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Offensive d'ONG contre les attaques de drones américains

22/10/2013 01:04 EDT | Actualisé 21/12/2013 05:12 EST

Les attaques de drones américains au Pakistan pourraient être considérées comme des crimes de guerre, selon Amnistie internationale (AI), qui presse la Maison-Blanche de respecter le droit international.

L'organisation de défense des droits de la personne a rendu publique une étude qui s'attarde sur 45 attaques de drones qui ont eu lieu au Waziristan-Nord, dans les zones tribales au nord du Pakistan, entre janvier 2012 et août 2013.

AI a étudié en détail neuf de ces attaques qui, selon l'organisation, « soulèvent des questions graves sur les violations du droit international qui pourraient s'apparenter à des crimes de guerre ou à des exécutions extrajudiciaires ». Elle rapporte notamment le cas d'une grand-mère de 68 ans tuée pendant qu'elle cueillait des légumes dans son champ avec ses petits-enfants, et d'un groupe d'ouvriers tués après une journée de travail.

Dans les sources officielles, les victimes sont décrites comme des terroristes. Mais, selon les enquêtes menées par l'ONG, il s'agissait de civils nullement impliqués dans les combats.

« Mais il est difficile de croire qu'un groupe d'ouvriers ou une femme âgée entourée de ses petits-enfants puissent mettre quiconque en danger, et encore moins représenter un danger imminent pour les États-Unis », a souligné Mustafa Qadri, chercheur d'Amnistie internationale sur le Pakistan.

L'ONG dénonce le manque de transparence du gouvernement américain sur la question, alors que le président Barack Obama s'était engagé, en mai 2013, à mettre en place des limites pour l'utilisation des drones à l'étranger. Selon cette nouvelle politique, les personnes visées par les bombardements doivent représenter une menace « imminente » contre les Américains.

Selon Amnistie, rien n'a changé sur le terrain et la Maison-Blanche continue de refuser de divulguer des informations sur la question.

Amnistie internationale se montre également très critique envers « la passivité de l'État pakistanais », qui ne ferait rien pour protéger sa population, prise entre deux feux.

Les autorités pakistanaises soutiennent s'opposer aux attaques de drones américains, mais AI affirme que rien n'est fait pour permettre aux victimes d'avoir accès à la justice et à des réparations. De plus, le gouvernement devrait ouvrir des enquêtes sur toutes les attaques.

À la veille d'une rencontre, mercredi, avec Barack Obama à la Maison-Blanche, le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, a pressé les États-Unis de cesser les attaques, affirmant qu'elles étaient un obstacle « majeur » dans les relations entre les deux pays.

Lors d'un discours à l'Institut américain pour la Paix, un cercle de réflexion de Washington, le premier ministre pakistanais a soutenu que l'usage de drones était « non seulement une violation de la souveraineté » du pays, mais qu'il se faisait « au détriment » des efforts pakistanais de lutte contre le terrorisme.

Au Yémen aussi

Le document d'Amnistie internationale a été rendu public lors d'une conférence de presse conjointe avec une autre organisation de défense des droits de la personne, Human Rights Watch (HRW), qui publiait mardi un long rapport sur les attaques aériennes au Yémen, deuxième pays le plus visé par les tirs d'avions sans pilote après le Pakistan.

Le rapport de Human Rights Watch examine six attaques ciblées au Yémen, dont une qui date de 2009 et les autres de 2012-2013. Deux des attaques ont tué des civils en violation du droit humanitaire, tandis que les autres ont ciblé des personnes qui n'étaient pas des objectifs militaires légitimes, selon l'organisation. L'ONG estime que les États-Unis utilisent une « définition trop élastique » pour déterminer qui est un combattant pouvant être attaqué durant un conflit armé en vertu du droit humanitaire.

Les six attaques étudiées par HRW ont fait 82 morts, dont au moins 57 civils.

Selon l'organisation, les États-Unis doivent « expliquer les fondements juridiques de ces assassinats ciblés » et traduire en justice les auteurs de ces « meurtres illégaux ».

Amnistie internationale et Human Rights Watch demandent aux élus du Congrès d'enquêter sur les cas qu'elles ont révélés ainsi que sur d'autres attaques semblables et de rendre l'information publique.

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