démocratie?»

«Qu'est-ce que je fais? J'arrête de parler du plus gros problème?»

Lutte à finir avec les syndicats

En 2009, Régis Labeaume a fait campagne sur la promesse de construire un nouvel amphithéâtre afin d'accueillir le retour des Nordiques. Si ces derniers se font toujours attendre, le maire de Québec a obtenu la construction de son amphithéâtre sans appel d'offre à la suite d'un bras de fer avec le gouvernement du Québec. Muni d'un mandat fort de la population, il a forcé le gouvernement Charest a adopter une loi spéciale afin de protéger son entente de gré à gré avec Quebecor pour la gestion du nouveau colisée.

Enhardi par cette victoire, Régis Labeaume s'attaque maintenant au déficit de la caisse de retraite des employés municipaux de Québec, causé par la crise de 2008 et la longévité croissante de la population. Avec un nouveau mandat «fort», il espère obtenir du gouvernement Marois le droit de lock-out et de décréter les conventions collectives, une prérogative réservée au palier provincial. Son but: faire payer aux employés 50% du déficit, plutôt que de refiler la facture entièrement aux contribuables.

Régis Labeaume estime qu'il faut rapidement régler le déficit de la caisse de retraite. «Au point de vue financier, c'est un désastre», soutient-il.

Au 31 décembre 2010, le déficit était de 516 millions$. Au 31 décembre 2013, lors de la révision triennale, celui-ci se sera creusé à environ 720 millions$, prévient-il. «Et si on applique la méthode [du rapport] d'Amours, qui est la bonne méthode pour gérer en bon père de famille, ça va être 1,3 milliard$», affirme Régis Labeaume.

Le syndicat des cols blancs évalue plutôt le déficit à 134 millions$ et estime que la Ville devrait emprunter pour combler ce déficit. « Savez-vous pourquoi la Ville n'emprunte pas? Parce que si le maire emprunte, il va être obligé de mettre l'argent sur la dette de la Ville et ça va lui enlever la marge de manoeuvre pour son colisée et toutes ses folies », a confié le président du syndicat des cols blancs, Jean Gagnon, à Radio-Canada en février dernier.

Les employés municipaux ont déjà eu un avant-goût de ce qui les attend si le maire Labeaume obtient le droit de décider des conventions collectives. Au début du mois d'octobre, il a annoncé sa volonté de réduire leur rémunération globale de 6%, tout en augmentant leur semaine de travail d'une demi-heure. Il souhaite également faire passer la retraite de 59 à 65 ans. «Le 6%, c'est les avantages sociaux, les assurances, c'est des pinottes», lance Régis Labeaume. La semaine de travail, elle, passerait à 37 heures et demie.

Pour le maire, les discussions achoppent à cause de l'opposition de la FTQ. «Je m'assois avec les employés et on arrange ça demain matin, dit-il. Mais les syndicats, y'a rien à faire.» Selon lui, la FTQ, qui représente également les cols bleus de Montréal, bloque les négociations pour éviter «d'ouvrir une brèche» qui mènerait à des compressions similaires ailleurs au Québec.

Un problème bien réel

Malgré ses méthodes controversées, le maire Labeaume s'attaque à un problème bien réel. En avril dernier, le rapport d'Amours tirait la sonnette d'alarme sur l'avenir des pensions des Québécois. Les régimes de retraite au Québec accusent un déficit de 41 milliards$; un gouffre qui risque de se creuser avec le vieillissement de la population.

Régis Labeaume craint que le rapport d'Amours soit tabletté par le gouvernement Marois. «On peut questionner la rente de longévité, mais la partie sur les villes, adoptez là!», lance-t-il au gouvernement provincial. «Sinon, ça va nous péter dans la face.»

Les politiciens ont peur de s'attaquer au problème, croit-il. «Le pire c'est Montréal, dit Régis Labeaume. Montréal est dans la dèche.»

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