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Les agriculteurs du Québec dénoncent l'accord de libre-échange

17/10/2013 02:18 EDT | Actualisé 17/12/2013 05:12 EST
CP

MONTRÉAL - S'il se concrétise, l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) marquera le début d'une concurrence qui sera très inégale pour beaucoup producteurs agricoles québécois.

C'est ce que craignent notamment l'Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), qui ont joint leur voix, jeudi, pour dénoncer la conclusion prochaine de cette entente.

Le Canada a notamment consenti que soit doublé le quota sur les fromages de l'UE exportés vers le Canada en échange d'un accès accru au marché européen pour les producteurs canadiens de boeuf et de porc.

Selon l'UPA, l'importation de fromages européens au Canada passerait de 14 000 à 32 000 tonnes par année. L'ensemble des importations de fromages sur le marché canadien, tous pays confondus, passerait de 20 000 à 38 000 tonnes si l'accord est conclu.

La fédération qui représente les agriculteurs de la province croit que le gouvernement Harper ne joue pas son rôle en ouvrant la porte à l'arrivée massive des fromages européens sur le marché canadien.

«Les fromageries qui planifiaient des investissements vont les reconsidérer, affirme le président de l'UPA, Marcel Groleau. Elles vont être prudentes pour voir les impacts de l'accord.»

Ce dernier s'alarme également de constater que l'Europe appuie ses producteurs laitiers à l'aide de subventions, qui représentent, selon lui, plus de 60 pour cent du revenu de ces producteurs.

«On a seulement adressé la question du marché sans aborder celle du soutien financier», déplore M. Groleau

«Les producteurs de lait européens ont des aides directes qui leur permettent de vendre leur lait à un meilleur prix aux fromagers européens, ce qui leur donne un avantage par rapport à leurs concurrents canadiens», ajoute-t-il.

La FPLQ, qui doit rencontrer vendredi le ministre québécois de l'Agriculture, François Gendron, exhorte le gouvernement Marois à tout mettre en oeuvre pour bloquer l'arrivée massive de fromages européens sur le marché canadien.

Le porte-parole de la Fédération, François Dumontier, croit que l'aide accordée par l'UE à ses agriculteurs est tellement élevée qu'il sera difficile de l'instaurer au Canada.

«C'est difficile de penser qu'on puisse l'être (à armes égales), déplore-t-il. Est-ce qu'on nous coupe les jambes pour nous offrir une béquille? Il va être difficile de concurrencer des producteurs laitiers subventionnés à 65 pour cent de leur revenu.»

Selon la FPLQ, le Québec est le grand perdant de la concession faite par le gouvernement Harper en ce qui a trait au fromage, puisque la province produit plus de la moitié des fromages canadiens et plus de 60 pour cent des fromages fins et artisanaux.

Le président de l'Association des fromagers artisans du Québec, Louis Arsenault, craint quant à lui pour la quarantaine de membres qu'il représente.

«C'est de la concurrence déloyale, clame-t-il. Si c'est appliqué demain matin, il y a des fromageries d'ici qui vont fermer. Les étalages de fromages ne vont pas s'agrandir parce que plus de fromages européens arrivent.»

M. Arsenault espère maintenant que le gouvernement péquiste va opposer son veto à l'entente ou offrir une aide financière aux producteurs locaux.

«Mettez-nous dans les mêmes conditions que les Européens pour le fromage et nous allons en faire au même prix», martèle le président de l'Association.

À Québec, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, a été prudent dans ses commentaires.

«Nous ne laisserons pas tomber les producteurs laitiers», a-t-il dit, ajoutant qu'il ne pouvait en dire davantage parce qu'il n'avait pas vu et lu le texte de l'accord.

«Nous avons toujours eu un préjugé favorable au libre-échange (...) mais pas dans n'importe quelles conditions», a affirmé le ministre Cloutier.

Même difficile pour le boeuf et le porc

S'il reconnaît qu'à long terme, les producteurs de boeuf et de porc pourraient profiter de l'accord de libre-échange, le président de l'UPA y voit quand même un problème.

«Ici, en raison de la gestion de l'offre, lorsqu'il y a des importations supplémentaires, on ajuste la production canadienne et nous en tenons compte sur notre marché, dit M. Groleau. On fait une place aux exportateurs.»

Il souligne que les exportateurs canadiens n'auront pas ce privilège en Europe.

«Ils vont devoir se tailler une place sur le marché européen en tassant des concurrents, observe M. Groleau. Ça sera plus difficile pour nos producteurs de viande d'accéder à l'Europe que pour les fromagers européens d'accéder à notre marché.»

Au total, les producteurs canadiens de boeuf devraient avoir la possibilité d'exporter près de 70 000 tonnes de boeuf vers l'UE en vertu de l'accord de libre-échange. C'est presque le double des 40 000 tonnes auxquelles l'ex-ambassadeur de l'Union européenne Matthias Brinkmann avait fait référence, en mai dernier.

Le quota d'exportation pour l'industrie porcine pourrait être encore plus élevé, selon des sources proches de l'industrie, même si aucun chiffre n'a été avancé pour l'instant.

Autres réactions

Le Conseil des industriels laitiers, qui regroupe des entreprises laitières de toutes tailles, estime que cet accord va inévitablement créer une plus forte concurrence sur le marché canadien.

Affirmant qu'il est encore difficile de prédire quelles seront les entreprises qui seront touchées, il propose la mise en oeuvre de certaines mesures, dont l'imposition de quotas à certains fabricants de fromage.

Le président de l'Union paysanne, Benoît Girouard, a quant à lui affirmé que cet accord de libre-échange ne favorisera que les grandes entreprises canadiennes, qui seront les seules, d'après lui, à être en mesure de dénicher des marchés en Europe.

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