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Syrie : le drame de ceux qui restent

20/10/2013 07:36 EDT | Actualisé 20/12/2013 05:12 EST
Radio-Canada

On n'oublie pas des images pareilles. Effroyables au point d'abord de ne pas sembler pouvoir être vraies, les vidéos de médecins en panique et sous-équipés dans des hôpitaux de fortune tentant de porter secours à des patients pris de convulsions, des enfants en difficulté respiratoire que des voix anonymes suppliaient de respirer, les corps sans vies cordés à même le sol ont brutalement rappelé au monde le 21 août dernier jusqu'où pouvait aller l'horreur de la guerre en Syrie.

Un texte de Marie-Ève Bédard

Les grandes puissances mondiales avec en tête les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont vite conclu que régime de Bachar Al-Assad était coupable d'une attaque chimique d'une ampleur sans précédent dans le conflit. Ils se sont lancés sur le sentier de la guerre. Après plus de deux ans et demi d'une sale guerre civile dans laquelle ils avaient évité de se voir entraînés, sans attendre les conclusions d'un rapport d'un groupe d'inspecteurs des Nations unies qui se trouvaient en Syrie au moment de l'attaque, Washington, Londres et Paris ont mené la charge contre le gouvernement syrien.

Des frappes militaires des pays occidentaux paraissaient inévitables.

Notre équipe frappait alors aux portes de la Syrie depuis le Liban voisin. C'est ici que Radio-Canada a choisi d'établir son nouveau bureau au Moyen-Orient et c'est ici qu'entre 700 000 et 1 million de Syriens ont choisi de se mettre à l'abri. Mais la porte de la Syrie n'est jamais qu'entrouverte. Le régime syrien limite sévèrement l'accès aux journalistes étrangers et nous étions nombreux de la presse étrangère à tenter de s'y glisser. Pour nous, elle a mis bien du temps à s'ouvrir. Assez en fait pour que pendant que nous et nos contacts multipliaient les démarches et appels répétés, on ne parle plus d'intervention militaire, mais de désarmement.

S'agissait-il d'une manoeuvre habile de la Russie, allié indéfectible du gouvernement syrien, qui a repris au bond un commentaire du secrétaire d'État américain John Kerry ou l'aboutissement inespéré de tractations de coulisse? La Syrie s'est dite prête à signer le traité d'interdiction des armes chimiques et coopérer à la destruction de ses stocks et de ses centres de production pour éviter les foudres occidentales.

La diplomatie s'est retrouvée sur les rails. Très vite, le Conseil de Sécurité s'est mis d'accord pour une première fois depuis le début des violences en Syrie et a adopté une résolution en ce sens.

Les experts de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont déjà accompli beaucoup plus de travail en très peu de temps, et ce, dans les circonstances extraordinaires. Accomplir une tâche si délicate en pleine zone de guerre représente tout un défi. À peine un mois après avoir été saisi du dossier pour le compte des Nations-Unis, le petit organisme jusque-là méconnu du grand public s'est même vu décerner le prix Nobel de la paix.

Le travail des experts de l'OIAC se poursuit. Ils ont à ce jour pu visiter 14 sites déclarés par la Syrie et nous avons maintenant enfin reçu le feu vert des autorités à Damas pour cueillir nos visas à l'ambassade de Syrie à Beyrouth. Nous prenons donc la route en début de semaine.

C'est une route que nous avons déjà parcourue il y moins d'un an. C'était avant que l'on parle d'attaques chimiques à grande échelle, mais déjà, on posait la question qui demeure : encore combien de temps cette violence inouïe et les souffrances du peuple syrien? Depuis que les manifestations populaires non violentes ont été lourdement réprimées par le régime, la guerre civile sauvage dans laquelle a basculé le pays a fait plus de 120 000 morts, selon les estimations. Des morts, il est important de le souligner, qui n'ont pas été provoquées par des armes chimiques pour la très vaste majorité, mais par des armes conventionnelles.

Plus de deux millions de Syriens ont fui à l'étranger et 4 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur même de la Syrie. Et il y le drame épouvantable de ceux qui demeurent coincés dans les zones d'intenses combats.

C'est le cas des populations des banlieues de Damas, des quartiers enclavés depuis des mois où les populations civiles sont prises au piège, sans ressources médicales, sanitaires et alimentaires. Les gens crèvent de faim. La semaine dernière, alors que le monde musulman célébrait l'Aïd el-Kébir, généralement l'occasion d'un grand festin d'agneau partagé en famille, une fatwa d'un imam de la banlieue de Yarmouk permettant aux musulmans de manger du chien et du chat pour lutter contre la faim faisait la Une des grands médias. Et les images choquantes filmées par des activistes de l'opposition montrant des enfants émaciés circulent sur Internet.

La Croix-Rouge internationale et le Croissant-Rouge syrien ont évacué 3500 civils d'une autre banlieue au sud-ouest de Damas, Mouadamiyat, il y a une semaine avec l'accord du régime, mais les organismes humanitaires n'ont pu cependant y entrer pour évacuer les blessés. Encore ce samedi, l'ONU exprimait une profonde inquiétude et lançait un appel au gouvernement syrien pour qu'il permette l'accès à ces régions asphyxiées.

C'est du sort de ces gens, de la population coincée entre un régime intransigeant et une collection de groupes rebelles de plus en plus fragmentée et extrémiste que nous allons nous enquérir. S'il est difficile de les rencontrer, leur histoire ne peut être ignorée.

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