POLITIQUE

Le libre-échange avec l'Europe bientôt une réalité

17/10/2013 06:00 EDT | Actualisé 17/12/2013 05:12 EST
CP

L'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) tant souhaité par Stephen Harper est sur le point de se concrétiser, après quatre ans et demi de négociations.

Le premier ministre du Canada est arrivé jeudi à Bruxelles afin de mettre la touche finale à l'entente de principe. Stephen Harper doit rencontrer José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. « Les discussions se poursuivent au plus haut niveau », précisait-on jeudi à Bruxelles.

Cet accord est le fer de lance du programme économique de Stephen Harper, qui a lui-même piloté les négociations en fin de parcours. L'accord pourrait être annoncé dès vendredi.

Avant d'entrer en vigueur, il devra recevoir l'assentiment des 28 pays membres de l'Union européenne, ainsi que des 10 provinces canadiennes. D'ailleurs, l'accord aurait déjà été soumis aux gouvernements provinciaux.

Selon Ottawa, la libéralisation du commerce des biens et services entre le Canada et l'Europe permettrait :

-d'injecter 12 milliards de dollars dans l'économie canadienne;

-de créer 80 000 nouveaux emplois au pays.

Les négociations auraient débloqué lorsque le Canada a accepté de doubler le quota de fromage européen admis sans droits tarifaires au Canada en échange d'un plus grand accès au marché européen pour les producteurs canadiens de boeuf, ont révélé plusieurs sources.

Pour ou contre

Les producteurs de bœuf et de porc canadiens évaluent déjà les bénéfices qu'ils vont en retirer à plus d'un milliard de dollars.

Cependant, les producteurs de lait québécois sont furieux. « On a l'impression qu'on a été sacrifiés pour un accord », affirme Bruno Letendre, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

En vertu du projet d'accord, l'Europe pourra exporter deux fois plus de fromages fins au Canada qu'auparavant. Or, 60 % de la production canadienne se fait au Québec.

L'industrie québécoise prétend que des millions de dollars et des milliers d'emplois sont en jeu.

« On espère que c'est juste un projet d'entente, qu'il pourra y avoir des modifications, parce que c'est inacceptable pour les producteurs », ajoute Bruno Letendre.

La fromagère québécoise Marie-Chantal Houde est pour sa part très inquiète. Elle croit que les producteurs québécois n'arriveront jamais à concurrencer les prix des fromages européens. Elle rappelle que les fromagers européens sont largement subventionnés, ce qui leur permet d'offrir de meilleurs prix aux consommateurs.

Radio-Canada a appris que des négociations sont en cours entre Ottawa et le gouvernement québécois, qui exige une compensation financière pour les producteurs laitiers de la province.

Les changements seront mis en œuvre graduellement, a expliqué sur les ondes de RDI l'ex-premier ministre du Québec, Jean Charest, qui milite depuis longtemps pour un tel traité, ajoutant que les producteurs pourraient recevoir de l'aide. « On a tout à fait raison de dire au gouvernement fédéral : "vous devez prévoir des mesures de compensation dans l'hypothèse où il y a des producteurs qui sont trop affectés par un changement d'augmentation de quotas" », a-t-il indiqué.

Plus de visa pour les ressortissants tchèques

Un des éléments sensibles de l'accord de libre-échange aurait été le visa imposé aux citoyens tchèques en visite au Canada. Il devrait être éliminé rapidement selon . l'ambassadeur du Canada en République tchèque, Otto Jelinek. Il a précisé que cette décision a été prise après l'adoption, par le gouvernement, de mesures « efficaces » dans l'octroi d'asile.

Ottawa avait réinstauré le visa pour les ressortissants tchèques parce qu'il s'inquiétait du nombre « excessif » de demandes d'asile, dont la plupart étaient déposées par des Roms qui dénonçaient la discrimination dont ils faisaient l'objet en République tchèque.

L'opposition veut consulter le document

Le Nouveau Parti démocratique n'est pas contre le principe d'un traité, mais il se dit tout de même préoccupé.

« Ils ont le droit de savoir si des décennies de travail par les producteurs de fromages fins vont avoir des conséquences désastreuses avec la signature de cette entente-là, a lancé Thomas Mulcair. C'est ce qu'ils sont en droit de savoir. J'exige de voir le texte, c'est le minimum. »

« J'espère pouvoir voir bientôt le texte de cet accord dont ils parlent, pour voir si c'est vraiment dans l'intérêt du Canada », lui a fait écho le chef libéral, Justin Trudeau.

Les discussions pour en arriver à cet « accord économique et commercial global » (AECG, ou CETA en anglais) entre le Canada et l'UE ont été lancées en 2009, avec l'intention d'en arriver à une entente avant la fin de 2011.

Toutefois, les travaux ont pris plus de deux ans de retard, en raison de désaccords. Les points litigieux concernaient notamment le secteur agricole, les brevets, les services financiers et le domaine pharmaceutique.

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