POLITIQUE

Le Parti conservateur du Canada part en guerre contre les médias

19/10/2013 02:18 EDT | Actualisé 19/12/2013 05:12 EST
CP

OTTAWA - Le premier ministre Stephen Harper et les membres de son cabinet sont de retour au travail à Ottawa et prêts, semble-t-il, à en découdre, mais pas seulement avec leurs adversaires politiques à la Chambre des communes.

Si les députés libéraux et néo-démocrates ont eu droit à leur part d'attaques au cours des derniers jours, les journalistes qui couvrent le Parlement y ont droit eux aussi.

Les disputes entre le Bureau du premier ministre et la Tribune de la presse parlementaire ne datent pas d'hier. Mais les choses ont pris un tour nouveau, mercredi, lorsque les conservateurs ont tiré parti d'un différend concernant l'accès des médias à une réunion du cabinet pour solliciter leurs donateurs.

La plupart des membres de la Tribune ont refusé de se présenter à un discours de M. Harper devant son cabinet, mercredi, après que le Bureau du premier ministre eut décidé que seuls les photographes et les caméramans pourraient entrer.

La journée n'était pas finie que les conservateurs utilisaient déjà la querelle pour amasser des fonds, accusant dans un courriel «l'élite médiatique d'Ottawa» d'être tombée encore plus bas, dans l'espoir de tourner à leur avantage la relation amour-haine entre le Canada et les reporters.

En fermant la porte aux journalistes, le Bureau du premier ministre avait certainement en tête la dernière réunion des ministres à laquelle il avait convié les représentants des médias en mai, au plus fort de la controverse entourant l'ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, et le chèque de 90 000 $ qu'il avait fait à Mike Duffy.

Ce jour-là, les reporters avaient bombardé M. Harper de questions alors qu'il entrait dans la pièce et prenait place sur l'estrade, demandant pourquoi M. Wright avait donné de l'argent au sénateur.

Lorsque les journalistes se sont vu interdire l'entrée à la réunion de mercredi, tous les médias télévisés, radiophoniques et écrits à l'exception de Sun Media ont refusé de couvrir le discours, insistant sur le fait que leurs reporters devaient avoir la permission d'assister à l'événement plutôt que de se contenter de la transcription de l'allocution fournie par le Bureau du premier ministre.

«Il faut laisser les journalistes faire leur travail, a affirmé le président de la Tribune de la presse parlementaire, Daniel Thibault. Nous avons besoin de voir les gens, de voir leur réaction, leur langage non verbal. Dans le passé, ça n'a jamais posé problème.»

Les conservateurs ont également noté que certains reporters avaient accepté une invitation du Nouveau Parti démocratique (NPD) pour assister au discours de Thomas Mulcair à l'occasion de la réunion du caucus du parti, qui avait lieu de l'autre côté du couloir.

«Vous ne devinerez jamais ce que les membres de la Tribune de la presse viennent tout juste de faire à Ottawa, a écrit Fred DeLorey, le directeur des affaires politiques du Parti conservateur du Canada dans son courriel de financement. Plutôt que d'envoyer des caméras pour couvrir le discours du premier ministre, ils ont assisté à la réunion du NPD, où ils ont été accueillis par des applaudissements. Nous savions qu'ils ne nous couvriraient pas de manière juste. Mais l'élite médiatique d'Ottawa est tombée bien bas.»

Selon Harold Jansen, un professeur de science politique de l'université de Lethbridge, en Alberta, les conservateurs tentent depuis longtemps de contourner les journalistes, souvent en s'adressant à des médias régionaux ou rattachés à des minorités culturelles, parce qu'ils estiment que la presse traditionnelle est hostile à leur message.

«Ils sont très efficaces pour recueillir de l'argent, alors ils se disputent avec les reporters et envoient ensuite un courriel pour solliciter des dons en disant: 'Vous voyez, nous vous défendons', a ajouté M. Jansen. Et ils croient aussi que le Canadien moyen se fout complètement que les médias aient accès ou non aux événements, que ce n'est pas un sujet qui va leur causer des problèmes le jour de l'élection.»

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