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Amis de la Syrie : l'avenir se fera sans Al-Assad

22/10/2013 05:53 EDT | Actualisé 22/12/2013 05:12 EST

Les « Amis de la Syrie » sont d'accord pour que le président syrien Bachar Al-Assad ne joue « aucun rôle dans le futur gouvernement », selon le ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague, et le secrétaire d'État américain, John Kerry.

Réunis à Londres dans le cadre d'une réunion préparatoire à des pourparlers internationaux de paix, les 11 pays formant le groupe des « Amis de la Syrie » tentent de convaincre l'opposition syrienne de participer à cet éventuel sommet dit de Genève 2.

M. Hague soutient que la position sur la mise à l'écart de M. Al-Assad dans un futur gouvernement syrien reçoit « l'approbation générale » du groupe. « Par définition, approbation générale signifie que cet accord n'est concevable qu'avec le consentement de la Coalition nationale syrienne pour qu'Al-Assad ne joue aucun rôle dans le futur gouvernement syrien », a souligné William Hague lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, confirme la position énoncée par son homologue britannique. « La position des États-Unis n'a pas changé. Il [Bachar Al-Assad] a perdu toute légitimité pour diriger le pays », a-t-il déclaré en conférence de presse à sa sortie de la réunion. « Il n'y a personne dans le monde qui peut s'imaginer que l'opposition syrienne peut concevoir l'avenir la Syrie avec Bachar Al-Assad à sa tête », a-t-il ajouté.

M. Kerry a toutefois précisé que l'opposition syrienne ne réclamait pas le départ du président syrien avant la tenue du sommet de Genève 2. Il estime qu'il faut donner une chance à la négociation et réunir tous les participants à la table de négociations dans un premier temps et discuter du sort de M. Al-Assad ensuite. « Notre travail à nous, les 11 États qui constituent le noyau dur, est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour venir en aide à l'opposition afin qu'elle puisse négocier avec efficacité », a ajouté le secrétaire d'État américain.

« Ceci est une tragédie et c'est aujourd'hui l'une des plus grandes sur cette planète », a-t-il poursuivi. « Nous pensons que le sentier de la guerre va seulement mener à l'implosion de l'État de Syrie. » Le chef de la diplomatie américaine espère que le sommet puisse se tenir le mois prochain. Il estime qu'il est dans le meilleur intérêt de l'opposition syrienne de se présenter à la table de négociations, où ils pourraient faire des gains qui leur coûteraient autrement beaucoup de temps et de souffrances.

Incertitude sur la participation de l'opposition syrienne à Genève 2

De son côté, le président de la Coalition syrienne, Ahmad Jarba, a laissé entendre aux « Amis de la Syrie » que son groupe boycottera le sommet de Genève 2, si l'objectif avoué de la conférence ne consiste pas en la destitution du président syrien Bachar Al-Assad, selon un texte du discours de M. Jarba auquel a eu accès Reuters.

M. Jarba soutient que la Coalition risque de perdre toute crédibilité si elle se plie aux pressions internationales et se rend à une conférence de paix qui ne conduit pas à la destitution d'Assad. « Les gens ne nous croiront pas, ils nous percevront comme des traîtres à la révolution et au sang des rebelles », poursuit le texte du discours.

« La Coalition nationale [syrienne] a dit qu'elle irait à la conférence Genève 2, qui pourrait se tenir en novembre », avait affirmé M. Hague, plus tôt mardi à la BBC. « Au sein de la Coalition nationale, il y a le Conseil national [le groupe le plus important de la Coalition] qui a dit qu'il y était opposé », a-t-il toutefois nuancé.

Le Conseil national syrien, groupe clé de l'opposition, veut boycotter les pourparlers. Il menace même de se retirer de la Coalition. Son chef, George Sabra, estime que tout processus de paix est impensable tant que des civils syriens sont assiégés.

Avant la réunion de Londres, le président de la Coaliton a rencontré des diplomates des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, en plus d'autres de l'Arabie saoudite, d'Égypte, de Jordanie, de la Turquie et des Émirats arabes unis. M. Jarba a notamment rencontré le secrétaire d'État américain John Kerry, en privé, à la résidence de l'ambassadeur américain à Londres.

M. Kerry a tenté de rassurer M. Jarba sur la position occidentale sur la Syrie et les gains que semble avoir réalisés le président syrien Bachar Al-Assad sur la scène internationale. M. Kerry a indiqué que la situation ne garantissait pas l'avenir politique de M. Al-Assad et que sa démission serait abordée au cours de la journée.

Les responsables américains ont toutefois souligné la difficulté d'identifier les groupes rebelles modérés et celle de s'assurer que les armes dont ils disposent ne tombent pas aux mains d'Al-Qaïda.

L'opposition syrienne doit décider, au début novembre, de sa participation ou non à la conférence internationale de paix dite de « Genève 2 ». Cette rencontre est dans l'air depuis plusieurs mois déjà, mais elle peine à se concrétiser à cause de divergences sur les participants et les objectifs. Elle est une initiative conjointe de la Russie et des États-Unis.

La menace djihadiste

Le contexte en Syrie complexifie la tenue de pourparlers de paix, notamment parce que les rebelles sont de plus en plus dominés par des groupes djihadistes.

Hier, le président syrien Bachar Al-Assad a estimé que les conditions n'étaient « pas encore réunies » pour que d'éventuelles négociations de paix puissent être un succès. Il a aussi annoncé qu'il était prêt à se représenter à l'élection présidentielle de 2014.

De son côté, la Coalition nationale syrienne a menacé, vendredi, de se rendre en Suisse seulement si « Bachar Al-Assad et sa clique au pouvoir ne participent plus à la vie politique en Syrie dans la période de transition et à l'avenir ».

Si les opposants « ne participent pas au processus de paix, alors les Syriens ne pourront plus choisir qu'entre Assad et les extrémistes », a déclaré M. Hague, mardi. « Plus le conflit dure, plus il devient communautaire, et plus les extrémistes prennent le dessus. »

La date du 23 novembre a déjà été évoquée pour la tenue de la conférence de Genève 2, notamment par le président de la Ligue arabe. Toutefois, l'ONU, les États-Unis et la Russie disent tous les trois qu'aucune date n'a encore été fixée.

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